La situation humanitaire en Terre sainte est tragique. La guerre fait des ravages. Pourtant, en Cisjordanie, il faut bien continuer le travail patient de professeur. Une centaine d'écoles chrétiennes continuent cette mission en Israël et en Palestine, dont près de 40 en langue française. Yacoub Thaïb est professeur. Il enseigne le français et les sciences à Bayt Sahur, à quelques kilomètres de Bethléem, en Cisjordanie.
Yacoub Thaïb, chrétien palestinien, est enseignant à Bayt Sahur en Cisjordanie. Début avril, avec cinq autres professeurs de français des écoles situées en Terre sainte, il était à Paris avec le réseau Barnabé pour échanger et sensibiliser sur la situation dramatique dans laquelle ses élèves et lui-même vivent au quotidien.
Ce réseau travaille depuis 17 ans à la promotion des échanges entre les établissements scolaires de Terre sainte et les établissements scolaires français à travers, par exemple, la formation de professeurs. Au micro de Pierre-Hugues Dubois, il nous raconte son quotidien de professeur dans une région meurtrie par la guerre.
Là-bas, la guerre est dans toutes les têtes. "La situation est vraiment difficile, mais on continue de vivre, on garde toujours l'espoir de voir un jour une paix durable", espère Yacoub Thaïb. Les choses les plus ordinaires deviennent quasiment impossible à réaliser. "Même circuler en ville est compliqué. Les soldats israéliens passent dans toute la ville", ajoute-t-il.
Tout ce qui se passe entre la Cisjordanie et Israël se passe à travers la force militaire
En Palestine, la guerre fait partie du quotidien. Aujourd'hui, la guerre à Gaza fait rage. Avant ça, les habitants ont déjà connu plusieurs intifadas. "Tous les cinq à sept ans, il y a des événements graves qui se passent entre Israël et nous, les Palestiniens", rappelle l'enseignant. Avant d'ajouter : "La seule chose que l'on connaisse, c'est la relation avec les soldats israéliens. Sinon, on n'a pas de liens avec les Israéliens eux-mêmes. Tout ce qui se passe entre la Cisjordanie et Israël se passe à travers la force militaire".
Depuis le début de la guerre à Gaza, l'enseignement devient de plus en plus difficile. "S'il y a des soldats en ville, les élèves ne peuvent pas sortir de la maison pour aller à leur école", explique Yacoub Thaïb. L'école où il enseigne se trouve d'ailleurs à un carrefour entre une route israélienne et une route palestinienne. "À cet endroit-là, les soldats israéliens ont décidé de mettre des portails et des barrages pour fermer et ouvrir l'accès selon leur choix", raconte-t-il.
Dans ce contexte, l'apprentissage passe souvent au second plan. En réponse à cette mise de côté de l'école par l'armée israélienne, les enseignants comme Yacoub Thaïb mettent en place des méthodes particulières afin de transmettre leur savoir et une forme d'espoir à leurs élèves.
La situation en Terre sainte rend également l'avenir des élèves plus qu'incertain. "Avec tout ce qui se passe, il y a beaucoup de gens qui n'arrivent pas à planifier leur avenir. D'une minute à l'autre, tout peut changer", témoigne l'enseignant.
Vivre et enseigné dans une région du monde meurtri par les bombes peut paraître désespérant. Pourtant, pour Yacoub Thaïb, il y a toujours un espoir en Terre sainte. Cela passe par la pensée, la prière et dans le fait de faire comprendre au monde ce qu'il se passe là-bas. Son espérance réside dans l'idée "d'être vivant, d'être en contact avec les autres et quelques fois prier aussi. Ça compte beaucoup, puisque moi je suis chrétien, je suis pratiquant, et je crois que prier, ça peut changer les choses".
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