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Dans l’enfer du chaos d’Haïti, l’Église résiliente
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Dans l’enfer du chaos d’Haïti, l’Église résiliente

Un article rédigé par Grégoire Gindre - RCF, le 21 mars 2024  -  Modifié le 22 mars 2024
Le dossier de la rédaction En Haïti, une Église prise pour cible mais résiliente

Chaque jour plonge un peu plus Haïti dans le chaos. Le pays le plus pauvre et inégalitaire d’Amérique latine sombre au gré des groupes armés, qui contrôlent des pans entiers du pays. L’Église catholique, qui a refusé de siéger à la table des négociations du conseil présidentiel de transition, est régulièrement la cible de ces violences. Guidés par la foi, les chrétiens haïtiens plient, mais ne rompent pas. 

©Hans Lucas -  Sophie Bellard - Image d'illustration - Dans l’enfer du chaos d’Haïti, l’Église résiliente ©Hans Lucas - Sophie Bellard - Image d'illustration - Dans l’enfer du chaos d’Haïti, l’Église résiliente

Anarchie en Haïti. Depuis l’assassinat de son président Jovenel Moïse en 2021, dans des circonstances floues, puis la démission de son Premier ministre Ariel Henry, poussé vers la sortie pour son manque de légitimité en interne, le pays est à feu et à sang. Les 11 millions d’Haïtiens, vivent au rythme des violences des gangs, qui font la loi dans ce petit territoire de 27 000 km². 

Selon l’ONU, plus de 8 400 personnes ont été tuées, blessées ou enlevées en 2023 par ces groupes armés, soit 122 % de plus par rapport à l’année précédente. L'Église est aussi régulièrement visée, mais surprend par sa capacité de résilience. “Ça force l’admiration”, admet Amélie Berthelin, responsable de l’information à l’Aide à l’Eglise en détresse. 

L'Église, cible prioritaire des gangs armés ? 

En Haïti, c’est bien l’ensemble de la population qui est la cible des violences.L’Église catholique n’est pas la seule institution visée par cette pratique d’enlèvement. On a vu le secteur médical où beaucoup de médecins ont été enlevés. On est tous exposé”, souffle Mgr Jean Désinor, évêque de Hinche, ville située à trente kilomètres de la frontière avec la République Dominicaine. “C’est vrai que ces derniers mois, l’étau s’est resserré sur l'Église”, admet tout de même l’évêque. “On peut attribuer cette fixation à certaines positions prises par l’Église sur la situation”. Depuis des mois, par le biais de communiqués, les communautés chrétiennes condamnent les actes d’enlèvements et toutes les violences sur le territoire. 

Pour les chefs des gangs, l’Église est une cible idéale.Elles ont des ressources économiques et relais internationaux qui leur assurent les paiements de rançon”, souligne Frédéric Thomas, chargé d’étude au Centre tricontinental et spécialiste de la région. “Jusqu’à il y a un an ou deux, on pensait qu’il y allait avoir encore quelques garde-fous qui n’allaient pas frapper des Églises protestantes ou catholiques. Il faut se rendre à l’évidence que rien n’arrête ces gangs armés”, déplore Frédéric Thomas. 

L'actu chrétienne Six religieuses victimes d'un enlèvement en Haïti

Une gouvernance de transition pour une sortie d'impasse politique ? 

Désormais, le pays est suspendu aux lèvres du conseil présidentiel de transition. Mis en place par la CARICOM, la communauté caribéenne, des négociations sont en cours pour trouver une sortie d’impasse politique. Preuve de l’implantation importante de l’Église dans le paysage sociétal haïtien, l'Église a été invitée à y siéger en tant que membre observateur. Dans une note publiée lundi 18 mars, la Conférence épiscopale d’Haïti a expliqué refuser cette invitation, “pour pouvoir garder la distance morale qui lui permet de remplir sa mission prophétique”. 

L’Église ne peut pas s’impliquer dans une démarche pareille, car ça risquerait de lui enlever une certaine autorité morale”, détaille Mgr Jean Désinor, évêque de Hinche. Pour autant, les communautés chrétiennes “suivent de près la situation”. “On accompagne, encourage le processus. C’est un mauvais précédent pour l’Église de s’impliquer dans le processus”. 

L’espérance des Haïtiens guidée par leur foi 

Depuis la mi-mars, alors que les Européens et les Américains évacuent leurs ressortissants de toute urgence, les chrétiens, eux, appellent à la prière. “L’Église a une place très importante. C’est un peuple très croyant”, rappelle Amélie Berthelin. Selon les derniers chiffres, 80 à 90 % de la population se dit chrétienne.Les gens se rassemblent. Il y a des tueries la veille, mais le lendemain, ils vont quand même à la messe ou font leur chemin de croix. C’est un peuple plein d’espérance”.

Il faut au moins cela face à la violence inouïe des gangs armés. Le 26 août 2023, alors qu’une centaine de chrétiens sont descendus dans les rues de Canaan, près de la capitale Port-au-Prince, pour affronter un gang local, sept d’entre eux ont perdu la vie. Plus récemment encore, six religieuses ont été victimes d’un enlèvement par les groupes armés, avant d'être libérées.On a été récemment en contact avec Mgr Max Leroy, l’archevêque de Port-au-Prince. Lui-même s’est dit étonné par la ferveur des chrétiens ces jours-ci”, raconte la responsable de l’information au sein de la fondation internationale catholique. 
 

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