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Édito - Penser en écart, par Véronique Margron
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Édito - Penser en écart, par Véronique Margron

RCF, le 17 juin 2022  -  Modifié le 17 juillet 2023

Avoir une pensée de l’écart. Reconnaître que le monde est complexe et compliqué. Qu’il n’y a pas de réponse simpliste et des problèmes aux multiples facettes : crise écologique, économique, décision personnelle aussi. Bref aimer la pensée de l’écart, du dérangement. Comme pour la Bible, savoir qu’il faut passer par l’écart pour mieux voir, faire un détour...

Véronique Margron, le 10/11/2021 ©Corinne Simon / Hans Lucas Véronique Margron, le 10/11/2021 ©Corinne Simon / Hans Lucas

Dans ce détour, le philosophe François Jullien, sinologue autant qu’helléniste, excelle. Et "Les Essentiels" de La Vie ont eu la riche idée de l’interviewer il y a environ un mois. Il y raconte son parcours philosophique, devenir helléniste pour la clarté, mais ensuite s’aventurer "ailleurs" pour "penser autrement" et il part en Chine. Pour sa "pure extériorité". Interroger notre façon de penser occidentale, celle sur Dieu, sur le bonheur, la liberté, la vérité, l’être, depuis un détour et devenir ainsi sinologue !

 

Voilà qui lui permet, de livre en livre, de dénoncer les pseudo-sagesses du développement personnel où nous nous complaisons bien souvent, des pensées faciles qui offrent des solutions toutes faites. Prenant acte du retrait du religieux dans l’acte de penser ce qu’est l’existence, François Jullien note combien "le terrain du vivre est tombé en déshérence", récupéré alors par le "boniment" de marchands de bonheur.

 

Ce qu’il développe alors et qui rejoint je crois profondément notre foi et son intelligence, c’est le concept, l’idée de "dé-coïncidence". Quand tout coïncide, "ça colle", comme nous disons. Or, cette adéquation devient vite stérile puisque plus rien ne circule, puisqu’il n’y a plus d’écarts, de frottements. Notre enjeu à tous, dans nos vies, dans la politique, dans l’Église comme avec la démarche synodale, c’est remettre du possible et pour cela il nous faut "dé-coïncider" ce que nous pensions, faisions jusque-là.

 

Profondément, fondamentalement, espérer rencontrer l’autre, le proche, le voisin, le voyageur, l’autre culture, religion, Dieu lui-même, impose de "dé-coïncider d’avec soi-même" ; de ces remarques par exemple, "moi j’ai vécu la même chose", ou "si j’étais vous"… Et le philosophe de conclure son entretien par la figure de Jésus, le "grand dé-coïncidant" qui a fissuré la loi pour rouvrir des possibles d’amour. Magnifique ! À notre tour !

 

Véronique Margron op.

 

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