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Euthanasie : la France doit-elle suivre l'exemple belge ?
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Euthanasie : la France doit-elle suivre l'exemple belge ?

RCF, le 21 juillet 2023  -  Modifié le 21 juillet 2023
Je pense donc j'agis Présidentielle 2022 : la fin de vie, enjeu de la campagne ?

Le manque de consensus sur la fin de vie et l'euthanasie est sans doute une spécificité française, tant les avis peinent à se mélanger. À l'approche de l'élection présidentielle, RCF propose à deux catholiques de débattre : Erwan Le Morhedec est membre du collectif Plus digne la vie et Corinne Van Oost est belge et médecin, auteure d'un témoignage "Médecin catholique, pourquoi je pratique l'euthanasie".

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"Tous ensemble construisons la France de demain", programmation spéciale élection présidentielle

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La fin de vie dans la campagne présidentielle

Il s'en est fallu de peu, au mois d’avril dernier, pour que les députés autorisent l’euthanasie. Les 3.000 amendements déposés à l’Assemblée ont pesé sur le calendrier parlementaire. Que prévoyait cette proposition de loi ? Pour Erwan Le Morhedec, "elle visait à légaliser l’euthanasie, alors évidemment on parle de l’assistance légalisée à mourir : on va employer les vrais mots, c’est-à-dire légaliser l’euthanasie et éventuellement le suicide assisté".

Évoquer la fin de vie, c’est parler des soins palliatifs, mais aussi de l’euthanasie et du suicide assisté : la différence, c’est que l’euthanasie est un acte effectué par un soignant qui vise à mettre fin à la vie d’une personne, à sa demande et en raison de ses souffrances. Alors que le suicide assisté est déclenché par la personne elle-même.

Au sujet de l’euthanasie, les partis politiques sont divisés. Quasiment toute la gauche est favorable à l’adoption de l’euthanasie pour permettre à chacun de choisir sa mort et de partir sans souffrance. Au sein du parti LREM on est traversé par des tendances contradictoire. Quant à la droite, les voix favorables à un changement de législation sur la fin de vie sont plus isolées.

 

La Belgique, une situation pire qu’en France ?

En France, la loi de 1999 garantit l’accès aux soins palliatifs. Elle a été complétée par loi Leonetti / Claeys qui interdit l’acharnement thérapeutique et autorise depuis 2016 la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès. À titre de comparaison, en Belgique, l’euthanasie est autorisée depuis 20 ans. Trois lois ont été votées en 2002 après un long débat au Parlement. L’une d’elle garantit l’accès aux soins palliatifs, une autre dépénalise l’euthanasie, "dans des conditions très strictes", précise le Dr Corinne Van Oost.

Pour Erwan Le Morhedec, les 3.000 amendements déposés en avril 2021 à l’Assemblée ont "permis d’éviter d’avoir une loi française qui soit pire que la situation belge". Le blogueur affirme même : "Je remercie ceux qui ont déposé ces amendements et qui ont permis d’éviter que nous ayons cette situation catastrophique en France." Il résume ainsi la situation belge : c’est "une euthanasie qui n’est pas limitée à la fin de vie, qui ne se pratique pas que lorsque le pronostic vital est engagé, qui aujourd’hui se pratique même pour des situations comme la DMLA, c’est-à-dire la perte de vue". 

 

Légaliser l’euthanasie empêche-t-il de développer les soins palliatifs ?

C’est en tout cas la position que défend Erwan Le Morhedec : "Je crains fort que la légalisation de l’euthanasie soit un frein important et grave au développement des soins palliatifs, à l’heure où les véritables enjeux qui est le nôtre est de le développer dans toute la France."

Pourtant, le Dr Corinne Van Oost rappelle que la Belgique a "une des meilleures couvertures de soins palliatifs au niveau de l’Europe, ce qui a été prouvé par des études". Pour elle, grâce aux lois de 2002, "la majorité des soins palliatifs se sont ouverts à la question de l’euthanasie". Autrement dit, ce n’est pas parce qu’un malade demande l’euthanasie qu’il ne bénéficie plus des soins palliatifs. Par ailleurs, "ce que la loi a permis en Belgique c’est justement d’ouvrir le tabou de la mort : les gens peuvent réfléchir, se poser des questions essentielles sur ce qu’on veut vivre avant de mourir".

Auteure de "Médecin catholique, pourquoi je pratique l'euthanasie" (éd. Presse de la Renaissance, 2014), Corinne Van Oost travaille en soins palliatifs depuis 30 ans. Si elle n’a pas toujours défendu la possibilité de l’euthanasie, aujourd’hui elle défend "dans les soins palliatifs, de pouvoir accompagner, entendre les demandes d’euthanasie, sans a priori, sans jugement… " Il s'agit pour elle d'admettre parfois "l’échec des soins palliatifs, c’est-à-dire l’impossibilité de soulager la souffrance malgré tous nos bons soins, notre accompagnement" et "d'accepter que la personne choisisse le moment et l’heure de son décès sans la laisser en souffrance jusqu’à la fin".

 

Le manque de consensus sur la fin de vie, une spécificité française

En France, et c’est peut-être une spécificité de notre pays, les voix qui s’élèvent pour dénoncer le mal-mourir ne se mélangent pas. Le débat est d’autant plus tendu qu’il est assis sur tellement de souffrance, d'angoisse, de non-dits. Il approche aussi le tabou de la mort. ​​​​​​

L’enjeu c’est "un changement de civilisation", pour l’avocat et blogueur Erwan Le Morhedec. Membre du comité scientifique du collectif Plus digne la vie, il vient de publier "Fin de vie en République - Avant d'éteindre la lumière" (éd. Cerf). Selon lui, légaliser l’euthanasie, "c’est peut-être prendre acte que nous avons une société pressée, techniciste, utilitariste, qui a tendance à accorder de l’intérêt à la vie que tant qu’elle a soi-disant une utilité".

Quand des catholiques émettent des voix dissonantes sur la question, comment discerner ? "Le mot clé, c’est écouter", pour Bruno-Marie Duffé. Prêtre du diocèse de Lyon, il a été aumônier du centre Léon-Bérard à Lyon. "C’est toujours une question qui est à la première personne - c’est ma mort, c’est ma vie - et c’est toujours une question qui est à la première personne du pluriel - c’est nous, nous sommes ensemble, je suis avec vous." Selon lui, quand un patient demande l’euthanasie, il faut prendre le temps d’en parler : parfois, "ce qui était une demande de mort est une autre demande".

 

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