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Édito de Véronique Margron - Une société digne
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Édito de Véronique Margron - Une société digne

RCF, le 12 février 2023  -  Modifié le 17 juillet 2023
Le point de vue de 7h55 Édito de Véronique Margron - Une société digne

Chers amis,

Vivre dans la dignité, mourir dans la dignité, vivre dignement surtout peut-être. L’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 affirme que "tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité́ et en droits". Le Préambule souligne déjà : "La reconnaissance de la dignité́ inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté́, de la justice et de la paix dans le monde." La dignité est inconditionnelle et ne peut se négocier en plus ou moins.

Véronique Margron, le 10/11/2021 ©Corinne Simon / Hans Lucas Véronique Margron, le 10/11/2021 ©Corinne Simon / Hans Lucas

Dans tous les débats qui nous occupent : fin de vie, situation des personnes sans domicile, de certains lieux de détention, et tant d’autres réalités, de quoi s’agit-il alors ? La philosophe Laurence Devillairs fait avec raison l’équivalence entre dignité et humanité. L’humanité – ou la dignité donc - est un absolu non-négociable. L’humanité de l’homme concret est inconditionnelle. Quels que soient son état, sa santé, sa culture, son sexe, ses capacités et ses actes. Personne ne peut la lui enlever. Parler de dignité, c’est affirmer que la personne humaine ne peut faire l’objet de négociation et être considérée comme plus ou moins digne. Elle est marquée d’une dignité inaliénable, par le seul fait d’être au monde. Pas plus. Pas moins.

 

Rappelons ce qu’écrit magnifiquement Emmanuel Lévinas : "L’humain commence dans la sainteté avec comme première valeur ne pas laisser le prochain à sa solitude, à sa mort. Vocation médicale de l’homme."* Ne pas laisser l’autre à sa solitude et sa mort, à sa désespérance. Ainsi la question n’est-elle pas tant la dignité de l’humain car il l’est par le seul fait d’appartenir à l’humanité, mais la question est la dignité morale d’une société selon qu’elle rend possible ou non des conditions dignes d’une existence toujours digne en elle-même.

 

Qu’est-ce qui nous rend dignes d’être une société humaine, sinon ce soin des plus fragiles – que nous sommes ou serons tous à un moment ou un autre ? Là est la question primordiale, au-delà ou en deçà des sensibilités philosophiques, religieuses, politiques. Quand des milliers de familles dorment dans nos rues, ou que d’autres – trop âgés, trop dépendants, pourraient nous coûter trop cher, c’est nous qui perdons notre dignité morale. Que je le veuille ou non je suis compagnon du genre humain, son universalité, son humanité me constitue. 

 

Enfin, pour nous qui essayons de devenir chrétiens, rappelons cette parole – prophétique – de Pilate au moment de crucifier Jésus : "Voici l’homme." L’homme vulnérable, livré aux mains de ses bourreaux, cet homme-là est l’homme par excellence, visage de tous ceux qui comptent pour rien, de tous les abîmés. Les honorer, c’est faire mémoire du crucifié. Honorer leur humanité c’est confesser l’incarnation.

 

Véronique Margron op.

 

 


* Emmanuel Lévinas, in "Médecine et éthique. Le devoir d'humanité", dir. E. Hirsch, éd. Cerf, 1990

 

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