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Édito de Blanche Streb - Etty Hillesum, un testament à se transmettre indéfiniment
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Édito de Blanche Streb - Etty Hillesum, un testament à se transmettre indéfiniment

RCF, le 27 janvier 2023  -  Modifié le 17 juillet 2023
Le point de vue de 7h55 Édito de Blanche Streb - Etty Hillesum, un testament à se transmettre indéfiniment

Aujourd’hui c’est la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste. C’est cette date du 27 janvier qui avait été retenue, car c’est le jour anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. 

Blanche Streb ©Paul-Augustin Frécon Blanche Streb ©Paul-Augustin Frécon

C’est évidemment un sujet qui nous touche énormément. Qui me touche énormément. Je suis alsacienne, mes grands-parents étaient résistants, mon grand-père a été arrêté par la Gestapo, il est, lui aussi, passé par un camp. Rescapé, même si laissé pour mort, mais pas mort, sinon je ne vous parlerais pas ce matin. 

 

En tout cas cela m’a donné envie de vous partager quelques pensées de la magnifique figure féminine qu’est Etty Hillesum. Etty est une jeune femme juive, mystique, morte à Auschwitz, qui a légué à l’histoire des écrits éblouissants dans son journal intime publié sous le titre “Une vie bouleversée”. Je me suis replongée dedans ces derniers mois pendant l’écriture de mon dernier livre.  

 

Ses lettres sont empreintes d’une force que seul l’amour, reçu et rendu, peut donner, et qui porte au-delà de soi. 

 

Elle écrit par exemple en juillet 1943 : 

 

“Oui, la détresse est grande, et pourtant il m’arrive souvent le soir, quand le jour écoulé a sombré derrière moi dans les profondeurs, de longer d’un pas souple les barbelés, et toujours, je sens monter de mon cœur – je n’y peux rien, c’est ainsi, cela vient d’une force élémentaire – la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande, nous aurons à construire un monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes.”

 

“Je ne fuis pas la réalité pour me réfugier dans de beaux rêves – je veux dire qu’il y a place pour de beaux rêves à côté de la plus cruelle réalité – et je m’entête à louer ta création, mon Dieu, en dépit de tout.”

 

Des mots de cette femme qui n’atteindra jamais ses 30 ans, qui semble regarder le désespoir et la mort en face, surgit une espérance admirable, y compris en l’homme. L’espérance ne dénie pas le réel, mais s’y cogne. 

 

Il y a aussi en elle une démonstration de la merveilleuse puissance de l’émerveillement. Etty reste capable de trouver la vie belle et bonne, par principe, alors même que la sienne, plongée dans la laideur et l’adversité, pourrait lui occulter cela. 

 

Que veut nous dire Etty ? Que la vie est un bien absolu. “Que le nazisme qui allait avoir raison de sa vie terrestre, n’aurait jamais raison de sa vie ontologique. Elle a refusé de lui faire cet honneur. Rien n’est plus fort que le miracle de la vie et rien ne doit être plus fort que lui. Quand on a la force de se tenir dans cette parole, on prépare les victoires à venir” (Bertrand Vergely).

 

Cet hymne à la vie est plus qu’un héritage, c’est un testament. À se transmettre indéfiniment.

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