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L'association Médecins Solidaires redonne un accès aux soins dans les campagnes
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L'association Médecins Solidaires redonne un accès aux soins dans les campagnes

Un article rédigé par Guillaume Martin-Deguéret - RCF en Berry, le 22 février 2024  -  Modifié le 26 février 2024

Après la Creuse, l'association Médecins Solidaires vient d'ouvrir un troisième centre de santé, cette fois dans le Berry à Charenton-du-Cher. De nombreux patients vont pouvoir retrouver un accès aux soins grâce à cette initiative originale. Reportage.

Des patients retrouvent un médecin traitant, parfois après une longue attente. © RCF - Guillaume Martin-Deguéret. Des patients retrouvent un médecin traitant, parfois après une longue attente. © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

C'est devenu une mission de plus en plus compliquée en France, notamment quand on habite à la campagne. Trouver un médecin traitant peut parfois relever du parcours du combattant. Les généralistes ne sont plus assez nombreux, et il va falloir attendre plusieurs années avant de voir la tendance s'inverser. Territoire très rural, le Berry n'échappe pas à la désertification médicale. Depuis 2022, Médecins Solidaires propose une initiative originale pour redonner un accès aux soins dans les campagnes en ouvrant des centres de santé. Grâce à une équipe de 400 généralistes qui viennent de tout le pays et effectuent des rotations, ces cabinets ont toujours un médecin sur place. Deux centres ont ouvert en Creuse à Ajain (2022) et Aubusson (2023). Depuis le 6 février, c'est le village de Charenton-du-Cher, à l'est de Bourges, qui a le droit au sien.

Le centre de santé vient d'ouvrir à Charenton-du-Cher © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.


Le médecin traitant, une espèce rare !


Cet après-midi, Laëtitia est venue de Dun-sur-Auron à quelques kilomètres de là, avec son fils pour une consultation. La famille n'avait pas vu de médecin depuis... 2 ans et demi : « J'avoue que ça me fait un peu bizarre, on retrouve des petits gestes qu'on avait oublié ! » s'amuse la mère de famille, très reconnaissante envers les médecins de l'association « On ne fait que les remercier, on est très heureux qu'ils soient là. On en avait réellement besoin, et on se sent en sécurité surtout ». Son fils Esteban ne dit pas autre chose : « On allait dans les cabines de téléconsultation », les « boîtes » comme les appelle sa mère. « Ce n'était pas suffisant » souffle le jeune homme de 18 ans. « On ne me donnait pas des ordonnances assez poussées. Ça faisait deux ans que j'avais besoin de semelles et maintenant, je les ai donc je suis content ! ». Une fois la (vraie !) consultation terminée, le docteur propose : « On fait la déclaration de médecin traitant ? »... « Oui, oui ! » répond du tac au tac Laëtitia. On ne laisse pas passer une pareille occasion...

Consultation en famille avec le docteur Martial Jardel © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.


Une perte d'espérance de vie


Comme Laëtitia et Esteban, 1 200 personnes vont pouvoir retrouver un accès au soin et un suivi régulier, grâce au centre de Charenton-du-Cher. D'autant que sur le territoire du Pays Berry St-Amandois, environ 10 % des patients atteints d'affections de longue durée n'ont plus de médecins traitants. « On constate vraiment une situation dramatique. Certains de ces patients ont des pathologies chroniques et ils n'étaient plus suivis, avec parfois un retard de dépistage » analyse le docteur Paul-Henri Lambert. Ce jeune médecin de 33 ans arrive de Limoges et a pris ses quartiers au centre de Charenton-du-Cher pour quelques jours. Il est très engagé au sein de l'association Médecins Solidaire, et a bien conscience des conséquences de la désertification médicale pour les personnes éloignées des soins : « Des études l'ont montré, il y a une vraie perte de chance pour ces patients ! Il y a même une perte d'espérance de vie qui a été constatée dans certains de ces territoires où les gens n'ont plus de médecins traitants. C'est assez fou de se dire qu'en 2024, à l'heure de l'intelligence artificielle et de toutes ces technologies, on a certains patients qui n'ont pas accès aux soins primaires... »

Le docteur Paul-Henri Lambert est passé quelques jours par Charenton-du-Cher © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.


Innover pour lutter contre les déserts médicaux


La désertification médicale est un vrai casse-tête en France, que ce soit à la campagne, mais aussi en ville. Faut-il obliger les généralistes à s'installer dans les zones les moins dotées ? Le sujet revient régulièrement dans le débat politique, mais n'a jamais été concrétisé. La méthode miracle n'existe pas, mais pour le Président de Médecins Solidaires, une partie de la solution passe par l'innovation : « Il faut qu'on trouve d'autres modes d'exercice de la médecine dans les territoires qui sont plus isolés que d'autres, et qu'on décoince le système » explique le docteur Martial Jardel. « Je suis convaincu qu'on est vraiment en train de faire la preuve de ça avec ce concept. Peut-être qu'il faut arrêter de réfléchir avec le dogme du médecin de famille, et ouvrir d'autres pistes de réflexion. »

À l'accueil, les coups de fil sont nombreux pour prendre rendez-vous © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

S'il y en a un qui a le sourire, c'est bien le Maire de la commune Pascal Aupy, bien heureux de voir ses administrés retrouver un médecin. La Mairie s'est impliquée dans le dossier, puisque le bâtiment qui accueille le centre lui appartient, et que c'est elle qui a pris en charge les travaux : 100 000 euros pour une rénovation de fond en comble des locaux, c'est beaucoup pour un village... D'autant que la santé est une compétence de l'État. « Plus de médecins ça veut dire qu'à terme plus de pharmacie, de moins en moins d'habitants, de jeunes... » explique Pascal Aupy, un peu résigné : « C'était une commune qui risquait de dépérir. Là, c'est un nouveau souffle, on voit moins de désespoir dans les yeux des personnes que l'on croise ». Pour ouvrir d'autres centres en France, Médecins Solidaires espère compter d'ici la fin de l'année sur 1 000 généralistes. En tout, ces trois cabinets comptabilisent plus de 10 000 constatations et une centaine déjà à Charenton-du-Cher.
 

Reportage

 

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