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Ingrid Levavasseur: "je reste un Gilet jaune"
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Ingrid Levavasseur: "je reste un Gilet jaune"

RCF,  -  Modifié le 28 juin 2021
L'Invité de la Matinale Ingrid Levavasseur: je reste un Gilet jaune
Il y a un an, débutait le mouvement des Gilets jaunes, le plus important mouvement social que la France ait connu.
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Durant des mois, des hommes et des femmes se sont rassemblés sur les ronds-points pour manifester leur colère et dénoncer des inégalités. Samedi après samedi, ils ont organisé à Paris mais aussi dans d’autres métropoles de France d’importantes manifestations, dont plusieurs ont dégénéré dans la violence. Un an après, RCF reçoit l’une des figures de ces Gilets jaunes, Ingrid Levavasseur, une aide-soignante normande, mère de deux enfants, qui va découvrir l’engagement citoyen et politique à travers ce mouvement.

Depuis, Ingrid Levavasseur a pris de la distance avec ce mouvement dont elle a dénoncé une certaine dérive. Elle s’engage aujourd’hui pour les municipales. Elle a fondé deux associations : Racines positives pour aider ceux et celles qui élèvent seuls leurs enfants, et Éclosion démocratique, une association de réflexion politique. Elle publie également "Rester digne" (éd. Flammarion), dans lequel elle revient sur ses six mois de combat.
 

Un mouvement qui a fait disparaître la honte

"J’étais déjà Gilet jaune avant même le début du mouvement. J’ai toujours connu la précarité. Cela a été une accumulation de difficultés quotidiennes pendant de nombreuses années. Au bout d’un mouvement, la pression est tellement intense qu’on se dit qu’il n’est plus possible de vivre comme cela. Il y a de plus en plus de restrictions et de moins en moins de pouvoir d’achat. Je reste Gilet jaune sur les premières revendications, celles sur le fait de ne plus pouvoir vivre dignement" explique-t-elle.

Quand elle enfile pour la première fois un Gilet jaune afin de rejoindre une barrière de péage, Ingrid Levavasseur est surprise. "Dans mon quotidien, j’étais entouré par mes amis et ma famille, mais je me sentais seule dans mes difficultés. J’avais honte en permanence de ne pas arriver à boucler mon budget. Sur ce péage, je me suis rendu compte que j’étais loin d’être la seule et j’ai rencontré des personnes que je voyais régulièrement, et qui avaient les mêmes difficultés que moi. Ce mouvement m’a permis d’enlever ma honte" lance-t-elle.
 

"Je n'avais jamais manifesté de toute ma vie"

Après ce premier samedi, tout va très vite. Elle monte à Paris, et c’est le choc. La police, les lacrymos, les flashballs, et le regard de la France d’en haut. "Je n’avais jamais manifesté de toute ma vie. Je suis confrontée à la foule, aux lacrymos. Ce sont des scènes que je ne pourrai jamais oublier. Je vois ces gens qui déjeunent dans les cafés, et qui nous regardent nous faire gazer par les CRS. C’était assez difficile à vivre" témoigne-t-elle.

S’en suivent les élections européennes. Ingrid Levavasseur est convaincue qu’elle doit y aller. Elle est tête de liste, un temps, avant de renoncer. "C’était la première élection qui se présentait, et on s’est dit qu’il fallait y aller. Je me suis lancée. On me met en tête d’affiche, en tête de gondole. Et cela je ne le maîtrise pas. Je réalise que ce n’est pas du tout pourquoi je m’étais engagée. C’était une erreur" lance-t-elle. Beaucoup se déchaînent ensuite contre elle, au sein même des Gilets jaunes.
 

Un problème de pouvoir d'achat et de dignité

"J’étais accessible. À la différence du gouvernement. J’étais là. C’était facile de s’occuper de moi. Tout le monde est venu avec sa colère. Et je suis une femme. C’est plus facile de taper sur une femme que sur un homme. Mes anciens colistiers ont poursuivi les manifestations et n’ont jamais été ennuyés. J’ai été menacée de mort et de viol" confie Ingrid Levavasseur.

Aujourd’hui, elle porte un regard assez critique sur le mouvement des Gilets jaunes. "On se saisit de tout, de tout ce qui se passe, de toutes les actualités. On a la sensation que tout est bon à prendre pour manifester. Il faut rester au clair avec ses idées. On est sorti dans la rue car il y avait un problème de pouvoir d’achat et de dignité" conclut-elle.

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