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RCF Répercussions écologiques : Les conséquences du relâchement d’espèces exotiques sur l’équilibre des écosystèmes

Répercussions écologiques : Les conséquences du relâchement d’espèces exotiques sur l’équilibre des écosystèmes

Un article rédigé par Eric WM Cooper - 1RCF Belgique, le 21 mai 2024  -  Modifié le 21 mai 2024

Avec la popularité croissante des nouveaux animaux de compagnie (NAC) exotiques, il est devenu courant de voir des araignées, écrevisses, poissons, grenouilles, serpents, geckos, perruches, gerbilles et bien d'autres espèces disponibles dans les animaleries et sur les sites de vente en ligne. Cependant, lorsque les propriétaires trouvent difficile de s'occuper de ces animaux, ils peuvent être tentés de les relâcher dans la nature, ignorant souvent les graves conséquences de cet acte. Cet article explore pourquoi il est crucial de ne pas relâcher les espèces exotiques et les dommages qu'elles peuvent causer à la biodiversité locale.

Sweet Animal Oiseau, perroquet tropical exotique coloré © Envato/Eric Cooper Sweet Animal Oiseau, perroquet tropical exotique coloré © Envato/Eric Cooper

Pourquoi les Animaux Exotiques Ont-ils du Mal à Survivre ?

Les animaux exotiques sont souvent spécialisés dans leur régime alimentaire. Lorsqu'ils sont relâchés dans des environnements non natifs, ils peuvent ne pas trouver les aliments spécifiques dont ils ont besoin pour survivre.

Les iguanes verts, par exemple, originaires des régions tropicales d'Amérique centrale et du Sud, se nourrissent principalement de feuilles, de fruits et de fleurs. Relâchés dans des climats tempérés, ils peuvent ne pas trouver ces sources de nourriture en quantité suffisante, ce qui entraîne malnutrition et mort précoce.

Les animaux exotiques sont adaptés à des climats spécifiques. Lorsqu'ils sont relâchés dans des environnements très différents, ils peuvent avoir du mal à s'adapter comme les pythons birmans, originaires des climats chauds et humides d'Asie du Sud-Est. Ils peuvent survivre en Floride mais mourraient probablement dans des régions plus froides car ils ne supportent pas les basses températures.

Les animaux exotiques peuvent ne pas avoir les adaptations nécessaires pour se défendre contre les prédateurs locaux ou pour rivaliser avec les espèces indigènes pour les ressources.Un exemple parmi d’autres, les perruches à collier, lorsqu'elles sont relâchées dans des environnements où les cavités de nidification sont rares, doivent rivaliser avec des oiseaux locaux comme les pics. Elles peuvent être désavantagées si elles ne peuvent pas s'emparer ou défendre ces nids efficacement.

Les animaux exotiques peuvent être vulnérables aux maladies et parasites présents dans les nouveaux environnements auxquels ils n'ont pas été exposés auparavant.

Les gerbilles, lorsqu'elles sont relâchées dans des environnements où elles n'ont pas été élevées, peuvent être exposées à des parasites et des maladies locales contre lesquels elles n'ont aucune immunité, ce qui peut entraîner des infections et une mort rapide.

Quand la nature dit non : Études de cas sur l’échec d’acclimatation d’espèces exotiques

Écrevisses de Louisiane : Lorsqu'elles sont relâchées en dehors de leur habitat naturel, elles peuvent avoir des difficultés à s'adapter et souvent périssent en raison de la compétition avec les espèces locales et de la prédation accrue.

Tortues à Oreilles Rouges :  Relâchées dans des climats plus froids, elles ne peuvent pas hiberner correctement et finissent souvent par mourir de froid ou de manque de nourriture pendant l'hiver.

Perruches Ondulées :  Originaires d'Australie, elles ne peuvent pas survivre à des hivers rigoureux et meurent souvent de froid, faute de protection adéquate contre les températures glaciales.

 Geckos Léopards :  Originaires des régions arides de l'Asie centrale, ils ont des besoins spécifiques en termes de température et d'humidité. Relâchés dans des environnements humides ou froids, ils peuvent rapidement succomber à des infections respiratoires et autres maladies liées au stress climatique.

Répercussions irréversibles : L’impact dévastateur des espèces exotiques sur les écosystèmes locaux

Certaines espèces exotiques réussissent à survivre, s'établissent et se multiplient. Leur prolifération peut avoir des conséquences catastrophiques sur les espèces locales et perturber l'équilibre naturel des écosystèmes.

Les perruches à collier, originaires d'Afrique et d'Asie, rivalisent avec les oiseaux indigènes pour les cavités de nidification dans les vieux arbres. Cela peut réduire les populations d'espèces locales comme les pics.

Certaines espèces exotiques prédatent directement sur les espèces locales, ce qui peut conduire à des déclins drastiques de ces dernières. Les grenouilles taureaux, originaires d'Amérique du Nord, prédatent sur une large gamme de faune locale, incluant des insectes, petits mammifères et autres amphibiens, entraînant un déclin dramatique des populations d'amphibiens indigènes.

Les animaux exotiques peuvent introduire des maladies qui n'existent pas dans les écosystèmes locaux, menaçant gravement les espèces indigènes. Les salamandres peuvent être infectées par le champignon Batrachochytrium salamandrivorans (BSal), originaire d'Asie, provoquant des infections cutanées mortelles et réduisant drastiquement les populations locales de salamandres.

Certaines espèces exotiques modifient les habitats de manière significative, ce qui peut réduire la biodiversité locale.Les poissons rouges, souvent relâchés dans des étangs et des lacs, perturbent les écosystèmes aquatiques en fouillant le fond à la recherche de nourriture, augmentant la turbidité de l'eau et réduisant la pénétration de la lumière solaire, ce qui affecte la photosynthèse des plantes aquatiques.

Impact économique

L'introduction d'espèces exotiques dans la nature peut avoir des impacts économiques variés, allant des bénéfices agricoles à des coûts considérables liés à la gestion des espèces envahissantes. Voici un aperçu des différents impacts économiques possibles :

Impacts Positifs

Des plantes comme le maïs, la tomate, et le soja, introduites en dehors de leurs régions d'origine, sont devenues des cultures essentielles pour l'agriculture mondiale, générant des revenus substantiels pour les agriculteurs. De nombreuses plantes ornementales exotiques sont introduites pour embellir les jardins et les espaces urbains, stimulant ainsi les industries de l'horticulture et du paysagisme.

Des poissons comme le tilapia ont été introduits dans de nouvelles régions pour l'aquaculture, créant des opportunités économiques dans ces secteurs.

Impacts Négatifs

Les gouvernements et les communautés locales doivent souvent dépenser des sommes importantes pour gérer les espèces envahissantes. Par exemple, la lutte contre le kudzu aux États-Unis coûte des millions de dollars chaque année.

Certaines espèces peuvent causer des dommages physiques aux infrastructures. Par exemple, les termites Formosan peuvent endommager gravement les bâtiments en bois, entraînant des coûts élevés de réparation.

Des espèces exotiques comme le doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata) ou la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis) peuvent devenir des ravageurs majeurs des cultures, réduisant les rendements et augmentant les coûts de lutte.

Certaines plantes envahissantes, comme l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia), peuvent concurrencer les cultures agricoles locales, réduisant leur productivité.

Des espèces exotiques peuvent dégrader les écosystèmes naturels, réduisant ainsi l'attrait touristique de certaines régions. Par exemple, l'introduction de certaines espèces de plantes aquatiques peut entraver les activités de loisirs comme la navigation et la pêche.

Certaines espèces exotiques peuvent être vecteurs de maladies affectant les humains. Par exemple, le moustique tigre (Aedes albopictus) peut transmettre des maladies comme la dengue et le chikungunya, entraînant des coûts de santé publique.

Les espèces exotiques introduites dans la nature peuvent avoir des impacts économiques divers, allant de bénéfices importants pour l'agriculture et l'industrie à des coûts énormes associés à la gestion des espèces envahissantes. Il est essentiel de bien évaluer les risques avant d'introduire de nouvelles espèces dans un écosystème pour minimiser les impacts négatifs et maximiser les avantages potentiels.

Coexistence harmonieuse : l’adaptation réussie d’espèces exotiques sans impact négatif sur la biodiversité locale

Certaines espèces exotiques on pu s'adapter à de nouveaux environnements sans perturber gravement la biodiversité locale, bien que la définition d'un "problème pour la biodiversité" puisse varier en fonction des contextes écologiques et socio-économiques.

1.L'abeille européenne (Apis mellifera) en Amérique du Nord : Cette espèce d'abeille a été introduite pour la pollinisation et est devenue une composante essentielle des écosystèmes agricoles en Amérique du Nord, sans menacer les espèces indigènes d'abeilles.

2.Le lapin européen (Oryctolagus cuniculus) en Australie : Bien que considéré comme une espèce invasive, les lapins ont été largement adoptés dans la vie sauvage australienne et sont maintenant une partie importante de l'écosystème.

3.La tourterelle turque (Streptopelia decaocto) en Europe : Originaire d'Asie, cette espèce de tourterelle s'est bien adaptée en Europe et est devenue courante sans affecter gravement les espèces locales.

4.Le daim européen (Dama dama) en Argentine : Introduit pour la chasse, le daim s'est bien adapté en Argentine, où il est maintenant couramment élevé.

5.Le pin noir d'Autriche (Pinus nigra) en Amérique du Nord : Ce pin a été introduit pour le reboisement dans certaines régions d'Amérique du Nord et est devenu un élément stable de l'écosystème.

6.Écureuil de Corée (Tamias sibiricus) : Originaire d'Asie de l'Est, l'écureuil de Corée a été introduit dans divers pays comme animal de compagnie ou pour l'élevage. Il s'est bien adapté à certains environnements urbains et périurbains, notamment en Europe de l'Est, sans menacer gravement les espèces locales. Bien que potentiellement envahisseur, il n'a pas encore démontré d'impact significatif sur la biodiversité dans les régions où il s'est établi.

Plantes :

1. Le mimosa (Acacia dealbata) en Nouvelle-Zélande : Bien que parfois considéré comme envahissant, le mimosa est souvent planté pour stabiliser les sols et est largement accepté en Nouvelle-Zélande.

2.Le palmier à huile (Elaeis guineensis) en Asie du Sud-Est : Introduit pour l'agriculture, le palmier à huile s'est largement répandu et est devenu une culture économiquement importante sans affecter gravement la biodiversité.

3.La vigne (Vitis vinifera) en Californie : Introduite pour la viticulture, la vigne s'est bien adaptée en Californie et est maintenant un élément essentiel de l'industrie du vin.

4.Le pommier (Malus domestica) en Nouvelle-Zélande : Bien que non indigène, le pommier est largement cultivé en Nouvelle-Zélande sans poser de graves menaces pour la biodiversité.

5.Le bambou (Bambusoideae) en Amérique du Nord : Certaines espèces de bambous ont été introduites et sont devenues populaires comme plantes ornementales, sans devenir envahissantes dans la plupart des cas

6.Tomate (Solanum lycopersicum) : Originaire d'Amérique du Sud, la tomate est maintenant cultivée mondialement et s'adapte à divers climats et sols. Elle est une culture agricole clé dans de nombreuses économies, sans menacer la biodiversité locale ni affecter négativement les écosystèmes naturels.

7. Maïs (Zea mays) : Originaire du Mexique, le maïs est devenu une culture alimentaire essentielle dans le monde entier. Bien qu'il puisse modifier les habitats locaux lorsqu'il est cultivé intensivement, il n'est pas considéré comme une espèce envahissante. Les impacts sur la biodiversité sont principalement dus à la gestion agricole.

Que faire si vous ne pouvez plus vous occuper de votre animal ?

Plutôt que de relâcher des animaux exotiques dans la nature, les propriétaires devraient contacter les refuges animaliers spécialisés dans la prise en charge des NAC. Ces refuges disposent de l'expertise nécessaire pour accueillir et soigner ces animaux de manière appropriée. Les animaleries et magasins spécialisés peuvent également fournir des conseils et parfois prendre en charge les animaux.

Relâcher des animaux exotiques dans la nature est une pratique dangereuse qui peut avoir des conséquences dévastatrices sur les écosystèmes locaux et la biodiversité. La compétition pour les ressources, l'introduction de maladies et la perturbation des équilibres écologiques sont autant de raisons pour lesquelles cette pratique doit être évitée. Les propriétaires d'animaux exotiques doivent adopter un comportement responsable en trouvant des solutions appropriées pour leurs animaux, contribuant ainsi à la protection et à la préservation de notre environnement naturel.

Infos sur les centres de revalidations : https://protectiondesoiseaux.be/les-centres-de-revalidation/bruxelles/

Législation sur la detention d’animaux exotiques : https://stopenvahissantes.be/home/animaux.html

L’arche, Refuge pour animaux exotiques et centre de revalidation pour animaux sauvages indigènes (Creaves) : Tél : 010 61 75 29 - http://www.larche-asbl.be

Veeweyde, société de Protection Animale qui gère 4 refuges en Belgique. Tél : 02 527 10 50 – Infos : https://www.veeweyde.be

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