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Justine Lefèbvre : Habiter ensemble pour prendre soin des autres et de la terre
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Justine Lefèbvre : Habiter ensemble pour prendre soin des autres et de la terre

Un article rédigé par Anne Kerléo - RCF, le 23 décembre 2023  -  Modifié le 27 décembre 2023
Commune Conversion Justine Lefèbvre : habiter ensemble pour prendre soin des autres et de la terre

A 44 ans, après une enfance en Lozère et la première partie de sa vie d'adulte à Lyon, Justine Lefèvre, infirmière, s'installe à Romans-sur-Isère dans la Drôme, pour vivre un projet d'habitat partagé. Une manière pour elle de s'engager en prenant soin des autres et de la terre, de façon concrète et quotidienne. Elle en témoigne dans l'émission Commune conversion, sur RCF. 

Justine Lefèbvre construit elle-même la yourte où elle va vivre pendant les travaux de l'écogîte La Passerelle Justine Lefèbvre construit elle-même la yourte où elle va vivre pendant les travaux de l'écogîte La Passerelle

C'est à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, qu'est en train de naître un "Co-gîte" intergénérationnel dont les 7 foyers participants élaborent le projet depuis plusieurs années. Ensemble, ils veulent "à travers ce projet d'inspiration chrétienne, partager des valeurs, des connaissances, à la fois humaines, techniques et spirituelles, faire en sorte que cette manière de vivre puisse contribuer à de la création, à de l'ouverture et au final, participer modestement à un monde meilleur". (déclaration d'intention du Co-gîte de la Passerelle). Dans l'émission Commune conversion, sur RCF, Justine Lefèbvre, l'une des habitantes, témoigne du projet et de son itinéraire personnel.

Pour changer le monde, faisons-nous confiance ! 

Au cœur du témoignage et des convictions de Justine Lefèbvre, il y a l'espérance et le collectif. Marquée par la violence des relations entre les humains et envers la terre, elle ne croit pas "que ce monde actuel puisse tenir". Inquiète, elle est pourtant habitée par la conviction que tout reste possible. "Je pense, précise-t-elle, que les nouvelles du monde sont souvent inquiétantes et en même temps je sens que quand on est dans une action, même toute petite, on peut garder l'espérance. Sans cette espérance, il y a du découragement car il y a des réalités qui sont très sombres."

quand on fait, même de toutes petites choses, on ne sombre pas

Son espérance n'est pas une attente passive : "ce que je découvre c'est que quand on fait, même de toutes petites choses, on ne sombre pas. J'aime bien cette politique des petits pas : juste constater les problèmes c'est décourageant, et quand on s'engage quelque part ça aide à croire qu'autre chose est possible." Mais comment opérer la transformation du monde qu'elle appelle de ses vœux ?  Réponse : "je ne sais pas encore comment mais je pense qu'en collectif on peut trouver des idées, on est plus créatif que ce qu'on croit, faisons-nous confiance !"

pour moi l'espérance chrétienne se fonde sur l'amour inconditionnel (...) je pense que la chance dans la foi c'est de se sentir aimé quelles que soient nos actions et nos pensées et en même temps invités à quelque chose de beau, de bon, de grand. Pour moi l'espérance est dans cette certitude d'être aimée.

Justine ne fait pas de grand discours sur la foi, n'assène rien et semble avoir plus de doutes que de certitudes et pourtant, clairement, l'espérance qui l'habite lui vient de là : "pour moi l'espérance chrétienne se fonde sur l'amour inconditionnel. Quelque part, sur terre il y a le bien et le mal et chacun de nous vit de ces deux forces-là mais je pense que la chance dans la foi c'est de se sentir aimé quelles que soient nos actions et nos pensées et en même temps invités à quelque chose de beau, de bon, de grand. Pour moi l'espérance est dans cette certitude d'être aimée. Je n'adhère pas à une espérance de dire : ça va aller, le monde va être en paix, la nature va reprendre le dessus. Je crois qu'on est engagé à faire quelque chose, déjà à le rêver, à le prier peut-être"

Tout commence par un rêve...

Rêver pourrait changer le monde ? "Oui !", répond-elle : "j'ai l'impression qu'on ne peut pas commencer un projet si on ne l'a pas rêvé. Bien sûr, rêver ça parle de l'impossible, mais si on ne rêve pas en premier, on ne cherche même pas à faire un projet en fait". Et si le rêve nocturne est individuel, Justine croit pourtant aux rêves collectifs : "Le "j'ai fait un rêve" de Martin Luther King a été plus que collectif, plus que partagé. Il y a le "je" mais le "je" peut être "nous". C'est vraiment possible de partager un rêve". Et c'est ce qu'elle vit au sein du projet d'habitat partagé qu'elle a rejoint il y a trois ans et qui commence à prendre forme concrètement à Romans-sur-Isère dans la Drôme. Ensemble, les 7 foyers partie prenante à ce projet intergénérationnel construisent. Mais ils rêvent aussi : "on aime bien dire quels seraient nos rêves les plus fous et on sent que les idées des autres peuvent nous nourrir : c'est l'intelligence collective, ça permet ensuite de faire des choix, de définir des priorités".

je me dis que ce qui s'essaie dans un endroit peut nous permettre de gagner en assurance et d'avancer ailleurs et pourquoi pas d'essayer sur un plus grand groupe (...) Chacun de nous s'inspire d'autres personnes, d'autres situations de vie et en même temps peut-être qu'on peut être nous aussi inspirants pour d'autres

Leurs rêves : habiter autrement le monde, construire d'autres relations, entre les humains et avec la terre et le reste du vivant. "On cherche à instaurer d'autres modes relationnels, on travaille les enjeux de pouvoir, pour que chacun trouve sa place et qu'il n'y ait pas d'abus" raconte Justine. Certains jours, elle se dit que tout ça est dérisoire, que leurs rêves et leurs réalisations sont trop petits pour changer la donne. Mais le plus souvent elle y croit et pense même que cela pourrait avoir un impact au-delà de leur seul groupe : "je me dis que ce qui s'essaie dans un endroit peut nous permettre de gagner en assurance et d'avancer ailleurs et pourquoi pas d'essayer sur un plus grand groupe. Peut-être que ce qu'on fait à l'échelle d'une maison pourra se faire à l'échelle du quartier, de la ville. Il y a à la fois la réalité de notre petit pas et quelque chose qui ne nous appartient pas sur comment ça peut après se répercuter ailleurs. Chacun de nous s'inspire d'autres personnes, d'autres situations de vie et en même temps peut-être qu'on peut être nous aussi inspirants pour d'autres". Changer le monde, cela commence à l'écogîte La Passerelle de Romans-sur-Isère et un peu partout dans le monde, partout où des enfants, des femmes et des hommes rêvent et se retroussent les manches pour donner corps à leurs rêves. 

 

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