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Poésie Haïtienne au féminin 2/5
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Poésie Haïtienne au féminin 2/5

Un article rédigé par Odile HOW SHING KOY - RCF Saint-Étienne,  -  Modifié le 17 juillet 2023
Deuxième grande poétesse haïtienne : Marie-Thérèse Colimon-Hall (1918 -1997).

Marie-Thérèse Colimon-Hall, professeur de carrière, qui a publié des essais poétiques et des contes, produira également des drames historiques et religieux, ainsi qu’un roman,Fils de misère ( 1974 ), qui remporta le prix France-Haïti . Son poème célèbre,Mon pays, publié en 1953 dans La voix des Femmes, avait été faussement attribué à l’un des plus grands poètes haïtiens,Jean Brierre. Elle possède toute la flamme d’une grande poétesse.
Voici Mon pays, lu par Odile :

Mon Pays

S’il me fallait, au monde, présenter mon pays
Je dirais la beauté, la douceur et la grâce
De ses matins chantants, de ses soirs glorieux
Je dirais son ciel pur, je dirais son air doux
L’étagement harmonieux des mornes bleuissant
Les molles ondulations de ses collines proches
L’émeraude changeant des cannes au soleil
Les cascatelles glissant entre les grosses pierres :
Diaphanes chevelures entre des doigts noueux
Et les soleils plongeant dans des mers de turquoise
Je dirais, torches rouges tendues au firmament,
La beauté fulgurante de flamboyants ardents,
Et ce bleu, et ce vert, si doré si limpide
Qu’on voudrait dans ses bras serrer le paysage

Je dirais le madras de la femme en bleu
Qui descend le sentier son panier sur la tête,
L’onduleux balancement de ses hanches robustes
Et la mélopée grave des hommes dans les champs
Et le moulin grinçant sous la lune la nuit,
Les feux sur la montagne à mi-chemin du ciel.
Le café qu’on recueille sur les sommets altiers,
L’entêtante senteur des goyaves trop mûres.
Je dirais dans les villes, les torses nus et bronzés
De ceux qui dans la rue sous la dure chaleur

Mais j’enflerais ma voix d’une ardeur plus guerrière
Pour dire la vaillance de ceux qui l’ont forgé
Je dirais la leçon qu’au monde plus qu’étonné
Donnèrent ceux qu’on croyait des esclaves soumis
Je dirais la fierté, je dirais l’âpre orgueil,
Présents qu’à nos berceaux nous trouvons déposés

Et le farouche amour que nous portons en nous
Pour une liberté au prix trois fois sanglant
Et le bouillonnement montant dans nos artères
Lorsqu’au fond de nos bois nous entendons, l’appel
Du conique tambour que nos lointains ancêtres
Ont porté jusqu’à nous des rives de l’Afrique :
Mère vers qui sans cesse sont tournés nos regards !
S’il me fallait, au monde, présenter mon pays,
Je dirais plus encore, je dirais moins encore,
Je dirais ton cœur bon, ô peuple de chez nous

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