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Philippe Moati: "plus on a une vie intérieure, moins on est dépendant de l’hyperconsommation"
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Philippe Moati: "plus on a une vie intérieure, moins on est dépendant de l’hyperconsommation"

RCF,  -  Modifié le 27 juin 2018
Les soldes d’été débutent mercredi 27 juin. Un événement important pour les consommateurs et les commerçants, lorsque l’on sait qu’un vêtement sur cinq est acheté en soldes.

"Les soldes n'ont plus le monopole des prix cassés"

Ces soldes vont durer six semaines, jusqu’au début du mois d’août. Mais ce sera probablement la dernière fois. "Les dernières semaines, il ne se passe plus rien. Le gros de l’activité des soldes se déroule durant les deux premières semaines et ensuite cela s’étiole très rapidement. Cela ne va pas changer grand-chose d’amputer la période des soldes d’une semaine. C’est une demande de la profession qui souhaite passer rapidement à autre chose, à une autre manifestation commerciale. Car aujourd’hui le commerce n’a l’air de fonctionner que si on enchaîne les périodes de promotion qui permettent d’attirer les consommateurs sur la base de pseudo bonnes affaires" analyse Philippe Moati, professeur agrégé d’économie à l’université Paris Diderot, membre et co-fondateur de l’observatoire Société et Consommation.

Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent et affirment que les soldes ne sont plus aussi séduisantes que par le passé. Une affirmation qu’il convient de nuancer pour Philippe Moati. "Cela reste un moment fort dans la consommation mais les soldes n’ont plus le monopole des prix cassés puisque 2007 le régime des promotions a été revu sur un plan juridique. Il y a moins de raisons d’attendre les soldes pour se précipiter dans les magasins et espérer faire de bonnes affaires. On peut les faire toute l’année" explique l’économiste.
 

Des soldes qui troublent les consommateurs

Les soldes restent donc importantes, mais s’étiolent un peu par rapport au passé. Au point de devenir un phénomène davantage médiatique que commercial, ajoute l’économiste. "Il y a un peu de ça. Il existe des dates officielles pour les soldes. Nous sommes en train d’en faire la manifestation. Les médias donnent le coup de sifflet et cela crée un élan collectif, avec effectivement de bonnes affaires à faire les tous premiers jours. Et c’est un des rares moments de vivre-ensemble" reconnaît Philippe Moati, qui précise vouloir voir le verre à moitié plein.

Mais les soldes n’ont pas que des avantages. Philippe Moati explique que "quand le prix se met à varier considérablement dans le temps, dans l’espace et selon la personne, on se dit qu’il ne reflète plus sa valeur. On perd un peu sa boussole et quelque fois on a même l’impression de se faire entourlouper par des pratiques tarifaires qui consistent essentiellement à nous inciter à acheter". Un phénomène et surtout un ressenti qui ne contribuent évidemment pas à renforcer la confiance entre les consommateurs et les commerçants.
 

Une société malade de la consommation

Une perte de confiance qui se traduit par un désamour pour la grande consommation, un changement de mode de consommation, un attrait prononcé pour les petits commerçants. Pour Philippe Moati, c’est un signal fort et les grands noms du secteur ont bien compris qu’ils devaient changer de mentalité afin de séduire à nouveau les consommateurs, qui n’hésitent par ailleurs plus à aller acheter sur Internet, où les promotions sont affichées en permanence.

Dans un ouvrage publié il y a deux ans, "la société malade de la consommation" (éd. Odile Jacob), Philippe Moati théorise l’hyperconsommation, "le stade suprême de la société de consommation", explique-t-il. "La consommation devient l’alpha et l’oméga de l’organisation de la vie collective, et de nos vies individuelles. En réalité, il y a encore cette croyance profondément ancrée dans nos sociétés, que le bonheur serait lié à l’accumulation de biens matériels. On va passer notre vie à gagner plus pour dépenser, et non pas pour satisfaire nos besoins de base. Mais on est en train de se rendre compte que le bonheur n’est pas à la clé, mais qu’il conduit à des travers, et qu’il est une atteinte au lien social" lance encore l’économiste.

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