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Père Matthieu Rougé: l'élection présidentielle, "un beau moment de liberté ecclésiale pour les chrétiens"
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Père Matthieu Rougé: l'élection présidentielle, "un beau moment de liberté ecclésiale pour les chrétiens"

Un article rédigé par Jean-Baptiste Le Roux - RCF,  -  Modifié le 9 mai 2017
Le père Matthieu Rougé, ancien aumônier des parlementaires, spécialiste de théologie politique, réagit à la victoire d’Emmanuel Macron.

"La situation française reste très délicate"

Pour le père Matthieu Rougé, malgré la campagne houleuse, l’élection d’Emmanuel Macron est assez nette. "C’est une élection qui a été assez large et qui a montré que malgré tous les débats, il y a une capacité de sagesse du peuple français qui s’est exprimé et notamment des chrétiens avec la liberté de conscience à laquelle ils avaient été encouragés" déclare-t-il.

Pour autant, l’ancien aumônier des parlementaires ne perd pas de vue les autres données de ce second tour de l’élection présidentielle. "Il faut prendre la mesure de l’importance malgré tout du score du Front National, il va falloir analyser ça de près dans certaines communes rurales ou en difficultés économiques et sociales. Et puis il y a l’abondance de l’abstention et du vote blanc qui montre que la situation française reste très délicate. Il ne faut pas que l’enthousiasme d’un soir de victoire pour un camp fasse perdre de vue le poids et la gravité des enjeux auxquels notre pays doit faire face" ajoute-t-il.

Ce spécialiste de théologie politique note également que cette élection révèle que les partis politiques traditionnels, les Républicains et le PS notamment, sont défaits. "Au premier tour, il n’y a pas de candidat des principaux partis pour le second tour. C’est un séisme politique. Tout le monde a essayé de tenir le coup dans l’entre-deux tours avec la perspective des législatives mais il me semble indispensable qu’il y ait un très grand travail de remise en cause dans les mois qui viennent. Par ailleurs, l’âge du nouveau président, le renouveau qu’il souhaite incarner, appelle aussi à une réflexion des chrétiens sur leur forme d’engagement politique" précise le père Matthieu Rougé.

Dans son discours, Emmanuel Macron a dit qu’une nouvelle page s’ouvrait, celle de l’espoir et de la confiance, et qu’il voulait faire de la moralisation de la vie politique le socle de son action. "On ne peut que les partager. Il s’agit de voir ensuite comment dans les faits ces positions se traduiront de manière effective" lance le père Rougé.

Un positionnement de l'Eglise assez clair pour le père Matthieu Rougé

Concernant le positionnement de l’Eglise catholique, et la réaction des fidèles, le père Matthieu Rougé explique "accueillir le positionnement de la CEF. Je ne dirai pas qu’elle n’a pas pris position, elle a pris position en faveur d’un vote en conscience avec une conscience éclairée assez précise. Mgr Pontier, connu pour sa modération, a confirmé cette position à la fin de l’entre-deux tours. Par ailleurs, ce positionnement qui encadrait la parole de l’Eglise en général, a pu avoir toutes sortes de traduction chez les évêques, dans les médias, et on a vécu un moment de liberté ecclésiale à l’intérieur d’une véritable unité, n’en déplaise aux commentateurs."

Pour autant, force est de constater que ce positionnement est radicalement différent de celui de 2002, où les évêques s’étaient exprimé avec force contre le Front National. "Les dernières enquêtes d’opinion montraient que les catholiques pratiquants n’ont pas été plus nombreux que les précédentes élections à faire ce choix-là. Ensuite c’est toute la société qui a réagi différemment par rapport à 2002. La question n’est pas de savoir quelle posture on prend, mais quelle dynamique de fond on induit" rappelle le curé de la paroisse Saint Ferdinand des Ternes, à Paris.

Le père Matthieu Rougé conclut en estimant qu’il est essentiel de tirer des leçons de cette élection présidentielle de 2017. "C’est d’abord le travail des politiques et en particulier de ceux des grands partis de gouvernement qui ont montré qu’ils étaient arrivés en fin de cycle. Le candidat qui l’a emporté n’était pas porté par un parti mais par un mouvement. Pour les chrétiens, c’est important de s’interroger sur la manière la plus ajustée de pouvoir vivre le témoignage qu’ils ont à vivre, dans des circonstances transformées".

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