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[Évangile du dimanche] Une "sainte colère"

[Évangile du dimanche] Une "sainte colère"

RCF, le 27 février 2024  -  Modifié le 28 février 2024
Enfin une Bonne Nouvelle [Évangile du troisième dimanche de Carême] Une sainte colère (Jn 2, 13-15)

 

Dans l'évangile de ce troisième dimanche de Carême on est bien loin de l'idée d'un Jésus "peace and love", doucereux et gentillet. Lui qui venait fêter Pessah, la Pâque juive, laisse exploser sa colère. Armé d'un fouet, il chasse les marchands de l'esplanade du temple de Jérusalem. Que signifie cette "sainte colère" ?

 

Comme les Juifs de son temps, Jésus est monté à Jérusalem pour fêter Pessa’h, la Pâque juive (Photo: vue du mont du Temple, Jérusalem ©wikimédia commons) Comme les Juifs de son temps, Jésus est monté à Jérusalem pour fêter Pessa’h, la Pâque juive (Photo: vue du mont du Temple, Jérusalem ©wikimédia commons)

 

Évangile du dimanche 3 mars (Jn 2, 13-25)

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. 

Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Source : AELF

 

L’épisode des marchands du temple

C’est un épisode célèbre que l’on retrouve dans l’évangile du troisième dimanche de Carême. L’épisode des marchands du temple est relaté par les quatre évangélistes. Mais dans les textes de Marc, Matthieu et Luc - les évangiles dits synoptiques - ce récit est placé plutôt vers la fin, avant la Passion. 

Jean le raconte au tout début de son évangile et le situe juste après l’épisode des noces de Cana. Un autre passage célèbre où Jésus a changé l’eau en vin. "Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit, écrit l’évangéliste Jean, C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui." (Jn 2, 11).

Pourquoi Jean l’a-t-il placé au début de son évangile ? "Les exégètes évidemment se sont interrogés, rapporte Patrick Laudet, diacre du diocèse de Lyon, est-ce une datation théologique pour inscrire dès le début la perspective de la croix ?" La question reste ouverte. Que l’épisode soit placé au début de la vie publique de Jésus ou avant la Passion, "ça nous fait signe que tout l’enseignement de Jésus est comme encadré par cet épisode, qui, du coup, est beaucoup moins anecdotique qu’il n’y paraît…"

 

→ À LIRE : Pâque ou Pâques : quelle est l'origine du mot ?

 

Jésus fête Pessa’h, la Pâque juive

Comme les Juifs de son temps, Jésus monte à Jérusalem pour fêter Pessa’h, la Pâque juive. Il faut en effet monter pour aller à Jérusalem et au mont du Temple, situé à plus de 700 mètres d’altitude. C’est aussi "une montée intérieure vers la célébration de la Pâque", décrit Patrick Laudet.

Ce temple, Jésus le connaît bien, c’est même "un familier" des lieux. Il y est allé enfant, conduit par ses parents, pour y être présenté au prêtre. "Joseph lui-même a dû acheter des colombes, souligne Patrick Laudet, a dû avoir recours aux changeurs, il a bien fallu qu’il entre dans cet usage, ce négoce du temple." En effet, l’évangéliste Luc décrit : "Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes." (Lc 2, 24)

Lors de la Pâque, les Juifs commémorent la libération d’Égypte. Jésus portera, lui, ce message : "L’ultime et définitive libération n’est pas simplement celle de la libération d’Égypte mais de cet autre esclavage qu’est la condition du péché, de la mort", comme le rappelle Patrick Laudet. Ainsi, quand il dit dans l’évangile de ce dimanche : "Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai", il fait, selon le diacre, la "promesse de la vie éternelle".

 

On pourrait installer l’idée d’un Jésus un peu peace and love, un peu kitsch, un peu doucereux, un peu gentillet, et là, on assiste à une sorte de sainte colère du Christ...

 

Une "sainte colère"

Jésus a vécu à une époque que les historiens nomment la période du Second Temple. Elle dure jusqu’en l’an 70 de notre ère, date à laquelle le Second Temple de Jérusalem a été détruit. "Il faut imaginer ce temple comme le lieu d’un culte à l’orientale où il se passe plein de choses", décrit Patrick Laudet. 

La scène décrite n'a pas pu passer inaperçue ! Jésus, un fouet à la main, opère un grand ménage sur l'esplanade du temple de Jérusalem. "On pourrait installer l’idée d’un Jésus un peu peace and love, un peu kitsch, un peu doucereux, un peu gentillet, observe Patrick Laudet, et là, on assiste à une sorte de sainte colère du Christ qui finalement ne supporte pas de voir ce parvis des gentils encombré, devenir un lieu de commerce, de trafics."

Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Sans doute "approche-t-il du terme de la révélation, au fond, de qui il est", commente Patrick Laudet. "Et sans doute y a-t-il quelque chose qui est mûr, là, pour que, à travers ce geste qu’il va engager, ce geste au fond un peu provocateur, il dise quelque chose de lui."

La sainte colère de Jésus vient nous apprendre que la relation à Dieu ne se monnaie pas, que sa présence est gratuite, là où nous-sommes. Et Jésus ira encore plus loin en affirmant que lui-même est la maison où le Père est présent, que ce temple intérieur est indestructible, nous invitant lui-même à l'y retrouver. 

 

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