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Gestion du temps : « La sagesse monastique m'a appris que la mesure n'est pas un manque de zèle », confie sœur Marie-Anne

Gestion du temps : « La sagesse monastique m'a appris que la mesure n'est pas un manque de zèle », confie sœur Marie-Anne

Un article rédigé par Joséphine Bacquaert - RCF, le 29 mars 2024  -  Modifié le 29 mars 2024

L'autel a été déplacé, il est dépouillé. Au centre, se dresse la croix, voilée d'un drap mauve. En ce Vendredi saint, au monastère de Saint-Thierry, les sœurs bénédictines chantent l’office des ténèbres, pour l’innocent condamné à mort et la souffrance de ceux qui traversent la douleur. Sœur Marie-Anne est religieuse dans ce monastère. Elle était l’invitée de la matinale. 

Sœur Marie-Anne est l'une des 20 bénédictines du monastère Saint-Thierry ©RCF Radio/Romane Gallisai Sœur Marie-Anne est l'une des 20 bénédictines du monastère Saint-Thierry ©RCF Radio/Romane Gallisai

Pendant ces offices des ténèbres, nom donné aux laudes durant ces trois jours saints, les chrétiens sont invités à entendre le psaume 21 : “Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?”. Un jour central, où le Christ a été suspendu sur la Croix. 

Surmenage au monastère 

D’une certaine façon, sœur Marie-Anne Leroux semble porter "les ténèbres du monde dans ses propres obscurités". "Je pense que mes ténèbres sont celles de ceux qui les portent aujourd'hui", considère la bénédictine. Une solidarité envers le monde qui traverse sa vie. "La nature renaît, les primevères parcourent le parc du monastère. Et en même temps, il y a ce paradoxe de lumière et de ténèbres, auquel personne n’échappe", assure-t-elle. 

Marie-Anne Leroux, bénédictine au monastère Saint-Thierry, a écrit plusieurs ouvrages, notamment “Petit traité sur le temps à vivre”, aux éditions Salvator. Dans une parole de sagesse, elle y raconte le surmenage qu’elle a vécu, aujourd’hui appelé "burn-out". "À l'époque, on ne parlait pas de burn-out et je ne l'ai pas vu venir", confesse sœur Marie-Anne Leroux. Avec du recul, elle en parle comme d’une brulure. "Je l’ai expérimenté dans ma boîte crânienne. À un moment, cela a chauffé avec un épuisement intellectuel mais aussi physique", témoigne la religieuse. 

Depuis qu’elle est rentrée chez les bénédictines de Saint-Thierry, sœur Marie-Anne Leroux s’est adonnée à Dieu et entretient un désir fort de charité, de dévouement et de générosité envers le monde. Très vite, le sentiment de culpabilité l’a envahie. "L’Église a besoin d'ouvriers pour sa moisson et le petit démon de l'accélérateur dans ma tête, m’a dit : "Il faut que tu en fasses plus, tu en vois les besoins."", raconte-t-elle. Un moment, où son "équilibre entre vie humaine et spirituelle" s’est brisé. "Je crois qu'il faut être attentif aux signaux faibles, signaux que je n’ai pas entendus, étant dans cet élan de zèle", affirme la bénédictine. 

À l'époque, on ne parlait pas de burn-out, et je ne l'ai pas vu venir.

Une réalité dissimulée 

La ferveur de la vie religieuse active est bien connue des monastères. Une vaine gloire qui touche les jeunes moines qui veulent montrer rapidement leur ferveur, puis s’épuisent très vite. Pour sœur Marie-Anne Leroux, pour éviter ce surmenage, "nous faisons rentrer un peu de sagesse dans le zèle des débutants et des fervents". Une clairvoyance qui lui a été bénéfique. "C'est la sagesse monastique qui m'a appris que la mesure n'est pas un manque de zèle", confie la religieuse du monastère Saint-Thierry. 

Le psaume 50 : "Mais tu veux au fond de moi la vérité. Dans le secret, tu m'apprends la sagesse", appelle à ne pas se cacher de la vérité, à "accepter nos limites et nos faiblesses". Selon la bénédictine, le monde n’aime pas se monter comme faible. "Bien souvent, on montre un visage souriant, mais en dessous, on rame", évoque sœur Marie-Anne Leroux. Et cette acceptation de la vérité passe avant tout par l’apprentissage. "Il y a une sagesse à apprendre avec soi-même, reconnaître ses limites, et que l’on a besoin d'aide", énonce-t-elle. 

Bien souvent, on montre un visage souriant, mais en dessous, on rame.

Trouver son équilibre 

Pendant 19 ans, sœur Marie-Anne Leroux a vécu dans une communauté nouvelle, "Le Verbe de Vie". Arrivée chez les bénédictines du monastère de Saint-Thierry, elle approfondit, chaque jour la règle de saint Benoît. Une nouvelle vie monastique qui lui a permis de trouver un équilibre entre la prière et le travail. "La prière nous oblige à nous arrêter, à nous décentrer et nous tourner vers le Seigneur", déclare la religieuse. Des temps de prière qui représentent des repères bien ancrés. "Saint Benoît déploie beaucoup de chapitres pour ordonner la vie liturgique. Rien ne sera préféré à l'office divin", affirme-t-elle. 

Dans la société contemporaine, la séparation entre vie privée et vie professionnelle est au cœur des discussions. Au VIe siècle, saint Benoît définissait la notion de "recul", à instaurer dans une vie. Un espace de clôtures nécessaire, pour sœur Marie-Anne Leroux, entre le travail et la prière. "La cloche sonne un quart d'heure avant un office, pour créer un espace entre le travail qu'on était en train de faire, qui souvent occupe nos pensées, et le moment de prière où l’on se tourne vers le Seigneur", décrit la religieuse bénédictine. 

La prière nous oblige à nous arrêter, à nous décentrer et nous tourner vers le Seigneur.

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