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[Évangile du cinquième dimanche de Carême] La résurrection de Lazare

[Évangile du cinquième dimanche de Carême] La résurrection de Lazare

Un article rédigé par Béatrice Soltner, avec OR - RCF, le 15 mars 2026 - Modifié le 22 mars 2026
Enfin une Bonne Nouvelle[Évangile du dimanche] Le relèvement de Lazare (Jn 11, 1-45)

La résurrection de Lazare, racontée dans l'évangile de Jean, est l'un des épisodes les plus poignants du Nouveau Testament. On lit toute l'émotion de Jésus, bouleversé par la mort de son ami. Et cependant, Jésus ne semble pas si pressé de se rendre au chevet de Lazare. Il dit même que sa maladie "ne conduit pas à la mort" et qu'elle "est pour la gloire de Dieu".

Lazare sortant de son tombeau par Peter Paul Rubens (1606) ©Wikimedia commonsLazare sortant de son tombeau par Peter Paul Rubens (1606) ©Wikimedia commons

 

Évangile du dimanche 22 mars (Jn 11, 1-45 )

Il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »

Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » 

Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »

Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » 

Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.

Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » 

Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Source : AELF

 

L'Évangile du cinquième dimanche de Carême porte en lui les prémices de la résurrection du Christ. Il y a la pierre du tombeau que l'on va rouler, un homme mort depuis quatre jours qui se relève, une vie qui reprend dans un élan de pure nouveauté. Pourtant, ce n'est pas Jésus qui sort du tombeau mais Lazare, l'un de ses amis. L'épisode de la mort de Lazare est l'un des plus poignants de l'Évangile.

Lazare, Marthe et Marie : "une famille qui pose question"

On sait peu de choses sur la vie affective de Jésus. Mais on sait que Marthe, Marie et Lazare étaient des amis intimes de Jésus. Chez eux, à Béthanie, il trouvait un lieu de repos, non loin de Jérusalem.

Ils forment "une petite famille pas si ordinaire que ça, note le Père Antoni, bibliste et prêtre de la congrégation des Augustins de l'Assomption. Que ça soit deux sœurs et un frère qui vivent ensemble, ils ne sont pas mariés, c'est quand même assez bizarre... C'est une famille qui pose question !"

 

"La haine va se déployer"

Cet épisode se déroule peu de temps avant la Passion du Christ, "dans un contexte d'inquiétude et de mort, déjà, qui approche, que l'on sent", rappelle le Père Sébastien Antoni. On est "juste au bord", on sent "que la haine va se déployer. Et Jésus a peur."

Quand l'évangéliste Jean parle des "juifs" qui cherchent à lapider Jésus, le terme ne désigne pas le peuple juif israélite, insiste le Père Antoni, mais "les autorités et les opposants". C'est "la figure de l'opposant" qui est ici désignée et "ça n'a rien à voir avec le confessant israélite".

Dans ce contexte de danger, Jésus est en recul, il est du côté de la Transjordanie, comme on dirait aujourd'hui, pas très loin de la mer Morte. "Il est en recul dans une partie désertique parce qu'il y a un contexte de danger et de risque. Arriver à Jérusalem, ça serait s'exposer à ce danger et Jésus en a peur, du moins se protège en étant hors de cette ville." 

 

Connaître le judaïsmeDéconstruire l'antijudaïsme chrétien (1/6) Déconstruire l'accusation de déicide

Une maladie "pour la gloire de Dieu"

Les réactions de Jésus nous étonnent dans ce texte. Connaissant les liens d'amitié qui le lient à Lazare, pourquoi reste-t-il "encore deux jours" sur place, alors qu'il y a urgence ? "C'est incompréhensible effectivement", admet le Père Antoni. Surtout que Jésus a parfois fait des guérisons rapides. Pourquoi là prendrait-il son temps ? 

Par ailleurs, Jésus dit que la maladie de Lazare "ne conduit pas à la mort", alors même que Lazare est mort ! Pour le bibliste, Jésus a une façon particulière de se positionner "par rapport à une urgence, à un cri de l'humanité, à une mort qui peut s'annoncer". Et qui se ne peut se comprendre que si l'on considère que Jésus "est profondément libre". 

"Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu", dit Jésus. "La gloire de Dieu, c'est la manifestation complète de Dieu, explique le Père Antoni. La gloire dans la Bible, c'est tout le poids de la présence de Dieu. Ce n'est pas la gloriole façon star system ! C'est de dire : Là, dans ce qui va se passer là, Dieu va se manifester complètement." Comme une épiphanie, c'est-à-dire une manifestation. "Dieu va se laisser reconnaître dans son humanité profonde."

 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Enfin une Bonne Nouvelle
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