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Divorcés remariés dans l'Église catholique : que dit le pape François ?

Divorcés remariés dans l'Église catholique : que dit le pape François ?

Un article rédigé par Madeleine Vatel, Odile Riffaud - RCF, le 29 novembre 2023  -  Modifié le 30 novembre 2023
Halte spirituelle La joie de l'amour, par le pape François 4/5 La situation des divorcés-remariés

La situation des personnes divorcées puis remariées ou engagées dans une nouvelle union fait couler beaucoup d'encre dans l'Église catholique. Ces personnes peuvent-elles communier ? Dans quelle mesure ont-elles accès aux sacrements ? En 2016, le pape François a exprimé quelle était sa position dans Amoris laetitia. Et récemment, le Vatican a publié une "mise au point" sur la question.

Les personnes divorcées remariées peuvent-elles communier ? C'est une question clivante au sein de l'Église catholique ©Daniel DERAJINSKI / Hans Lucas Les personnes divorcées remariées peuvent-elles communier ? C'est une question clivante au sein de l'Église catholique ©Daniel DERAJINSKI / Hans Lucas

 

Début octobre 2023, le dicastère pour la Doctrine de la foi a publié une "mise au point sur l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés". C'était l'un des sujets les plus clivants de l'exhortation apostolique Amoris laetitia du pape François, publiée en 2016. 

 

D'un synode à l'autre, l'Église catholique à l'écoute des réalités du monde

Près de 10 ans se sont écoulés entre l’ouverture du premier synode des évêques sur la famille, le tout premier convoqué par François, et en octobre dernier, le synode sur l'avenir de l'Église. Le rapport de synthèse de ce dernier ne parle pas, ou très vaguement, des divorcés remariés. Mais d’un synode à l’autre, ce sont des questions latentes qui reviennent.

Comment l’Église peut-elle être attentive aux réalités du monde tout en restant fidèle à son dogme et à sa tradition ? Comment susciter l'adhésion des fidèles au message qu'elle porte ? Doit-elle pour cela assouplir son dogme ? L’une des réponses apportées par François se lit jusque dans la méthode adoptée lors de ces deux synodes : avant toute chose, il faut écouter les réalités du monde.

 

Amoris laetitia, qu'est-ce que c'est ?
Amoris laetitia ou "La joie de l’amour" est une exhortation apostolique post-synodale du pape François. Un texte écrit par le chef de l’Église catholique suite à l’assemblée des évêques. Il y a eu en 2014 et 2015 deux assemblées sur la famille : elle forment le premier synode convoqué par le pape François après son élection le 13 mars 2013. Adressée au clergé, "aux époux chrétiens et à tous les fidèles laïcs sur l’amour dans la famille", Amoris laetitia vise à montrer l'attention de l'Église aux diverses situations familiales et conjugales.
> Lire Amoris laetitia

 

La situation des divorcés remariés dans l'Église catholique

Trois mois après la publication d’Amoris laetitia, un collectif de 45 universitaires et prêtres catholiques a publié une lettre au collège des cardinaux demandant de corriger certains passages du texte. Véritable point de crispation, le chapitre 8, qui porte sur l’accompagnement des divorcés remariés ou plutôt des "divorcés engagés dans une nouvelle union". Et la possibilité pour ces personnes d’accéder aux sacrements - la célébration pénitentielle, ou confession, et la communion.

La situation des divorcés remariés touche à la question du "péché" des relations sexuelles hors mariage. Et au fameux commandement : "Tu ne commettras pas d’adultère" (Ex 20, 14). Dans l’exhortation apostolique de Jean-Paul II Familiaris Consortio (1981), "on n’utilisait plus le mot [péché] parce qu’on ne voulait pas stigmatiser les personnes", souligne Catherine Fino, docteur en théologie et professeur à l’Institut catholique de Paris.

Or, avant la première session du synode de 2014, des théologiens ont réintroduit la notion de péché. "Leur idée c’était que s’il y avait du péché on allait pouvoir proposer ensuite une démarche de réconciliation sacramentelle."

 

→ À LIRE : Annulation du mariage religieux dans l'Église catholique, le parcours du combattant ?

 

Quel regard du pape François sur les divorcés remariés ?

Le pape François a exprimé "assez clairement", selon Catherine Fino, qu’il refusait "de préjuger du péché de manière automatique". Il écrit en effet : "Les divorcés engagés dans une nouvelle union… peuvent se retrouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être… enfermées dans des affirmations trop rigides sans laisser de place à un discernement personnel et pastoral approprié." (Amoris laetitia, § 298) Reste que "la gestion de la singularité des situations" représente "le moment doctrinal ou théologique le plus complexe", admet Catherine Fino. 

On peut retenir deux points essentiels de la pensée du pape François. D’abord "il ne faut pas faire peser sur deux personnes ayant leurs limites la terrible charge d’avoir à reproduire de manière parfaite l’union qui existe entre le Christ et son Église" (§ 122) Une référence à l’apôtre Paul, qui compare l’union de l’homme et de la femme dans le mariage à celle du Christ et de l’Église.

François considère par ailleurs que "tout baptisé a le droit de recevoir l’aide de l’Église", explique Catherine Fino. Et que "dans certains cas il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements". Selon l’auteur d’Amoris laetitia, pour qui "la mission de l’Église ressemble à celle d’un hôpital de campagne" (§ 291), l’Eucharistie "n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles" (note 351).

 

L’idée, c’est que l’Église ne doit pas proposer des normes mais une spiritualité ouverte à tous et à toutes les réalités de la famille

 

Famille : des "situations imparfaites" 

Des couples mariés civilement, des couples qui cohabitent sans se marier, des jeunes qui ont peur de l’engagement… Ce que l’Église appelle "situations imparfaites" concerne "tout ce qui ne rentre pas dans le schéma du projet qui a été transmis de l’Église, d’un homme et d’une femme qui se marient, qui ont des enfants, qui s’engagent pour la vie en fondant leur famille", détaille Catherine Fino.

Toutefois, "l’idée, c’est que l’Église ne doit pas proposer des normes mais une spiritualité ouverte à tous et à toutes les réalités de la famille", rappelle la théologienne. Pour cela, le pape François veut "introduire du discernement pour prendre en compte ces différentes situations". Pour lui, cela "fait parte de la tradition la prise en compte des différents degrés de responsabilité et l’idée que la croissance morale et spirituelle ça se fait toute la vie".

 

Il y a des difficultés réelles, si vous ouvrez le débat dans une paroisse, ça peut donner un clivage

 

Laisser les fidèles discerner ?

Avec Amoris laetitia, en invitant les fidèles à discerner eux-mêmes, le pape François a opéré un tournant. "Alors que Jean-Paul II dans Familiaris consortio prescrivait seulement aux pasteurs l’obligation de bien discerner les diverses situations, Amoris laetitia dit : Les prêtres ont la mission d’accompagner les personnes intéressées dans la voie du discernement, explique Catherine Fino. Le déplacement c’est l’accompagnement du discernement des personnes."

L'Église catholique considère qu’il existe une pédagogie du Père, qui élève, et une pédagogie du Fils, qui soulève et qui console. Et que l’Esprit saint agit dans la vie des baptisés. Le discernement consiste à relire l’histoire des personnes et des couples et à trouver dans cette histoire les signes de Dieu. Ainsi, pour la théologienne, "c’est tout à fait logique de penser qu’ils sont aussi en première ligne dans ce discernement pastoral. C’est cohérent avec la position du pape François de laisser la place à la conscience des fidèles." 

Cependant, il ne sera pas si simple sur le terrain et dans les paroisses, de faire du sur-mesure. Parfois, il arrive que "les gens en face attendent votre réponse en trois phrases et vous, vous vous dites : Il faudrait que je les amène à discerner, etc.", convient la théologienne. "Il y a des difficultés réelles, si vous ouvrez le débat dans une paroisse, ça peut donner un clivage. Et après que fait le pasteur ? Il ne faut pas qu’il fasse une reprise en main autoritaire." D’autant qu’en matière de pastorale familiale on touche à des points intimes, sensibles. La question centrale qui reste est celle de la formation des prêtres mais aussi des fidèles.

 

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