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Des chrétiens interpellent leurs églises sur leurs placements financiers
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Des chrétiens interpellent leurs églises sur leurs placements financiers

Un article rédigé par Anne Kerléo - RCF, le 12 mars 2024  -  Modifié le 13 mars 2024
Je pense donc j'agis Des chrétiens interpellent leurs églises sur leurs placements financiers

Désinvestir des énergies fossiles. C'est ce à quoi le collectif Lutte et Contemplation et le Mouvement Laudato Si' invitent les institutions chrétiennes. Convaincus que les banques et institutions financières jouent un rôle clé dans la perpétuation de l'extraction du pétrole, du charbon et du gaz, les promoteurs de la campagne encouragent les chrétiens à interpeller leurs diocèses, communautés et mouvements sur le sujet. Melchior Gormand, Anne Kerléo et leurs invités éclairent le sujet dans Je pense donc j'agis.

Photo d'illustration © Photo de Galen Crout sur Unsplash Photo d'illustration © Photo de Galen Crout sur Unsplash

À l'occasion du lancement d'une campagne de mobilisation pour le “désinvestissement des énergies fossiles” dans les Églises, initiée par le collectif Lutte et Contemplation et le Mouvement Laudato Si, l'émission Je pense donc j'agis sur RCF donne des clés pour comprendre l'ampleur et le rôle des investissements dans les énergies fossiles et l'impact potentiel du désinvestissement. 

Sortir des énergies fossiles, un impératif dicté par l'Accord de Paris

Pour avoir une chance de respecter l’objectif de l’Accord de Paris de contenir le changement climatique sous la barre des 1,5 °C, nous ne pouvons pas lancer de nouveaux projets d’extraction des énergies fossiles. C'est ce qu'affirment unanimement le GIEC (Groupement international d'experts scientifiques sur le climat), l'ONU et l'Agence internationale de l'énergie. C'est aussi ce qu'affirmait le pape dès 2015 dans l'encyclique Laudato Si “Nous savons que la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants a besoin d’être remplacée progressivement et sans retard (LS 165).

 

La transition nécessaire vers les énergies propres comme les énergies éolienne et solaire, en abandonnant les combustibles fossiles, ne va pas assez vite.

Et pourtant, de nouveaux projets d'extraction sont régulièrement lancés par des majors de l'énergie et validés par des États. Face à cette situation alarmante pour l'avenir, le pape a manifesté son inquiétude et son impatience et appelé à un sursaut dans sa récente exhortation apostolique Laudate deum : "la transition nécessaire vers les énergies propres comme les énergies éolienne et solaire, en abandonnant les combustibles fossiles, ne va pas assez vite" (LD, 55).

La responsabilité des institutions financières dans le système fossile

Et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Gutteres appelle régulièrement à la sortie des énergies fossiles, interpelant les entreprises du secteur des combustibles fossiles, mais aussi ceux qui les financent, déclarant par exemple : "les institutions financières doivent cesser d'investir dans le charbon, dans la prospection de nouveaux gisements de pétrole et de gaz et dans l'expansion des réserves de pétrole et de gaz - et investir plutôt dans la transition équitable dans les pays en développement".

Face à cette perpétuation du système fossile, et dans le sillage des appels du pape, le Mouvement Laudato Si' a lancé depuis déjà plusieurs années une campagne en faveur du désinvestissement des énergies fossiles à destination des institutions chrétiennes. À travers le monde, certaines, à l'image de l'église anglicane, ont déjà désinvesti. En France, le collectif Lutte et Contemplation lance début mars 2024, en partenariat avec le Mouvement Laudato Si, une campagne invitant les chrétiens à interpeller leurs responsables ecclésiaux sur le sujet. 

Le patrimoine des églises finance des multinationales du pétrole, du gaz et du charbon

Cette campagne invite les chrétiens à entrer en dialogue avec leurs responsables ecclésiaux sur "la portée des investissements financiers qui sont faits avec l’argent (des) communautés chrétiennes". Les initiateurs de la campagne expliquent que certaines communautés ont un patrimoine conséquent qui se compte en centaines de millions, voire en milliards d’euros.

"Or, peut-on lire sur le site internet de Lutte et contemplation, ce patrimoine, bien souvent, est placé en bourse et finance des multinationales du pétrole, du gaz ou du charbon comme Total, Shell ou Saudi Aramco, qui continuent de développer de nouveaux projets allant à l’encontre des recommandations du consensus scientifique sur le climat."

S'appuyant sur la conviction que l’argent de leurs communautés et donc les placements qui sont faits "sont l’affaire de chacun de leurs membres", la campagne invite chaque chrétien et chrétienne à écrire au responsable de la communauté dont il est membre ou proche, évêque, économe, responsable de congrégation religieuse.

Un modèle de courrier est proposé, qui invite au dialogue. Un kit explicatif, comportant un modèle de lettre et un argumentaire pour dialoguer, est proposé aux personnes qui veulent relayer la campagne. Aux premiers jours de la campagne, quelques 400 personnes avaient déjà manifesté leur intérêt. 

Une telle campagne peut-elle faire bouger le système fossile ? 

Dans cette émission Je pense donc j'agis, Edouard Vilpoux de Lutte et Contemplation détaille les enjeux et objectifs de la campagne et explique en quoi elle consiste. Il dialogue avec Julien Lefournier, co-auteur de "L'illusion de la finance verte" (Ed de l'Atelier, 2021) qui apporte un point de vue critique sur la campagne, estimant que la portée de ce genre d'action ne remet pas en cause le système, alors que le changement doit justement être systémique. Edouard Vilpoux, lui, estime que cette campagne, parce qu'elle favorise le changement culturel, peut au contraire changer la donne. 

Lutter contre le climatoscepticisme

Et l'intervention d'un auditeur, François-Xavier, qui met en doute le rôle de l'humanité dans le changement climatique, vient indiquer le besoin de poursuivre l'effort d'information sur le sujet. Il semble nécessaire de rappeler inlassablement qu'il existe aujourd'hui un consensus scientifique sur le sujet : la communauté scientifique dans son ensemble endosse la position portée par le GIEC depuis plus de vingt ans, qui affirme la réalité du réchauffement planétaire, et le fait que le réchauffement observé depuis les cinquante dernières années est en grande partie attribuable à l'activité humaine.

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