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RCF "Le procès de Jeanne d'Arc" s'installe à l'abbaye de Villers
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"Le procès de Jeanne d'Arc" s'installe à l'abbaye de Villers

Un article rédigé par Yves Thibaut de Maisières - 1RCF Belgique, le 19 juin 2024  -  Modifié le 19 juin 2024
16/17 "Le procès de Jeanne d'Arc" s'installe à l'abbaye de Villers-la-Ville

Du 11 juillet au 10 août, l'abbaye de Villers-la-Ville se transforme en tribunal pour accueillir l'un des grands procès de l'histoire, le procès de Jeanne d'Arc, un spectacle à l'approche spectaculaire. “Le texte va à l'essentiel, les réparties sont ciselées et parfois brutales”, peut-on lire dans le descriptif. Patrick de Longrée, producteur du spectacle, est au micro d'Yves Thibaut de Maisières. 

Affiche du Procès de Jeanne d'Arc (c) Del Diffusion Affiche du Procès de Jeanne d'Arc (c) Del Diffusion

Patrick de Longrée dirige depuis 1987 la société de production de spectacles Del Diffusion. En étroite collaboration avec des lieux emblématiques du Brabant wallon (comme l’abbaye de Villers-la-Ville) les représentations spectaculaires prennent place pour le plus grand plaisir du public nombreux depuis près de 40 ans, 700.000 spectateurs. 

Patrick de Longrée, quels sont les ingrédients qui expliquent la réussite et la longévité de ces représentations ?

Effectivement, il y a une formule magique qui fait que ces spectacles attirent encore chaque été toujours autant de monde. D’une part, il y a l'abbaye de Villers-la-Ville qui est un lieu tout à fait extraordinaire. Il y a 40 ans, quand on a eu l’idée et l’envie de créer des spectacles à Villers, le site était en ruines (c’est toujours le cas aujourd’hui, NDLR).

Entre temps, elle a été “rénovée” mais surtout, une équipe anime désormais les activités se déroulant sur le site. A l’époque, ce qui m’avait marqué, c’est que les lieux étaient plongés dans une atmosphère assez extraordinaire et tout à fait romantique - envahie par le lierre, par les ronces, par les orties - un peu à la manière de Victor Hugo.

C’est là qu’on a créé notre premier spectacle, avec dans la tête l’idée novatrice de faire déambuler le spectateur au fil de l'action, de la pièce. La première représentation, c'était “Barabbas”, de Ghelderode, en 1987 et c’est dès cette première édition, nous avons concrétisé cette idée. 

D’autre part, chaque année on positionne le spectacle d'une autre manière sur le site. Je pense que c'est ça aussi qui a fait le succès. A chaque fois, le public peut s'attendre à une mise en scène et un décor différents. C'est aussi la raison pour laquelle, à chaque édition, on engage un metteur en scène différent. Pour le “Procès de Jeanne d’Arc”, ce sera Hélène Theunissen. La formule telle qu’elle se présente depuis le début attise la curiosité du spectateur. 

En fait, vous êtes un homme de spectacle. Pour vous, quelle force trouve le spectacle dans la communication aujourd'hui ? 

Le spectacle fait partie de ma vie. J'étais un petit garçon assez renfermé, paraît-il, et mes parents ont eu cette excellente idée de m’inscrire au théâtre. J’ai pu jouer dans des pièces  dans l'église romane de Tourinnes-la-Grosse, je jouais Saint-Martin enfant. Ça m'a influencé pour ma carrière. 

Le procès de Jeanne d'Arc emmène le public au XVe siècle. Jeanne d’Arc, figure de l'Eglise (canonisée en 1920), et aussi figure emblématique de l'histoire de France. Avec quoi voulez-vous que le spectateur reparte en ayant vu cette représentation-là ? 

Ce qui est le plus signifiant, c'est que Jeanne d’Arc est une femme de conviction qui va jusqu'au bout de ses idées. Elle combat tous les jours dans la mesure où elle voulait sauver la France, elle voulait bouter les Anglais hors de France. Là, déjà, elle témoigne d'une conviction incroyable. Et puis, dans sa foi, jusqu'à la fin de sa vie, elle doit se défendre - parfois avec audace - mais aussi malgré sa fragilité. Je pense que ce qui va marquer le spectateur, c'est ce bout de femme et sa force, dans tous les sens du terme !

Les minutes du procès ont été conservées ; le jugement est le fruit d'un débat entre les juges et les greffiers. Avez-vous eu du plaisir à vous immerger dans ce texte des minutes, avez-vous eu l’impression d’être à ce procès ?

Oui, c'était assez passionnant ! Quand on a eu l'idée de faire un spectacle sur Jeanne d'Arc, évidemment on avait la possibilité de mettre en scène toute son épopée, mais cela ne se prête pas à la discipline du théâtre. En conséquence, nous avons voulu focaliser l’attention du public sur le personnage de Jeanne d'Arc ; on a lu tout ce qui existait en la matière, et il y a de très belles pièces. De fil en aiguille, j'ai lu cette pièce de Georges-Bernard Shaw, une très longue pièce en six actes. Le sixième acte d’ailleurs, c'est le procès de Jeanne d'Arc - un procès très condensé puisque ça fait déjà partie d'une longue pièce - mais en même temps relativement court. Cela dit, j’ai trouvé que la structure narrative du procès était très intéressante, c'est-à-dire qu'elle met bien en scène les différents protagonistes (les anglais, les ecclésiastiques et les inquisiteurs). Mais tout cela manquait de détails sur le procès lui-même. Et donc, il fallait absolument se replonger dans les minutes du procès qui subsistent, qui sont un peu controversées. La Société d'histoire de France a publié un recueil de ces minutes, qui est estimé plausible. En me replongeant dedans, j’ai enrichi et augmenté l'acte 6 de Georges-Bernard Shaw par ces minutes du procès. C'est de cette façon qu’on a travaillé. 

Soulignons les aspects théâtraux d’un procès. La justice a un côté théâtral avec des accusateurs et l’accusé qui doit se défendre. Inévitablement, on retrouve des joutes oratoires. Jeanne n'a pas sa langue en poche, elle dit ce qu'elle pense de façon parfois très brutale. C'est une adaptation assez riche qui sera jouée par une douzaine de comédiens, tous des hommes sauf évidemment cette jeune et frêle Jeanne d'Arc qui sera jouée par Laura Fautré.

Ce spectacle met en exergue la force de caractère de la protagoniste. Avez-vous un mot pour décrire cette personnalité ?

Pour ma part, je suis impressionné qu'elle n'ait pas froid aux yeux, elle y va, elle fonce. Et pourtant je pense que derrière cette apparence, il y a quand même une grande réflexion chez elle. Il y a aussi sa foi qui déplace les montagnes. Elle est allée au bout de ce qu'elle voulait défendre, à la fois dans les combats qu'elle menait, mais aussi dans les idées qu’elle voulait concrétiser. 

C'est une femme de conviction, un modèle au Moyen- Age puisqu'elle est une femme qui s’assume pleinement. Elle a une personnalité riche, mais une fragilité aussi, on le voit dans le procès. Ces moments de vulnérabilité sont touchants. 

Pour l'édition 2025, avez-vous des rêves ou des projets que vous souhaitez esquisser ? 

L'habitude veut qu'on annonce le prochain titre lors de la première du spectacle de l’été. Donc il faudra attendre quelques jours…

Vous connaissez l’abbaye brabançonne comme votre poche. Quel est le lieu du site qui vous inspire, ou qui vous émerveille ?

Le lieu le plus magnifique, c'est l'église abbatiale qui a pour moi une aura incroyable. C'est un lieu tout à fait unique, mais j'aime aussi me réfugier sur les hauteurs du site. Il y a différents points de vue en hauteur, avec des petites chapelles qui sont des endroits bucoliques, d'où on a une très belle vue sur l'ensemble du site. Rappelons que Villers-la-Ville est l’un des sites cisterciens les mieux conservés d'Europe, l’un des plus grands, aussi ! 

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Le 16/17 ©1RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
16/17

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