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Logement : la Fondation Abbé Pierre dénonce l'explosion de l'habitat indigne

Logement : la Fondation Abbé Pierre dénonce l'explosion de l'habitat indigne

RCF, le 1 février 2024  -  Modifié le 1 février 2024
L'Invité de la Matinale “Nous sommes là pour continuer le combat”, déclare Frédérique Kaba, directrice des missions sociales de la fondation Abbé Pierre

70 ans après l’appel de l’Abbé Pierre, la Fondation qui porte son nom alerte sur la “bombe sociale” du logement qui a explosé en 2023. 4,2 millions de personnes sont mal logées en France selon le nouveau rapport de la Fondation Abbé Pierre. Et parmi les composants de cette “bombe”, la FAP dénonce l’explosion de l'habitat indigne.

La Fondation Abbé Pierre estime à 600 000 le nombre de logements considérés comme indignes en France / Photographie : Nicolas Messyasz by Hans Lucas La Fondation Abbé Pierre estime à 600 000 le nombre de logements considérés comme indignes en France / Photographie : Nicolas Messyasz by Hans Lucas

"Tout plutôt que la rue"

“L’habitat indigne a plusieurs visages” explique d’emblée Frédérique Kaba, directrice des Missions Sociales à la Fondation Abbé Pierre. La Fondation chiffre à 600 000 le nombre de logements considérés comme indignes, dont 150 000 dans les territoires ultra-marins. “Un habitat indigne est l’absence, pour une personne, un ménage, une famille, de vie digne dans un logement devenu insalubre” précise Mme. Kaba.

"L'habitat indigne n'est pas simplement une vétusté, une ancienneté, des problèmes techniques dans le logement", mais "c'est la rencontre entre la dégradation dans le bâti et le parcours de ménages en difficulté", analyse, auprès de l’AFP, Manuel Domergue, directeur des études de la FAP, rappelant que les mal-logés sont prêts à "tout accepter plutôt que la rue".

L’indignité des conditions de vie peut aller très loin avec parfois “un manque d’accès aux postes fondamentaux du logement comme une électricité sécurisée ou une salle de bain réalisée dans de bonnes conditions” précise-t-elle. Comptez également 3,5 millions de personnes dans les ménages modestes ayant eu froid pour des raisons liées à la précarité, soit 1,4 million de foyers. La problématique, loin d’être nouvelle, ne fait que s’aggraver au fil des années, précise le rapport. Il décrit un cercle dont on ne semble pas pouvoir sortir et qui fait "basculer de nouveaux segments du parc immobilier dans l’indignité à mesure que d’autres en sortent”.

Les petits propriétaires

Parmi les visages qui interpellent, la Fondation met l’accent sur les petits propriétaires. C’est souvent la figure du petit propriétaire, très modeste et donc vulnérable, qui ne peut se loger qu’à un seul endroit et qui est incapable, au vu de ses ressources, de faire des travaux pour redonner de la dignité à son logement et donc à son parcours de vie” explique Frédérique Kaba. “Il y a également toute une partie de la population qui vit dans un habitat indigne pour des raisons d’attachement à un territoire qui n’offre pas de logements dignes” complète-t-elle.

Il y a toute une partie de population qui est contrainte de trouver un espace refuge en achetant un habitat indigne car le locatif privé est trop cher

Le logement indigne n’est donc pas l’apanage du marché locatif insiste la fondation. “La location indigne existe avec ses marchands de sommeil, mais il y a toute une partie de population qui est contrainte de trouver un espace refuge en achetant un habitat indigne, car le coût du loyer du privé est trop cher”, martèle la directrice des Missions Sociales.

Cette France peu visible "des taudis", qui soumet "plus d'un million de personnes" à des conditions de vie "très difficiles", reste le "parent pauvre de l'action publique", souligne la Fondation. “Ce sont les invisibles des politiques publiques” regrette Frédérique Kaba. Elle pointe notamment “la suppression [NDLR : le 1er janvier 2018] de l’allocation logement pour faire des travaux dans ces logements indignes occupés par les propriétaires-occupants aux revenus modestes”.

Lutte des pouvoirs publics

“Il est très difficile, pour les personnes concernées, de se saisir des politiques publiques pour sortir de leur situation” explique-t-elle, réclamant “une politique publique qui accompagne ces ménages pour sortir définitivement de ces difficultés”.

Fin janvier, justement, les députés ont examiné un projet de loi consensuel de lutte contre l'habitat indigne. Pour faciliter les travaux avant une dégradation définitive, le texte permet de créer un prêt global collectif pour les copropriétés, afin d'accéder au crédit. Par amendement, le gouvernement l'a complété par une "garantie publique" pour les copropriétés à la "situation financière excessivement dégradée".

70 ans après l’Appel de l’Abbé Pierre, il y a toujours aujourd’hui une déconsidération des personnes les plus pauvres

Afin de mieux outiller les communes contre l'arrivée de marchands de sommeil, le gouvernement entend aussi simplifier le recours au droit de préemption par les collectivités. Enfin, le texte rend plus effectif le devoir d'alerte des syndics professionnels et introduit une obligation d'information des copropriétaires ou occupants d'un immeuble où un logement est concerné par des procédures de lutte contre l'habitat indigne.

"C'est un projet de loi très technique, qui comporte des mesures allant plutôt dans le bon sens, mais qui se limitent aux copropriétés alors que l'habitat indigne concerne aussi l'habitat individuel", souligne Manuel Domergue à l'AFP. “Il faut aller vers ces ménages pour les écouter et les entendre, pour les sortir de la honte, car ce n’est parfois pas facile à assumer et pour les accompagner administrativement, car c’est très compliqué” complète Frédérique Kaba.

70 ans après l’Appel de l’Abbé Pierre, “il y a toujours aujourd’hui une déconsidération des personnes les plus pauvres et les plus modestes” regrette-t-elle.

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