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Appel de l'Abbé Pierre : "70 ans après il y a encore beaucoup à faire"
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Appel de l'Abbé Pierre : "70 ans après il y a encore beaucoup à faire"

Un article rédigé par Claire le Parc - RCF Bretagne, le 1 février 2024  -  Modifié le 1 février 2024
Sur ma route Stéphane Martin, une vie au service des plus précaires

Le 1er février 1954, l'Abbé Pierre lançait son célèbre appel, créant "l'insurrection de la bonté". Si depuis 70 ans ses mots résonnent, sur le terrain "il reste beaucoup à faire". Entretien avec Stéphane Martin, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre de Bretagne. 

Il y a 70 ans l'Abbé Pierre lançait son appel en faveur des mal logés.  ©pixabay Il y a 70 ans l'Abbé Pierre lançait son appel en faveur des mal logés. ©pixabay

"Mes amis, au secours....Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l'avait expulsée... Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant tant d'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent !" Hiver 1954, une série de drames pousse l'Abbé Pierre à se faire entendre auprès des politiques. Le 1er février, il lance son célèbre appel, sur les ondes de radio Luxembourg. 70 ans se sont écoulés, mais sur le terrain, ses mots résonnent encore. Entretien avec Stéphane Martin, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre de Bretagne. 

 

Stéphane Martin, où en sommes-nous, 70 ans après l'appel de l'Abbé Pierre ? 

L'appel de l'Abbé Pierre reste criant de vérité sur ce qui peut se passer en 2024. Son cri a été vraiment une insurrection de la bonté. Beaucoup de Français ont donné de l'argent, les politiques ont compris ce qu'il voulait dire...mais aujourd'hui ce cri est-il encore entendu ? C'est une question que l'on se pose. 

Quels sont vos constats justement sur le terrain ? 

Première chose, il ne faut rien lâcher par rapport à cet appel de l'Abbé Pierre. Le combat contre le mal logement se fait sur un temps long. C'est notre héritage en 2024. Aujourd'hui, la crise sur le logement est très grave. On sent bien que la bombe sociale a explosé. La situation du logement social est très défavorable. On observe une baisse de la production de logements HLM ( 82 000 agréments en 2023 ). A ce jour, 2,6 millions de personnes attendent un logement HLM en France, c'est considérable. En Bretagne, cela concerne environ 100 000 personnes, avec des progressions très fortes, et seulement 17 000 attributions (-7% en 1 an). Et l'on voit que cette année sur la production de logements les difficultés sont encore là. On atteindra à peine 70 % des objectifs. Pour loger les plus pauvres il faut du logement HLM, c'est la base, aujourd'hui on en est encore loin. Dans ce contexte, les annonces, mardi, du Premier Ministre, Gabriel Attal, nous inquiètent. On n'a pas vraiment l'impression qu'il va privilégier la production de logements pour les plus pauvres. 

Pour vous, justement, Stéphane Martin, où est l'urgence ? 

C'est vraiment d'avoir un plan d'urgence sur le logement et pas juste des mesurettes. 30 000 logements sociaux construits en urgence sur 3 ans c'est insuffisant... Il en faudrait 150 000 par an. Par contre, on sent qu'il y a une volonté d'aller un peu plus loin sur la question des rénovations. Les budgets, sur ce point, sont en augmentation. Ce qui nous trouble un peu, dans les annonces, c'est le choc de simplification des normes. Si ces normes existent au niveau de l'environnement et de la construction, c'est pour de bonnes raisons. Notre crainte est que l'on revienne sur l'interdiction de location des passoires thermiques en 2025... Est-ce que des marchands de sommeil pourront louer ces passoires thermiques ? On se pose des questions. Sur la réquisition des immeubles, notamment des bureaux pour en faire des logements, sur le principe c'est intéressant mais à chaque fois que l'Etat a voulu le faire ça n'a jamais marché. Nous ce qui nous choque vraiment, c'est aussi les annonces sur la remise en cause de la loi SRU, ces taux de 25 % de HLM que l'on doit avoir dans les grandes agglomérations. Cela pose des questions. 

Nous célébrons donc les 70 ans de l'appel de l'Abbé Pierre, qu'aimeriez-vous que cela suscite ? 

On ne va pas revenir sur une insurrection de la bonté mais en tout cas sur une prise en compte des difficultés que le pays traverse. Il y a beaucoup de crises et ce que l'on sent, à travers ça, c'est peut-être une stigmatisation des plus pauvres. Une société qui se polarise, entre les plus pauvres et les plus riches. Le message de l'Abbé Pierre est qu'il faut tendre la main à tout le monde mais force est de constater qu'aujourd'hui peu de choses sont mises en place pour les plus précaires.... Donc le but ça serait que tout le monde puisse ouvrir les yeux, que c'est peut-être son fils, sa fille, son voisin et qu'ils ont besoin d'être aidés.

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