[Évangile du dimanche] L'évangile du verre d'eau
"Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi." Voilà une phrase de l'Évangile de ce dimanche qui a fait couler beaucoup d'encre ! Porter sa croix pour suivre Jésus : cela laisse entendre que la vie de foi est long chemin de douleur. Et que la souffrance est même une condition pour être disciple du Christ. Qu'en est-il vraiment ? Comment sortir d'une approche doloriste de la vie chrétienne ?
Après avoir énoncé de grands préceptes avec une certaine gravité, Jésus nous parle d'un simple verre d'eau fraîche ! ©FreepikÉvangile du dimanche 28 juin (Mt 10, 37-42)
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.
Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.
Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera.
Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.
Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Source : AELF
À première vue, la croix du Christ est liée à la souffrance, à la mort et au rejet. Or, dans l'Évangile de ce dimanche, nous sommes invités à porter notre propre croix si nous désirons suivre Jésus et en être digne. La vie chrétienne serait-elle donc un long chemin de douleur, où nous devrions souffrir à notre tour ?
Faut-il souffrir pour suivre Jésus ?
"Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi." Cette phrase de l'Évangile de Matthieu a fait couler beaucoup d'encre. Elle a pu justifier tous les dolorismes, cette façon d'associer étroitement la foi à la souffrance.
La vie chrétienne serait-elle donc un long chemin de douleur, où nous devrions souffrir à notre tour ? Pour Patrick Laudet, diacre permanent du diocèse de Lyon, dans cette phrase de Jésus, c'est le "et" qui est important : "La croix est un dynamisme, dit-il. Prendre sa croix, ce n'est pas se résigner à supporter une douleur mais empoigner sa misère."
Dieu est-il jaloux ?
Dans ce texte, Jésus ne cesse de répéter la formule : "celui qui aime [son père, sa mère, son fils, sa fille] plus que moi..." Est-il en train de dire que Dieu est jaloux ? Que Dieu revendique une forme d'exclusivité ? Croire cela, pour Patrick Laudet, ce serait faire "de l'anthropomorphisme" et attribuer à Dieu une psychologie humaine.
En réalité c'est "un merveilleux conseil de sagesse" que donne Jésus. Il nous invite à "ordonner les choses", selon Patrick Laudet. "Il s'agit de pressentir à quel point la préférence de l'amour pour Dieu prédispose à une qualité d'amour humain."
Finalement, Jésus nous aide à prévenir le "risque d'idolâtrie". Si en effet la famille est "une bénédiction", c'est aussi "un grand lieu de blessure qui peut devenir un lieu d'idolâtrie". "Il y a des moments de vérité dans la vie où il faut faire des choix, il faut clarifier, au prix parfois d'une séparation chirurgicale qui est en même temps nécessaire à la vie."
"Un simple verre d'eau fraîche"
Après avoir énoncé de grands préceptes avec une certaine gravité, Jésus nous parle d'un "simple verre d'eau fraîche" ! Pour Patrick Laudet, il y a là "une bénédiction de l'ordinaire. Quelle grandeur que de dire au fond : Et vous n'avez rien d'autre à faire que de donner à boire, même un simple verre d'eau fraîche !"
Si le début de l'évangile de ce dimanche pouvait donner l'impression que la foi est la poursuite de grands idéaux, la fin de cet texte nous invite à admettre que "peu de chose" peut faire beaucoup. Après tout, Jésus est celui qui demande à boire au bord du puits, et celui qui, sur la croix, dira : "J'ai soif." (Jn 19, 28)


Peu de nos contemporains connaissent les Évangiles. Ils n'y sont pas hostiles mais ils n'ont plus d'occasion d'y avoir accès. C'est partant de ce constat que, avec l'éclairage d'un bibliste, Béatrice Soltner propose chaque semaine un texte d'Évangile pour qu'il soit entendu (ou réentendu), pour en savourer la nouveauté et faire l'expérience que - si incroyable que ce soit à l'heure de l'instantanéité - cette parole écrite il y a plus de 2.000 ans nous rejoint toujours au plus profond.




