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Les fruits dans la Bible, une forte puissance symbolique
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Les fruits dans la Bible, une forte puissance symbolique

Un article rédigé par Véronique Alzieu, Odile Riffaud - RCF, le 24 novembre 2023  -  Modifié le 27 novembre 2023

 

Qui ne connaît pas "le fruit défendu" qu’Ève donne à Adam dans le Livre de la Genèse ? Les fruits sont nombreux dans la Bible. Ils sont chargés d'une forte puissance symbolique, que l'on est invités à interpréter sans cesse. Au fond, ils nous parlent de notre relation à Dieu, de notre capacité à accueillir ses dons et à donner à notre tour.

 

"Qu'est-ce que ça veut dire mettre la main sur le fruit de la connaissance du bien et du mal ?" ©Unsplash "Qu'est-ce que ça veut dire mettre la main sur le fruit de la connaissance du bien et du mal ?" ©Unsplash

 

Les textes bibliques, on peut les relire sans cesse, et toujours y trouver quelque chose de nouveau à méditer. Après la symbolique du parfum et son ouvrage "Tu m'as consacré d'un parfum de joie" (éd. Cerf, 2019), Sœur Anne Lécu s’intéresse aux fruits dans la Bible. Son livre "Afin que vous donniez du fruit" (2022) lui a notamment été inspiré par les révélations d’abus spirituels et d’agressions sexuelles commis par des fondateurs de communautés religieuses. Peut-on juger l’arbre à ses fruits ? Que penser des communautés de ces fondateurs abuseurs qui ont attiré tant de jeunes gens ? Dans son livre, la religieuse dominicaine, médecin en milieu pénitentiaire, ne livre pas une réflexion sur la crise que traverse l’Église – celle-ci est "en filigrane". À travers une lecture renouvelée de la Bible, elle propose une réflexion sur le juste rapport à l’autre ou la parole vraie.

 

La pomme d’Ève et le juste rapport à l’autre

Dans la Genèse, il est question de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Arbre dont il ne faut pas manger le fruit mais qu’Ève, influencée par le serpent, cueille quand même. "En Occident, et dans le monde latin, observe Anne Lécu, on a assez vite lu ces textes comme étant le fruit de la convoitise de la chair. Mais quand on regarde ce que disent les frères chrétiens d’Orient c’est tout autant la convoitise de l’esprit : donc ça peut être la convoitise de la connaissance, du jugement…"

"Croquer la pomme" est devenu une expression du langage courant, à connotation sexuelle. (Notons que les textes ne parlent pas d’une pomme mais d’un fruit !) Pour la religieuse, il faut "aller au-delà d’une histoire de sexe et de relations interdites". La question qu’invite à se poser ce passage de la Genèse est : "Qu’est-ce que ça veut dire mettre la main sur le fruit de la connaissance et du bien et du mal ? Qu’est-ce que ça veut dire décider par soi-même de ce qui est bien et de ce qui est mal ?"

Pour Anne Lécu, le tort d’Ève c’est de croire "que l’on peut posséder". En hébreu, le verbe utilisé pour décrire le geste d’Ève de prendre le fruit est un mot uniquement attribué à Dieu. "Seul Dieu peut prendre."

 

Le figuier, l’arbre de la connaissance… ou du jugement ?

Célèbre commentateur juif du Moyen Âge, Rachi pensait que l’arbre de la connaissance du bien et du mal était un figuier. De fait, dans la Bible, l’étude et le travail intellectuel sont souvent liés à cet arbre, observe Anne Lécu. Connaissance ou jugement ? 

Dans l’évangile, Zachée grimpe dans un sycomore (c'est-à-dire un type de figuier) pour voir Jésus. "Il est comme un fruit dans un arbre", note la dominicaine et Jésus lève les yeux vers lui. Or, "il y a peu d’endroits où Jésus lève les yeux, en général, c’est pour prier son père". Dans ce passage de l’évangile, Zachée, chef des collecteurs d’impôts vu comme un pécheur, était sévèrement par les siens. Mais il se révèle généreux, "ce que personne n’avait vu", soulève Anne Lécu. La connaissance du bien et du mal est parfois proche de la "tentation du jugement" et de la "tendance parfois à juger l’autre pécheur".

 

Le blé et le besoin d'une parole juste

Dans la Bible, l’image du blé a souvent "une dimension très christique" : il est dit en effet que le grain doit mourir pour que l’épis de blé puisse grandir. "Le mystère pascal n’est pas très loin", note Anne Lécu.

Avec l’image du blé il y a aussi celle de la bonne ou de la mauvaise terre et de tout ce qui peut empêcher la graine de germer. "Donc tout ce qui serait faux, explique la religieuse, les pseudo prophètes, le pseudo messie… ceux qui font croire qu’ils sont l’avenir. On pourrait dire les pseudo thérapeutes aujourd’hui."

La terre c’est aussi l’intériorité : comment nourrissons-nous notre vie intérieure pour grandir ? "La bonne terre, la parole vraie, c’est une parole juste, ajustée, qui ne cherche pas à séduire, à raconter des faussetés."
 

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