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Pénurie de médicaments : mais comment-est possible ?, par Nathalie Leenhardt
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Pénurie de médicaments : mais comment-est possible ?, par Nathalie Leenhardt

Un article rédigé par Nathalie Leenhardt - RCF, le 27 février 2024  -  Modifié le 27 février 2024
Le point de vue de 7h55 Pénurie de médicaments : mais comment-est possible ?, par Nathalie Leenhardt

LA CHRONIQUE DE NATHALIE LEENHARDT - Les informations que nous recevons puis transmettons en tant que journaliste prennent une toute autre dimension quand elles sont incarnées. Quand, au cours d’une rencontre, nous sommes confrontés “en vrai” au sujet dont nous avons traité oralement.

Nathalie Leenhardt ©DR Nathalie Leenhardt ©DR

Ainsi, pour moi, m’interroger sur la question de l’exil n’est plus ce débat théorique autour de la solidarité humaine. Il a pris le visage de Julienne, qui a quitté une vie active et heureuse au Bénin pour mettre, ici, ses filles à l’abri de l’excision. De même, le débat sur les retraites n’a pas le même retentissement quand c’est Marc, ébéniste, qui m’en parle, lui qui a démarré sa vie professionnelle à 16 ans, n’a jamais cessé de bosser et touche 800 euros de retraite. 

Coline face à la pénurie de médicaments

C'est ainsi que la crise autour des médicaments en France m’a sauté au visage quand Coline, 25 ans, me raconte ce qu’elle vit, elle qui souffre d’endométriose et ne trouve plus le seul remède qui soulage ses crises terribles, le Neurontin. Elle dit "moi, ma vie n’est pas en danger, c’est juste de la souffrance". Insupportable. Ou quand Jeanine, 82 ans, me dit ne plus avoir accès à son médicament contre le diabète. 

Le point de vue de 7h55 Pénurie de médicaments : mais comment-est possible ?, par Nathalie Leenhardt

En 2023, selon le dernier bilan de l’ANSM, l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé, les difficultés d’approvisionnement se sont encore aggravées. Elle a ainsi reçu 4925 signalements de ruptures ou de risques de rupture de stocks et ce sur tout le spectre des médicaments qu’ils soient cardio-vasculaires, du système nerveux ou anti-cancéreux. Les origines seraient multifactorielles : difficultés lors de la fabrication, défauts de qualité, capacité de production insuffisante et à cela s'ajoute le vieillissement global de la population. 

Quelle réponse des pouvoirs publics ? 

Selon la loi de financement de la sécurité sociale 2024, l’ANSM a vu son rôle renforcé auprès des laboratoires pharmaceutiques, avec la capacité de leur imposer un certain nombre de mesures. Les différents acteurs - des laboratoires aux pharmaciens en passant par les grossistes et répartiteurs régionaux - sont sommés de se mieux se concerter.

Une évidence mais qui ne semble pas suffisante puisque la députée socialiste du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault, a déposé fin janvier une proposition de loi qui sera débattu le 29 février prochain. Il s’agit de renforcer les obligations faites aux industriels pharmaceutiques de constitution de stocks de sécurité. La mesure existe mais elle est insuffisamment appliquée.

L’idée est d’imposer pour les médicaments dits d’intérêt majeur des stocks de quatre mois, de deux mois pour les autres. Et de renforcer les sanctions financières pour ceux qui ne se plieront pas à ces injonctions. Ainsi de 30% du chiffre d’affaires du médicament concerné, on passerait à 50%. Toucher au portefeuille parce qu’une fois encore, il n’y a que cela qui marche. Même si, évidemment, les acteurs industriels jugent ces mesures contre-productives. Et on attend toujours sur le sujet les propositions du gouvernement promises depuis des mois…

Je n’en reviens pas. Car on ne parle pas ici de rupture de biens de consommation courants, voire inutiles. Mais en 2024, de médicaments essentiels à la vie des patients. Les bras m’en tombent…

Sources : Le Monde, Capital, ANSM.

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