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L'eau, chronique d'un manque annoncé
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L'eau, chronique d'un manque annoncé

Un article rédigé par François Mandil - RCF, le 16 juin 2022  -  Modifié le 17 juillet 2023
Tout est lié L'eau, chronique d'un manque annoncé

En 1974 déjà, René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle en France, alertait: "nous allons bientôt manquer d'eau. Son interventions avait suscité des moqueries. De quoi être en colère 50 ans plus tard dit François Mandil. 

François Mandil François Mandil

"Vous savez ce qu'il va se passer ? Nous allons bientôt manquer de l'eau, et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera." René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle, en 1974. Tout le monde s’était moqué, avait ri. Il avait évidemment raison. Dès la fin du siècle dernier, les tensions sur l’accès à l’eau ont commencé. Elles se généralisent aujourd’hui et il faut peut-être redire que changement climatique et manque d’eau sont directement liés puisque le cataclysme climatique perturbe terriblement le cycle de l’eau (l’évaporation, la formation de nuage, les précipitations...) 

 

Alors forcément, alors que la France à peine sortie d’une sécheresse de printemps inédite vit une canicule de juin, elle aussi inédite, il y a de quoi être en colère. Ce qui se passe actuellement ne peut se régler comme on règle le thermostat de la température de sa maison. Ce qui se passe, ce sont les conséquences de 50 ans d’inaction climatique, ce sont les émissions de gaz à effet de serre des dernières décennies, on ne peut plus revenir en arrière. Ce sont les conséquences de toutes ces décennies où la droite et la gauche ricanaient de concert sur les écologistes et leurs alertes sur l’eau.

 

Ça fait plus d’un demi-siècle que les écolos sont conspués quand ils disent qu’il faut éviter une énième autoroute, un nouvel aéroport, la disparition d’une ligne de train, une mine de plus, des pavillons au milieu de rien, un 100000e rond-point, une zone commerciale de plus… Hier encore, les jeunes avec Macron ont osé, sans honte, se plaindre qu’on puisse envisager de les empêcher partir en week-end en avion à Marrakech au nom du changement climatique (sans parler du fait que faire campagne sur la question des week-end de tourisme à Marrakech alors que les étudiants et étudiantes font la queue à la soupe populaire est un signe de déconnection assez dramatique).

 

Les signaux d’alerte sur l’eau ne sont donc pas récents. Pour prendre un exemple que je connais bien, cela fait désormais plusieurs étés que le Doubs, entre Morteau et Pontarlier, est à sec. Littéralement à sec. On ne parle pas d’un petit ruisseau, on parle du Doubs. On parle de communes ravitaillées en camions citerne plusieurs mois de suite. Je voudrais insister : les gens n’ont plus d’eau potable au robinet. Il faut aller chercher l’eau au camion citerne. On parle d’un coin de France hexagonale. Dans une des régions les plus arrosées de France !

 

Il y a 10 ans, dans cette région qu’on appelle la petite Sibérie, les élus départementaux, de droite comme de gauche, ont jugé opportun d’investir des millions d’euro pour installer une usine à neige pour la station locale de ski alpin, prenant de l’eau sur le bassin versant du Rhin pour l’envoyer sur le bassin versant de la Méditerranée, construisant un bassin sur le col du Morond, pompant de l’eau toute l’année dans des cours fragiles sur un relief karstique… L’eau si fragile et si précieuse a été mise au service de quelques professionnels du ski, au détriment du bien commun. 10 ans après, ces canons vont être démontés. 

 

En 1974, on avait répondu à René Dumont que de l’eau, il y en a partout, que notre planète est appelée la planète bleue. Le bleu de notre planète, c’est à 97% l’eau des océans, à 2% de l’eau emprisonnée dans les glaces, 1% de l’eau douce souterraine, dans des nappes qui mettent des centaines d’années à se renouveler. Il reste alors 0,0012% pour les eaux de surface directement disponibles. 

 

Nous ne rattraperons pas l’inaction des 50 dernières années. Il faut d’ores et déjà s’adapter, mais il est malgré tout encore temps d’éviter que ce soit encore pire. Nous n’avons plus le choix, les changements politiques doivent être radicaux.

 

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