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"Pour un sourire d'enfant", une machine à lutter contre la misère au Cambodge

"Pour un sourire d'enfant", une machine à lutter contre la misère au Cambodge

Un article rédigé par Pauline de Torsiac avec Laurette Duranel - RCF, le 9 mai 2023  -  Modifié le 19 mai 2023
Contre courant Pour un sourire d'enfant : une machine à lutter contre la misère au Cambodge (1/2)

C’est aux abords de l’ancienne décharge de Phnom Penh que s’est installée l’association Pour un sourire d'enfant (PSE) il y a 26 ans. De cette décharge, véritable océan d'immondices, allaient et venaient des centaines d’enfants, à la recherche d’objets à revendre. PSE a aidé plus de 12.000 d'entre eux en leur offrant nourriture, éducation et formation. Pauline de Torsiac s’est rendue sur place.

© Constance Bouessel / Pour un sourire d'enfant © Constance Bouessel / Pour un sourire d'enfant

Sortir les enfants de la misère. C'est le combat que mène l'association Pour un sourire d'enfant (PSE) au Cambodge. Depuis près de trente ans, elle accompagne les enfants pauvres de Phnom Penh, pour leur donner une formation. Entre février et avril 2023, l'association a organisé une tournée en France, avec des soirées organisées un peu partout en France, en présence de Marie-France des Pallières, cofondatrice de PSE. Pauline de Torsiac s'est rendue sur place, au Cambodge, pour découvrir l'action de l'association sur le terrain.  

 

L'engagement d'un couple de retraités français

 

Tout est parti d'une vision d'enfer. Celle d'une décharge, une montagne d'immondices à l'odeur puissante et nauséabonde où vont et viennent des enfants. "La décharge c’était vraiment l’enfer sur terre", se souvient Marie-France des Pallières. Quand, avec son mari Christian, ils l'ont découverte la décharge de Phnom Penh en 1995, tous deux ont été sidérés par la condition des enfants chiffonniers. "Dans la décharge, il y avait des enfants qui s’enfonçaient jusqu’aux genoux. L’odeur était horrible. Ils avaient les pieds nus, les mains nues et un crochet pour essayer de récupérer des trucs revendables. On en voyait qui mangeaient dans les déchets, c’était effrayant", raconte Marie-France des Pallières.

 

Bouleversé, le couple de Français a tout de suite éprouvé le désir d'aider ces enfants. Christian et Marie-France des Pallières ont distribué des repas aux abords de la décharge. Mais très vite, ils se sont sentis dépassés par le nombre important d’enfants à aider dans ce pays dévasté par vingt-cinq années de guerre - dont quatre passées sous la dictature des khmers rouges. Alors les deux retraités ont décidé de rentrer en France, pour y demander de l'aide. C'est ainsi qu'est née l'association Pour un sourire d’enfant, qui leur a permis de récupérer des fonds avant de retourner au Cambodge. Là, les Français ont acheté un terrain aux abords de la décharge pour y faire construire des bâtiments où recevoir les enfants. Des enfants "dont le seul souhait était d’avoir un repas par jour et d’aller à l’école comme les autres"...

 

Le centre PSE à Phnom Penh, un village pour les enfants

 

D’années en années, le nombre d’enfants accueillis grandit et l’association se diversifie. Pouponnière pour les nourrissons malnutris, garderie pour permettre aux parents de travailler, gymnase, pensionnat, centre médical, et même un salon de coiffure, un garage, un restaurant ou encore un studio de cinéma... PSE donne naissance à un véritable petit village où tout est fait pour permettre aux enfants d'être formés et de sortir de la misère.

 

Petit à petit l'association s'est aussi fait connaître. En 2016, plus de 20 ans après la fondation de l'association, est sorti en salles le film-documentaire de Xavier de Lauzanne "Les Pépites", qui retrace l'histoire de PSE. Il a aussitôt été salué et plébiscité par les spectateurs. Deux mois à peine après la sortie du film survenait le décès de Christian des Pallières, le 24 septembre 2016, à l'âge de 84 ans. Depuis, Marie-France des Pallières poursuit leur mission, toujours résolue à aider les enfants à sortir de la misère.

 

 

 

PSE, un lieu d'amour et d'espoir

 

"PSE n’est pas une école comme les autres. Sa spécialité c’est bien sûr l’éducation mais c’est tout cet amour, l’intention qu’on met pour chacun et on essaie vraiment que chaque jeune unique, avec ses difficultés et ses talents, trouve sa place pour s’en sortir", sourit la directrice générale Leakhéna des Pallières. Âgée aujourd’hui de 35 ans, elle est une ancienne chiffonnière de la décharge. Et figure parmi les premiers enfants à avoir bénéficier des services de l’association lorsque sa mère biologique l’a abandonnée un matin devant les portes de l’association. "Je n’avais pas d’autre choix que d’accepter ce qui m’arrivait, raconte-t-elle, avec tout ce que j’ai vécu quand j’étais petite, j’avais perdu toute ma confiance dans les adultes et avec Papy et Mamie (les surnoms de Marie-France et Christian), j’ai commencé à retrouver un peu l’amour et l’affection [qui m’avaient manqués]."

 

Leakhéna, qui a été adoptée par le couple français, tente aujourd'hui de rendre ce qu’on lui a offert. Elle "utilise ses blessures comme des forces" et veut faire de son histoire un exemple pour les quelque 6.500 enfants accueillis chaque année. Car si la décharge n’existe plus depuis 2009, la pauvreté, elle, n’a pas disparu. Les pauvres vivent plus loin du centre-ville, ce qui oblige les assistants sociaux de PSE à faire de longs déplacements pour aider d’autres jeunes. À Sen Sok un district de la capitale, PSE a installé une "paillotte" en guise de salle de classe. Pour convaincre les parents de confier leurs enfants au lieu d'aller travailler, l’association fournit chaque mois des kilos de riz aux familles, en contrepartie du manque à gagner. Le combat contre la misère est une lutte de chaque instant.

 

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