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Au centre Forbin, à Marseille, accueillir les naufragés de la vie

Au centre Forbin, à Marseille, accueillir les naufragés de la vie

Un article rédigé par Véronique Macary - RCF, le 18 septembre 2023  -  Modifié le 18 septembre 2023
Contre courant Au centre Forbin, à Marseille, accueillir les naufragés de la vie

Chaque nuit, ils sont des dizaines à tenter leur chance pour passer la nuit au centre Forbin, à Marseille. Dans ce centre d’hébergement de nuit et de réinsertion sociale (Chrs) géré par l'ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, on dort pour pas cher. Mais on ne fournit pas qu'une aide matérielle. Les naufragés de la vie viennent ici pour s'en sortir et tenter de se réinsérer.

 

50 centimes, c'est le prix que l'on doit payer - au bout de la quatrième nuit - pour un lit, une douche et un repas chaud ©Centre Forbin / Fondation Saint-Jean-de-Dieu 50 centimes, c'est le prix que l'on doit payer - au bout de la quatrième nuit - pour un lit, une douche et un repas chaud ©Centre Forbin / Fondation Saint-Jean-de-Dieu

 

Il est situé non loin des docks de Marseille. Le centre d’hébergement de nuit et de réinsertion sociale (Chrs) Forbin ouvre ses portes aux naufragés de la vie. La plupart sont des travailleurs mais ils n'ont pas de toit. Parmi eux, il y a les "migrants" arrivés miraculeusement sur des bateaux de fortune. Il y a aussi des habitants de la rue d’Aubagne, jamais relogés après l’effondrement des deux immeubles en 2018. Et d’autres personnes malmenées par la vie. Reportage de Véronique Macary.

 

 

 

Une liste d'attente pour "rentrer à Forbin"

 

50 centimes, c'est le prix que l'on doit payer - au bout de la quatrième nuit - pour un lit, une douche et un repas chaud. Mais le centre Forbin ne fournit pas seulement un confort matériel. Il propose aussi propose un accompagnement psychologique. "Je pense que les hébergés sont contents de venir chez nous", souligne Céline, qui travaille au centre.

 

Quelque 200 personnes sont accueillies sur des lits d’urgence, pour des périodes de dix nuits, voire 90 nuits. Le séjour moyen étant de 41 nuits. Des séjours d'insertion de plusieurs mois (155 nuits maximum) sont aussi possibles, 35 lits étant réservés pour cela.

 

L’un des hébergés a attendu quatre jours avant de pouvoir "rentrer à Forbin". "J’ai dix jours de logement gratuit, raconte-t-il, dix jours où j’ai la possibilité de voir des gens pour m’orienter, voir des assistantes sociales, pour améliorer mon train de vie et m’éviter d’être à la rue." Ce père de trois enfants peut compter sur l'aide de sa mère mais l’alcoolisme lui a fait perdre pied. "Je suis addict et malheureusement quand on est addict, c’est difficile de s’en sortir." Au centre Forbin, il est formellement interdit de boire. "Jamais, je ne le ferai ici", promet-il.

 

 

 

La grande vulnérabilité des accueillis

 

Rénovation des docks, construction du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem)...
Le centre Forbin est situé au cœur d'un quartier en plein renouvellement. Dans ce nouvel environnement, "parfois on pourrait se dire que cet accueil de nuit fait tâche", observe la directrice du centre Aurélie Ruibanys, qui a reçu des plaintes des riverains. "J’ai eu des voisins de l’établissement qui sont venus me voir car leur voiture avait été vandalisée. D’autres m’ont demandé de faire le nécessaire pour partir... Je leur ai répondu que l’établissement était là depuis 1872 !" Par ailleurs, la directrice considère qu'il n'est "pas certain que l’insécurité de l’arrondissement tienne à la présence de l’accueil de nuit Forbin car les personnes qui arrivent ici sont dans une telle vulnérabilité que leur souci est de rentrer à l’intérieur de l’établissement et se reposer, pour mieux ressortir".

 

 

 

Quand la violence s'exprime

 

Sur le pare-brise de sa voiture, la directrice du centre Forbin trouve parfois des menaces de mort de la part de personnes non accueillies. Elle n’est pas étonnée. "Les personnes accueillies sont dans une situation telle que quand elles arrivent dans l'institution, elles ont une violence institutionnelle très, très forte."  Aurélie Ruibanys travaille sans compter ses heures, sur le pont de 7h30 et parfois jusqu'à 22 heures. Malgré ce rythme et "des violences verbales assez dures", la directrice garde son sang-froid. "Dans les premiers jours du séjour, explique-t-elle, cette violence doit s'exprimer. C'est une façon de faire rencontre." Aurélie Ruibanys et son adjoint ont conscience de "représenter l'autorité". "Une fois qu'on a posé le cadre, les choses se stabilisent mais cette violence institutionnelle est partout !"

 

 

 

S’en sortir

 

Amiloud Chéboub travaille en cuisine au sein du centre. Né en France de mère française et de père algérien, il a été hébergé pendant neuf mois ici. "J’ai tenté ma chance, j’ai fait une demande et cela a donné des fruits. J’ai 16 ans de boîte, j’en ai vu des cas, notamment de personnes désespérées à qui j’ai remonté le moral. Il suffit d'avoir la volonté de travailler ! Tu peux t’en sortir, moi je suis passé par là." 10% de l’habitat insalubre en France est à Marseille. Et dans cette ville de plus de 850.000 habitants, plusieurs quartiers sont à l’abandon en plein centre. 

 

 

 


Un reportage en partenariat avec la fondation Saint-Jean-de-Dieu.

 

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