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Que penser du transactivisme ? L'avis de la pédopsychiatre Sophie Dechêne.
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Que penser du transactivisme ? L'avis de la pédopsychiatre Sophie Dechêne.

Un article rédigé par Jacques Galloy - 1RCF Belgique, le 18 septembre 2023  -  Modifié le 18 septembre 2023
God's talents Dr Sophie Dechene. Que penser du transactivisme ?

Pédopsychiatre, mère de 5 enfants et co-directrice de l’Observatoire La Petite Sirène, la docteure Sophie Dechêne est interpellée par la forte croissance des troubles du genre chez les enfants et les jeunes dans sa pratique médicale. Avec l’Observatoire, elle met en garde les parents et les professionnels de l'enfance sur l'impact des réseaux sociaux, du militantisme transactiviste et de la dysphorie de genre. Qu’est-ce que le transactivisme ? Que penser des bloqueurs de puberté ? Que pensent les pédopsychiatres des formations Evras ?

Dr Sophie Dechene Dr Sophie Dechene

La santé mentale des enfants et adolescents

 

La pédopsychiatre Sophie Dechêne s’intéresse en particulier à la lutte contre la médicalisation des enfants et des adolescents transidentifiés ainsi que la surexposition aux écrans des enfants et adolescents. Forte de son expérience médicale, elle milite pour une réflexion sur l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle actuellement détournée par le militantisme transactiviste. Elle s'intéresse aussi aux effets de l'expatriation chez les adolescents, et à l'influence des discours sociaux sur la santé mentale des enfants et adolescents. 

 

Fort de 150 membres professionnels, l'Observatoire de la petite sirène n'est pas une organisation dédiée à l'univers aquatique ni à la protection des océans. En réalité, l'Observatoire de la petite sirène se concentre sur le développement des enfants et des jeunes en analysant les tendances des méthodes éducatives en France et en Belgique. L’Observatoire émane d’un collectif pluridisciplinaire composé de praticiens et chercheurs : pédopsychiatres, psychologues, psychanalystes, médecins,  juges pour enfants, enseignants, juristes, anthropologues, sociologues, philosophes, directeurs d’école etc. 

 

Petite fille

 

En 2021, plusieurs professionnels de la jeunesse se mobilisent suite à l’impact du film “petite fille” sur les enfants. C’est l’histoire de Sasha, né garçon, qui vit comme une petite fille depuis l’âge de 3 ans. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence. Le collectif dénonce le parti pris “transactiviste” de ce récit et de l’idéologie véhiculée sur les réseaux sociaux. Pour ces professionnels de la santé mentale, cela représente une menace grave pour la santé des enfants à tous les niveaux. Ce collectif s’est formé en observant l’augmentation massive de nouveaux diagnostics de « dysphorie de genre » et de transidentité chez les mineurs, entraînant des prises en charge médicales lourdes, systématiques et immédiates, excluant toute concertation sociale, médicale ou psychiatrique authentiquement élaborée.

 

Le transactivisme

 

Le transactivisme, c'est une idéologie qui fait croire aux enfants, aux adolescents et aux adultes que le genre est différent du sexe, et qu’à tout âge on peut choisir son genre. Une fille de 6 ou 7 ans qui ne se sent pas bien dans son corps et qui veut devenir un garçon ou inversement, il le dit à ses parents qui l’emmènent voir des spécialistes trans-affirmatifs, qui effectuent un travail basé sur le ressenti et l’accompagnement actif vers la transition. Là débute un long parcours médical avec la prise de bloqueurs de puberté au début de la puberté. Questionne-t’on suffisamment l’enfant en profondeur ? L’Académie de médecine de France a récemment émis des mesures de prudence en préconisant, entre autres, « un accompagnement psychologique aussi long que possible des enfants et adolescents exprimant un désir de transition et de leurs parents ». Chez ces jeunes, des études récentes montrent qu’une attitude bienveillante des parents sans pour autant suivre les injonctions à changer de prénom et de pronom associé à une prise en charge psychothérapeutique, amène 60 à 90 % de ces jeunes à se réconcilier avec leur sexe biologique.

 

Une transition sociale s’opère quand l'enfant est soutenu par les adultes dans ce changement de genre. Les bloqueurs de puberté génèrent des changements sexuels. Des publications pointent les effets secondaires osseux, mais aussi neurocognitifs et sexuels des bloqueurs de puberté. Les bloqueurs de puberté sont largement pointés du doigt face au manque d’études scientifiques et cliniques sur les effets à court, moyen et long terme, aussi bien sur le développement neurocognitif que sur le plan somatique.Selon le Dr Dechêne, il y a une unanimité chez les pédo-psychiatres sur le fait de ne pas médicaliser l’enfant. Par contre, la question de la transition sociale fait débat. Pour elle, cela rend le processus irréversible. Vers 16 ans, on va mettre les jeunes sous hormones croisées, c'est-à-dire des hormones de l'autre sexe. Or cela n'est pas sans conséquence. 

 

Elle dénonce le chapitre du guide Evras qui traite des questions de genre car il questionne les enfants sur leur genre dès l’âge de 5 à 6 ans. Un adulte entamant sa transition sociale et médicochirurgicale possède la maturité suffisante pour prendre cette décision; mais, est-ce le cas d’un enfant et a fortiori d’un adolescent en pleine métamorphose pubertaire ? 

 

Fermeture du plus grand service pédiatrique mondial spécialisé dans la dysphorie de genre

 

La pédo-psychiatre Dechêne a gardé des liens avec l’Angleterre où elle a passé 8 années de pratique médicale et où sont nés 4 de ses 5 enfants. Elle a suivi avec intérêt la décision par les autorités sanitaires anglaises (NHS) de la fermeture programmée au printemps 2023 du plus grand service pédiatrique mondial spécialisé dans la dysphorie de genre, le Gender Identity Development Service (GIDS) au sein de la Tavistok Clinic. Pour mémoire, le GIDS enregistrait, en 2010, 77 demandes, avec un sex ratio de 44 % de filles, 2 728 demandes en 2020 dont 73 % de filles et près de 5 000 demandes en 2022. 

 

Cette annonce fait suite au rapport indépendant de la Dr Hilary Cass pointant de graves dysfonctionnements dans la prise en charge des mineurs et des résultats globalement plus négatifs que positifs. La pédiatre a confirmé la « pression insoutenable » à laquelle étaient soumis les médecins et le risque de « surdiagnostic » de dysphorie de genre. Elle a aussi noté le manque d’unanimité des médecins sur les procédures à suivre, et le manque de prise en compte des autres problèmes de santé mentale que pouvaient présenter les patients. La clinique Tavistock était également controversée depuis sa mise en cause en 2020 par Keira Bell, une ancienne patiente regrettant sa transition à l’adolescence. Selon Tom Goodhead, directeur général du cabinet d’avocats international Pogust Goodhead, plus de 1000 familles envisagent une action collective contre le Tavistock. Des milliers d’enfants et adolescents y ont été traités. Aux Etats-Unis, des parents d’enfants à qui l’on a prescrit des bloqueurs de puberté ont déjà intenté des actions collectives. Pour l’avocat Simon Myerson, « le scandale pourrait même conduire à une enquête criminelle ».

 

La pédopsychiatre s’interroge sur l’existence de tels services dans certains hôpitaux en Belgique.

 

Sources d’inspiration

 

Une personne qui l’a fortement inspirée est sœur Marie Etienne qui était la directrice de son école à Liège. C'était une référence au niveau moral. Elle ne jugeait pas. Elle écoutait. Elle avait une mémoire absolument fantastique, elle connaissait tous les prénoms des 500 élèves. On était entre 500 et 600. 
Elle a apprécié le courage des filles dans le film “merci la vie” avec Charlotte Gainsbourg. C’est l’histoire d’une lycéenne un peu paumée et d’une jeune fille atteinte du sida qui se lient d'amitié et affrontent, ensemble et soudées, une succession d'épreuves.

 

Lorsqu’il s’agit de mentionner un livre inspirant, elle cite d’emblée “un monde sans limite” du psychiatre Jean-Pierre Lebrun . Il écrit beaucoup de de livres sur les problèmes que rencontre notre société actuellement. L’absence de limites vaut autant pour les adultes que pour les enfants. Cela compromet le développement psychique, physique et même social de nos enfants. L’absence de cadre est un concept reconnu par exemple par l’OMS et qui s'appelle l'autodétermination. Il raconte qu’il rencontre en consultation beaucoup d'enfants qui sont mal en point parce que les parents ont voulu bien faire et l'ont éduqué sans cadre, en les laissant s'autodéterminer.

 

Un lieu qu’elle affectionne plus particulièrement est la ville de Liverpool en Angleterre. C’est là qu’elle a passé 8 belles années et qu’elle a gardé beaucoup d’amis. Les gens y sont extrêmement accueillants. Son addiction, c’est de jouer 1 à 2 heures de piano par jour.

 

Une citation qu’elle apprécie est : “ rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César, ce qui est à César”. Elle observe que la politique s’occupe beaucoup et peut-être trop de morale. Pour elle, la société est contaminée par ce qu'on appelle le wokisme, aussi appelée justice sociale critique. Elle pense qu’il faut séparer l’état de la religion.

 

Auteur

 

Elle est l'auteur de plusieurs tribunes concernant ces sujets, et a publié des articles parmi lesquels "Le haut potentiel en tant que diagnostic, une allégorie d’un mal-être sociétal ?" dans Acta Psychiatrica Belgica, avec Bernard Fourez et  Beryl Koener, et "L'expatriation comme événement de vie personnel et familial à l'adolescence : intérêt de l'approche systémique familiale. dans Acta Psychiatrica Belgica avec E. de Becker et A. d'Alcantara. Elle a participé à la rédaction du livre : Les séparations parentales conflictuelles. Conséquences, enjeux et prises en charge, par J.-E. Vanderheyden et E. de Becker, Séguier, D. (2021), dans de Boeck, et d'un livre en néerlandais sur les enfants transidentifiés.

Pour aller plus loin :

https://www.observatoirepetitesirene.org/
 

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