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La révolution française est-elle terminée ?
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La révolution française est-elle terminée ?

Un article rédigé par Jeanne d'Anglejan - RCF, le 12 juillet 2023  -  Modifié le 17 juillet 2023
Les Racines du présent La révolution française est-elle terminée ?

Le 14 juillet, les Français célèbrent l’anniversaire de la prise de la Bastille. Si la fête nationale est l’occasion de se remémorer cet événement, d’autres conflits sociaux ou contestations populaires mettent au jour les héritages de la Révolution française.

Alfred Loudet. Robespierre, Danton et Marat, musée de la Révolution française, 1882. © Wikicommons Alfred Loudet. Robespierre, Danton et Marat, musée de la Révolution française, 1882. © Wikicommons

En 2023, la période révolutionnaire reste présente dans les mémoires comme dans les débats politiques. Elle représente toujours un enjeu dans les discussions et garde une véritable actualité politique. Robespierre, Marie-Antoinette ou Louis XVI restent des personnages au cœur de débats, preuve que le passé vit toujours dans le présent. Récemment, les émeutes et violences qui ont eu lieu dans l’Hexagone permettent de questionner l’héritage de la Révolution et de comprendre si elle est réellement terminée.

Avec deux historiens de la Révolution, Frédéric Mounier fait le point sur cette mémoire si partagée et cette actualité. Loris Chavanette est l’auteur de "Danton et Robespierre - Le choc de la Révolution" (éd. Passés / Composés, 2021). Professeur émérite de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Jean-Clément Martin a écrit "La Révolution n'est pas terminée - Interventions 1981-2021" et, avec Julien Peltier, une "Infographie de la Révolution française" (éd. Passés / Composés, 2021, 2022).

 

La révolution, un "abcès mal cicatrisé"

 

"Nous n’avons jamais fait le deuil, on vit toujours sur des habitudes de pensées et des souvenirs antagonistes". Jean-Clément Martin est catégorique. Pour lui, la révolution est un "abcès mal cicatrisé, un moignon douloureux". Au lendemain de la décapitation de Samuel Paty, l’historien ressent la "nécessité de revenir au passé". Effrayé et sidéré par l’événement, les décapitations de la Révolution française lui reviennent en mémoire. Dans son livre, il répertorie "six ou sept occurrences de guillotines au moment des manifestations des Gilets jaunes". Jean-Clément Martin invite à "réfléchir sur la question de la décapitation et à revenir sur notre mémoire collective". La décapitation semble être chosifiée par l’État, qui en fait "l’instrument d’une justice rendue publique" en assumant la violence de la guillotine.

 

Pour Loris Chavanette, la Révolution française doit être pensée via deux interprétations : "l'une est historique, avec des dates précises. L'autre invite à la penser comme un avènement intellectuel, politique, philosophique qui ne cesse d’interroger le lien entre société et État". Le club des Jacobins illustre cette idée : avec des antennes partout en France, le club politique pousse les citoyens à s’engager, en partant du postulat qu’un "bon citoyen doit être un révolutionnaire engagé". C'est cette radicalité révolutionnaire qui "vise à créer de l’unité et de l’unanimité", souligne Loris Chavanette.

 


La Terreur et la guerre de Vendée, des événements toujours questionnés

 


"Il n’y eut jamais un système de terreur, mais des violences permises par le vide d’État", écrit Jean-Clément Martin dans son ouvrage. Pour lui, les violences s’expliquent par les "grandes divisions entre les députés". La révolution se fait "sur fond de paysage fractionné, avec une sorte de laisser-faire". "Les Montagnards ont parfois lié avec les Sans-culottes les plus violents, ce qui accentue la radicalité révolutionnaire", souligne Loris Chavanette. Pour lui, la Terreur est une violence d’État en plus d’être une violence de rue. Si la Terreur est un "démon qu’on a diabolisé et dénoncé", elle semble avoir été institutionnalisée : "il ne faut pas oublier l’avantage de qualifier ça de "Terreur" : dans l’esprit des révolutionnaires, ça a permis de laver la révolution de ses péchés".

 

Si certains perçoivent la guerre de Vendée comme l’un des génocides du XXe siècle, d’autres estiment qu’il n’y a pas eu de destruction génocidaire. C’est le cas de Jean-Clément Martin : "en dépit du chiffre de 200 000 morts minimum, il n’y a eu qu’une volonté d’exterminer les "brigands de la Vendée"". Pour lui, ce sont les divisions entre Jacobins et Girondins qui créent la guerre : "à partir d’une petite bataille on crée une guerre". Estimant que les Girondins sont "modérés et dangereux", les Montagnards se radicalisent et "veulent éradiquer" les Vendéens. "Les troupes sont mal encadrées, donc la guerre devient abominable parce qu’on abandonne les règles militaires", rappelle l’historien.

 

Loris Chavanette rappelle quant à lui que "la Vendée est à cette époque très conservatrice, paysanne, et religieuse". Face au projet de régénération des Jacobins pour fonder un homme nouveau et imposer l’égalité des lois, la conscience vendéenne est heurtée. "Comme on ne peut pas les convaincre de devenir des bons citoyens, on tente de les exterminer", souligne Loris Chavanette, et rappelant que Babeuf lui-même parlait de "populicide".

 

La Révolution française, prototype des révolutions ?

 

Si certains historiens expliquent que la Révolution Française a été le prototype des révolutions soviétique, chinoise, ou cambodgienne, cette thèse ne fait pas l’unanimité. Pour Jean-Clément Martin, si elle est aussi importante, c’est parce que la Révolution française s’illustre par des "événements aussi étonnants que l’exécution du roi". Dans les années qui suivent, la conquête de Napoléon sur l’ensemble de l’Europe impose les principes révolutionnaires de laïcisation : "l’administration napoléonienne transmet des valeurs essentielles", explique Jean-Clément Martin, qui estime que l’on "s’en inspire beaucoup tout en s’en distanciant".

 

"Non, Sire, c’est une révolution", répond le Marquis de la Rochefoucauld quand Louis XVI lui demande si "c’est une révolte". Pour Loris Chavanette, la révolution est particulière dans la mesure où le changement de régime politique s’accompagne aussi d’un changement d’époque. "C’est fondamental : 1789 reste une rupture absolument envoutante dans l’histoire de France, avec une postérité forte". Pour l’historien, le rapport entretenu ensuite avec la révolution est davantage une "récupération du mythe qu'une véritable réflexion sur la prospérité de l’égalité".

 

En ce qui concerne la violence propre à la révolution et à la Terreur, Jean-Clément Martin estime que "l’histoire ne se fait jamais sans l’expression de violence". Et à Loris Chavanette d’ajouter que "la violence est consubstantielle à la Révolution française". Hannah Arendt écrivait déjà qu’au "commencement était le crime". Les historiens s’accordent sur la fait que la notion de violence est inhérente à celle d’humanité et donnent, grâce au spectre de la révolution, des clés de lecture sur l'actualité.

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