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Musées : ce que les œuvres disent de notre monde
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Musées : ce que les œuvres disent de notre monde

Un article rédigé par Guillaume Goubert - RCF, le 22 mars 2022  -  Modifié le 27 février 2024

Je suis allé samedi et dimanche à Bruxelles, où se tenait la première édition du Congrès Mission hors de France. J’en ai profité pour aller faire un tour aux Musées royaux des Beaux-Arts. J’avais envie de revoir les tableaux des Bruegel qui y sont conservés. Mais, à cette occasion, j’ai découvert une démarche très intéressante qui s’appelle "notre collection en question".

Pierre Paul Rubens, « Quatre études d’une tête », Musées royaux des beaux-Arts, Bruxelles Pierre Paul Rubens, « Quatre études d’une tête », Musées royaux des beaux-Arts, Bruxelles

Il s’agit pour le musée de s’interroger sur la provenance de certaines œuvres ou sur leur signification. Avec le souhait d’avancer vers "une compréhension plus profonde du monde auquel nous appartenons ", selon l’expression de Michel Draget, directeur de ces musées. La démarche s’appliquant à des sujets comme les biens juifs spoliés pendant la seconde guerre mondiale, l’héritage colonial, la place de la femme dans l’art, le rapport à la nature ou la question des migrants.

Comment cette démarche se concrétise-t-elle ?

Actuellement, deux salles du musée y sont consacrées, l’une sur les spoliations, l’autre sur une question liée à l’héritage colonial. Dans le premier cas, le musée expose des tableaux dont la provenance pose problème. Ce sont des toiles qui ont été achetées ou saisies en Belgique pendant l’occupation allemande pour finir dans des collections nazies, celle d’Hermann Göring ou celle que Hitler constituait pour un projet qui n’a jamais vu le jour, un immense musée à Linz, ville autrichienne de sa région natale.

À la fin de la guerre, ces tableaux furent récupérés notamment par les fameux Monument Men, ces soldats américains spécialisés dans les œuvres d’art. Ramenés en Belgique, les toiles furent confiées à une administration pour être rendues à leurs propriétaires. Mais il ne fut pas toujours possible de les identifier. D’où leur entrée dans les collections du musée.

Les exposer aujourd’hui est, entre autres, une manière de lancer un appel pour des informations supplémentaires sur l’origine de ces tableaux. L’un d’entre eux n’est présent que par une photographie. Il a été restitué il y a un an à une famille juive originaire de Francfort, en Allemagne.

L’héritage colonial en question

Je suis entré dans cette salle-là assez méfiant. L’objet en question est une toile de Rubens, une toile présentant quatre études de la tête d’un homme africain. Ce tableau est entré dans les collections du musée en 1890 sous le titre "Têtes de nègres ". En 2007-2008, le titre est devenu "Quatre études de la tête d’un Maure". Désormais, il se nomme "Quatre études d’une tête".

Et c’est très bien ainsi. Si bien que l’on se demande pourquoi, si j’ose dire, se prendre la tête avec cette histoire. Eh bien, l’expo permet de comprendre que ce n’est pas si simple. Notamment parce que ce tableau a figuré dans les années 1950 sur les billets de 500 francs belges, à une époque où le Zaïre était encore une colonie belge. Ce fait qui relie le tableau à l’histoire coloniale mérite d’être rappelé. Et c’est, aussi, surtout, l’occasion de contempler un magnifique tableau où Rubens exprime un très grand respect pour l’homme qui a été son modèle.

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