Violences contre les élus : la croissance fulgurante d'un phénomène inquiétant

Constantin Gaschignard - RCF, le 17/05/2023 à 09:46
 -  Modifié le 17/05/2023 à 12:00
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Daniel Labaronne

La démission contrainte du maire de Saint-Brevin, le 10 mai, est venue s'ajouter à une sinistre chronique, celle des violences contre les élus. Un phénomène inquiétant et en hausse.

Un tag contre la réforme des retraites à l'occasion des manifestations du 1er mai, à Paris. ©Lucas Boirat / Hans Lucas Un tag contre la réforme des retraites à l'occasion des manifestations du 1er mai, à Paris. ©Lucas Boirat / Hans Lucas

C'est une série sans fin. Entre agressions physiques et dégradations matérielles, les violences contre les élus se multiplient de façon préoccupante. Mercredi 10 mai, Yannick Morez, le maire de Saint-Brevin (Loire-Atlantique), démissionnait à la suite d'un début d'incendie perpétré en mars à son domicile. Quelques jours plus tard, lundi dernier, le petit-neveu d'Emmanuel Macron sortait de la chocolaterie qu'il dirige, à Amiens, lorsqu'une quinzaine d'individus aussi lâches que barbares se sont rués sur lui pour le molester. "C'est tout à fait inadmissible", lâche le député Renaissance Daniel Labaronne pour commenter cette saga horrifiante. "On le voit bien, beaucoup d'élus locaux sont agressés. On a, je crois, recensé plus de 2000 faits en 2022 (2265 selon l'Intérieur, en hausse de 32% par rapport à 2021, ndlr)", soupire l'élu d'Indre-et-Loire dont les murs du domicile, justement, ont été tagués mi-avril.

 

 

Ces actes sont regrettables, d'autant que cela crée un climat d'insécurité, notamment pour mes proches qui, eux, ne sont pas engagés en politique

 

 

"La fonction d'élu est désacralisée et c'est dommageable, déplore Daniel Labaronne. Si je prends mon cas, je suis sur le terrain, je vais au contact, je dialogue, je n'hésite jamais à recevoir les syndicats ou discuter avec des opposants politiques. Par conséquent ces actes sont regrettables, d'autant que cela crée un climat d'insécurité, notamment pour mes proches qui, eux, ne sont pas engagés en politique", regrette l'élu, tout en soutenant que son "cas personnel n'est pas très important".

 


Une violence de rue qui prend racine dans l'hémicycle


Le député de la majorité présidentielle accuse une frange de l'échiquier politique, "la NUPES" dixit, de complaisance à l'égard de ces violences. Et même, d'en être indirectement à l'origine. "Quand on voit ce qui se passe à l'Assemblée nationale, avec des députés qui ne cessent de nous agresser, nous insulter, nous invectiver, bien évidemment cela donne des idées à certains citoyens, fustige-t-il. Il faut que nous soyons exemplaire, respectueux de nos adversaires, que notre fonction nous impose une conduite qui soit digne. Or bien souvent dans l'hémicycle, nous voyons que l'indignité est plus souvent au rendez-vous que le respect et le dialogue", constate Daniel Labaronne.

 

Aucune violence démocratique

 

Au-delà des violences contre les élus, certains politiques invoquent la brutalité de l'exécutif pour justifier les violences et les saccages. Le 49-3, déclenché par le gouvernement pour faire adopter la réforme des retraites, avait été suivi de manifestations sauvages émaillées de feux de poubelles et autres jets de projectiles sur les forces de l'ordre. "Soit c'est la Constitution qui est violente, soit ce sont les oppositions qui veulent mettre de la violence partout, leur répond Daniel Labaronne. En l'occurrence, nous avons utilisé les moyens que nous offre la Constitution", souligne-t-il, insistant sur la légitimité des astérisques constitutionnels utilisés : "Ces dispositions sont dans la Constitution. Nous les utilisons, je crois, à bon escient"

 

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