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Ukraine : "Je crois très peu à l'influence du patriarche Kirill", confie Kathy Rousselet
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Ukraine : "Je crois très peu à l'influence du patriarche Kirill", confie Kathy Rousselet

Un article rédigé par Pierre-Hugues Dubois - RCF, le 16 novembre 2022  -  Modifié le 16 novembre 2022
L'Invité de la Matinale "La sainte Russie", Kathy Rousselet

À quoi joue l’Église orthodoxe russe ? Depuis le début de l'invasion en Ukraine, le patriarche Kirill semble être un indéfectible soutien de Vladimir Poutine. Pourtant, la Russie est un pays laïc, où l’Église orthodoxe russe n’a plus guère d’influence politique. Pour expliquer les liens entre Vladimir Poutine et le patriarche de Moscou, peut-être faut-il regarder du côté de leurs intérêts convergents : pointer du doigt l’Occident et se poser en gardien de la tradition. Kathy Rousselet est directrice de recherche à Sciences Po, spécialiste de la Russie post-soviétique et notamment du fait religieux. Elle publie "La Sainte Russie contre l'Occident" (éd. Salvator).

Kathy Rousselet était l'invité de #LaMatinaleRCF Kathy Rousselet était l'invité de #LaMatinaleRCF

Dans son discours du 21 février 2022, qui annonçait l'invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine a mentionné parmi les griefs contre l’État ukrainien le soutien que celui-ci aurait apporté à l'Eglise orthodoxe locale. "Je ne pense absolument pas que ce soit une cause de la guerre", répond Kathy Rousselet. Pour la chercheuse, "Vladimir Poutine a son propre agenda, et il a utilisé toute une rhétorique, il a utilisé l'église aussi pour développer une rhétorique multipolaire, contre l'unipolarité du libéralisme". Le dirigeant russe aurait alors mis à son profit les dissensions qu’il pouvait y avoir au sein du monde orthodoxe.

 

 

Ce conflit d'Églises a été utilisée par le pouvoir politique pour justifier l'invasion.

 

 

Car depuis 2019, les relations entre l’orthodoxie ukrainienne et le patriarcat de Moscou sont tendues. Cette année-là, une partie de l’Église orthodoxe de Kiev a voulu prendre son indépendance, en devenant autocéphale, c’est-à-dire en choisissant elle-même son patriarche. "Les courants autocéphalistes se sont développés au cours de ces décennies, entre autres soutenus très fortement par le pouvoir ukrainien", explique Kathy Rousselet. "À partir de 2019 il y avait une Église orthodoxe ukrainienne dépendante du patriarcat Moscou, et une Église orthodoxe d'Ukraine qui a été proclamée autocéphale et qui a été reconnue par le patriarcat de Constantinople." Pour la chercheuse, "il est clair que la question des Églises orthodoxes en Ukraine et l'autocéphalie de l'Église orthodoxe en Ukraine proclamée en 2019, a contribué à tendre les relations entre l'Église orthodoxe russe et l'Occident".

 

La perte de puissance du patriarche Kirill dans une société très sécularisée

 

Cependant, il ne faut pas surestimer le poids du patriarcat russe dans le conflit russo-ukrainien. "Il y a une sorte de paradoxe dans cette Église orthodoxe russe : elle semble omniprésente dans l'espace public", avec la création de plusieurs milliers de lieux de culte en quelques années. Pourtant, si on regarde les sondages, la pratique religieuse est assez ténue. "70 % de la population se dit orthodoxe, mais il y a un tiers de ces gens-là qui qui disent ne pas croire en Dieu." Seuls 9% des Russes disent fréquenter au moins une fois par mois un service religieux. L'influence du patriarche Kirill dans l’opinion publique russe est donc assez faible. Lors d’un sondage effectué auprès de la population russe, "le patriarche Kirill n'était pas du tout mentionné parmi les personnes qui faisaient autorité dans la société".

 

 

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