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Sénégal : des clés pour comprendre la crise politique
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Sénégal : des clés pour comprendre la crise politique

RCF, le 7 février 2024  -  Modifié le 8 février 2024
Le dossier de la rédaction Sénégal : une crise politique inédite

L’Assemblée sénégalaise a adopté lundi soir, dans une atmosphère électrique la loi reportant l’élection présidentielle prévue le 25 février. Décision actée samedi par le président Macky Sall. C’est du jamais vu depuis l’indépendance du pays jusqu’ici vanté pour sa stabilité et sa pratique démocratique. 

Manifestation en faveur de l'opposant Ousmane Sonko à Paris en aout 2023. Crédit photo Henrique Campos/Hans Lucas Manifestation en faveur de l'opposant Ousmane Sonko à Paris en aout 2023. Crédit photo Henrique Campos/Hans Lucas

En un week-end, le Sénégal a basculé dans la crise politique. Samedi 3 février, le président Macky Sall, a annoncé le report de l’élection présidentielle prévue le 25 février. À quelques heures du début de la campagne électorale, ce report a choqué dans un pays réputé pour la stabilité de ses institutions en Afrique.

Macky Sall a généré des crispations

Mais le contexte est compliqué depuis déjà plusieurs mois au Sénégal. Macky Sall après deux mandats (limite fixée par la constitution) avait bien essayé d’en briguer un troisième, suscitant la colère d’une partie de la population. Il a finalement renoncé en juillet dernier. "Mais le flou entretenu a généré des crispations dans le pays", explique Sidi Cissokho chargé de recherche au CNRS et rattaché au laboratoire Clersé de l’Université de Lille

Par ailleurs, le principal opposant, Ousmane Sonko, est incarcéré depuis l’été 2023, pour une affaire de moeurs dénoncée par ses partisans comme une manipulation du pouvoir. Son arrestation avait déclenché de violentes manifestations en juin avec au moins une quinzaine de morts dans le pays et des centaines d’arrestations.

Crise institutionnelle

Samedi, Macky Sall a justifié sa décision de reporter le scrutin par une crise institutionnelle. Il y a d’abord eu des dysfonctionnements dans le parrainage de certains candidats recalés avec des documents perdus Puis un bras de fer entre le Conseil constitutionnel et le Parlement sénégalais. Les Sages ont validé vingt candidatures en écartant celle d’Ousmane Sonko, mais aussi celle de Karim Wade. "Le fils de l’ancien président Aboulaye Wade a été visé en raison de sa double nationalité sénégalaise et française" explique Sidi Cissokho chargé de recherche au CNRS et rattaché au laboratoire Clersé de l’Université de Lille. Bien que l’intéressé ait fait une demande d’abandon au gouvernement français.

Accusations de corruption au conseil constitutionnel

"En réaction son parti a lancé une commission d’enquête parlementaire visant des membres du Conseil constitutionnel avec des accusations de corruption concernant deux juges" précise Sidi Cissokho.

Ce contexte justifie le report aux yeux du président sénégalais, mais cela alimente aussi des soupçons d’un plan  pour ajourner le scrutin et éviter une défaite. Car Amadou Ba l’actuel Premier ministre et candidat, désigné comme son successeur par Macky Sall, semble en mauvaise posture dans les sondages. L'opposition dénonce une dérive autoritaire du pouvoir et un coup d’état constitutionnel.

Le Sénégal un modèle écorné

Macky Sall a mis fin à une séquence historique au Sénégal qui n’avait jamais connu de report de la présidentielle depuis l’indépendance et l’élection de Léopold Sedar Senghor. "Un cap a été franchi et la question est de savoir s’il peut y avoir un retour en arrière" indique Sidi Cissokho. Entre la fin du mandat de Macky Sall le 2 avril et la nouvelle date de l’élection le 15 décembre vont s’écouler 9 mois. "Une période d’incertitude où tout peut arriver, d’une insurrection populaire à un coup d’état" analyse Michel Galy politologue spécialiste de l'Afrique de l'Ouest.

Le Sénégal depuis son indépendance en 1960 n’a toutefois jamais connu de coup d’état militaire. Mais sa situation inquiète. La Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine, les Etats-Unis, l’Union européenne, et évidemment la France, ont tous appelé au dialogue et à la tenue du scrutin

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