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Refuser d'être consolé
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Refuser d'être consolé

RCF,  -  Modifié le 5 novembre 2020
Nous non plus. Nous ne voulons pas être consolés par des propos convenus. Nous sommes comme ces habitants de Bethléem où les enfants meurent, où depuis Rama on entend Rachel pleurer...
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Refuser d’être consolé.

 

Parce qu’il ne faut passer si vite. Parce que malgré l’enchaînement des événements, pandémie, confinement, élections américaines… on ne peut quitter ces jours de deuil, pour ceux de la basilique Notre Dame à Nice, le 29 octobre, dont la seule présence priante était de trop pour leur bourreau.
Pour ceux qui se trouvaient le 3 novembre près de la grande synagogue de Vienne. Celle-là même qui résista à l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale.
Et encore pour ces 16 étudiants de l’université de Kaboul, ce même jour, exécuté par le terrorisme et dont le seul tort, à ses yeux aveuglés, était de vouloir apprendre.
Tous des gens ordinaires autant qu’uniques pour leurs proches, leurs amis. À la vie simple, laborieuse, priante, aimante et aimée, estimée, espérée. Ces vies, ces promesses d’avenir, furent fauchées par des tueurs instrumentalisés, manipulés par des fanatiques d’un islam dévoyé et trahi pour des desseins sanglants et mortifères.

Nous sommes atterrés, meurtris. Revient à l’âme ce verset de l’évangile de Matthieu, reprenant le livre de Jérémie (31, 15) « Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée car ils ne sont plus. » (2, 18) Oui Rachel refuse d’être consolée car elle n’accepte pas les apaisements faciles, les mots trop usés. Elle ne veut pas s’acclimater à l’insupportable, pas plus que Jacob ne voulait être consolé de la mort annoncée de Joseph.
Nous non plus. Nous ne voulons pas être consolés par des propos convenus.
Nous sommes comme ces habitants de Bethléem où les enfants meurent, où depuis Rama on entend Rachel pleurer. 

Il est des souffrances inconsolables. Celles que nous vivons en font partie. Notre foi nous ouvre un abîme, il n’y aura jamais de réponse véritable à pareilles tragédies. Reste à clamer sans relâche à notre Dieu notre désolation, notre épouvante, nos questions abyssales.

En ces temps noirs, nous sommes aussi les enfants de Job, dans le deuil et la cendre. C’est là, nulle part ailleurs que les uns pour les autres, nous pourrons entendre le Dieu unique, intimer cet ordre « ça suffit ! » à tous les monstres, au chaos de la destruction, du mensonge et de la barbarie. Non que cette parole soit magique, aucunement. Mais elle est ce qui nous relève pour continuer d’agir et  de croire, envers et malgré tout, en notre humanité.
C’est là, comme au pied de la croix, que nous trouverons la force de demeurer des artisans de conversation, d’amitié, de respect mutuel.
Là enfin que nous entendrons ces paroles inouïes : « Retiens le cri de tes pleurs et les larmes de tes yeux. Ils reviendront du pays de l’ennemi. Ton avenir est plein d’espérance. » (Jr 31, 16-17) Avec la douleur, se relever pour construire et bâtir.
 

Véronique Margron op.
 
 
 
 

 
 

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