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Napoléon : ombre et lumière une légende revisitée

Napoléon : ombre et lumière une légende revisitée

Un article rédigé par Jean-Baptiste Labeur - RCF, le 22 novembre 2023  -  Modifié le 22 novembre 2023
Le dossier de la rédaction Napoléon : ombre et lumière une légende revisitée par les historiens

Le nouveau film de Ridley Scott propose de raconter la vie de Napoléon Bonaparte du siège de Toulon jusqu'à la chute de l’Empire en 1815. Vaste ambition, risquée, pour saisir un personnage complexe dont les historiens ont progressivement revisité la légende ces dernières années. 

Statue de Napoléon Bonaparte aux Invalides à Paris. N Messyasz/Hans Lucas Statue de Napoléon Bonaparte aux Invalides à Paris. N Messyasz/Hans Lucas

Tout le monde connaît Napoléon ou croit le connaître et c’est bien le problème...L’Empereur apparaît dans 180 films, quasiment dès la naissance du cinéma. Le premier, à le mettre en scène, ce sera Louis Lumière 1897. Ce nouveau biopic de Ridley Scott, s’inscrit dans la longue fascination qu’exerce ce personnage jusqu’à Hollywood. 

Napoléon n'est pas d'un bloc

Le réalisateur fait le pari de relater une période allant du siège de Toulon en 1793 jusqu'à la chute de l’Empire. Vaste ambition pour saisir un personnage aussi complexe et évolutif. « Napoléon n’est pas d’un bloc. Les scénaristes s’acharnent à vouloir tout raconter de A à Z. Mais le Bonaparte du siège de Toulon n’est pas celui de 1815. C’est un homme qui est, au fil des années, déformé par le pouvoir » souligne Nathalie Petiteau, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'université d'Avignon et spécialiste de la période napoléonienne.

Remise en question de l'héritage napoléonien

« En quelques décennies, les chercheurs se sont détachés de la légende. On idéalise beaucoup moins la figure de Napoléon. La connaissance de la période a énormément progressé. On est réellement revenus aux sources, on connaît mieux le personnage et son époque. On remet en question l’héritage napoléonien » explique Charles-Eloi Vial, docteur en histoire, conservateur à la BNF et auteur de « Napoléon : la certitude et l’ambition». S’il existe un consensus relatif sur le génie militaire de l’homme et sa capacité de travail hors norme. Son héritage lui n’est plus porté aux nues, notamment le code civil soumettant les femmes à leurs maris ou la question coloniale.

L'ordre au dépend de la liberté

« C’est un état au service de l’égalité des citoyens. Par exemple, il n’est plus question d’inégalités suivant les religions. Mais sur le plan de liberté politique, ce n’est évidemment pas ça » indique Pierre Breda directeur scientifique de la Fondation Napoléon. « Napoléon préférait l’ordre à la liberté. C’est une dictature au sens antique du terme, mais pas un totalitarisme comme on les connaitra au XXe siècle » nuance t-il.

Charles Eloi-Vial ajoute lui que : « Napoléon a réalisé le tour de passepasse de faire oublier à quel point les libertés ont été bafouées sous son règne autoritaire. Il a réussi à faire passer son passage au pouvoir comme un combat pour la liberté et l’émancipation des peuples à disposer d’eux même. Ce n’est pas la vérité. C’était aussi un très grand communicant ».

Rétablissement de l'esclavage

La tache la plus sombre de son règne restera sans doute le rétablissement de l’esclavage. En plusieurs étapes, il va à abroger le décret du 4 février 1794 pris sous la Révolution française abolissant l’esclavage. L’Empereur maintient l’esclavage dans les colonies sous domination anglaise restituées à la France (où l’abolition de 1794 n’avait pas été appliquée) comme la Martinique, mais aussi, de fait, Napoléon le rétablit dans les territoires où il avait été aboli notamment en Guadeloupe.

Une mesure politique?

Napoléon dira plus tard avoir cédé au lobby des colons. Pour Frédéric Régent historien, spécialiste, de la traite négrière et auteur de « L'esclavage raconté aux enfants, Napoléon a « une politique très opportuniste. Le motif qu’il invoque, c’est qu’il ne veut pas de nouvelles révoltes dans les colonies qui n’ont pas connu l’abolition. Mais il explique dans son arrêté consulaire du 16 juillet 1802 qu’il rétablit l’esclavage en Guadeloupe pour punir la population de s’être rebellé. Il avance des arguments économiques, mais c’est avant tout un choix politique. Il ne souffre pas d’opposition ».

La France fut ainsi le seul pays au monde à rétablir l’esclavage dans toutes ses colonies. Durant les Cent-Jours, Napoléon va abolir officiellement la traite des Noirs, mais pas l'esclavage et ce décret du 29 mars 1815 ne sera jamais appliqué avec la chute de l’Empire. Il faudra attendre 1848, pour une abolition définitive à l’initiative du député Victor Schoelcher.

 

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