Méga-bassines : aux sources du conflit

Jean-Baptiste Labeur - RCF, le 29/03/2023 à 10:11
 -  Modifié le 29/03/2023 à 11:40
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Mégabassines : aux sources du conflit

Plusieurs milliers de personnes ont une nouvelle fois manifesté le 25 mars contre le chantier des méga-bassines à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. À la clé de violents affrontements entre militants les plus radicaux et les forces de l’ordre. C'est une bataille engagée depuis plusieurs mois. Retour sur l’origine de ce qui ressemble de plus en plus à une guerre de l'eau. 

Nicolas Guyonnet / Hans Lucas Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

Une méga-bassine ou retenue de substitution, c’est un immense réservoir creusé au milieu des champs. D’une capacité pour certains de plusieurs centaines de milliers de mètres cubes d’eau destinée à l'irrigation des cultures. Celle en chantier de Sainte-Soline est la deuxième d'un projet de 16 bassins dans les Deux-Sèvres, initié en 2011, par un groupement de 450 agriculteurs, après les sécheresses du début des années 2000.

 

L’objectif est de sécuriser la ressource en eau au moment où elle est la plus rare. "La retenue est remplie en prélevant dans la nappe en hiver pour ne pas avoir à pomper au printemps et en été au moment", explique François Pétorin, agriculteur et administrateur à la Coop de l’eau des Deux-Sèvres.

 

Mais depuis 10 ans ces projets d’immenses réserves ne font pas l’unanimité dans le monde agricole, en particulier à la Confédération paysanne. "On déplace juste de l’eau stockée dans la nappe phréatique vers l’extérieur. La différence c’est que quand elle est dans une bassine, l’eau est privatisée pour l’usage de quelques irriguant du secteur, au détriment des agriculteurs qui n’irriguent pas et d’autres usages", estime Nicolas Girod, porte-parole du syndicat. Arguments réfutés par la Coop de l’eau : "Il n’y a pas d’accaparement", répond François Pétorin.

 

Pour Nicolas Girod, se pose la question du modèle agricole : "Les méga-bassines n’incitent pas à des changements de pratiques qui seraient plus efficaces face aux changements climatiques." En face, on répond qu’il existe des engagements conclus pour modifier des pratiques agricoles, afin de pouvoir utiliser de l’eau de ces retenues. Au-delà du monde agricole, des interrogations existent du côté de certains hydrologues et économistes sur l'efficacité de ces réserves avec l’émergence des sécheresses hivernales.

 

 

La crise climatique se cristallise désormais avec un contexte social et politique

 

 

L’eau devient un enjeu de société de plus en plus clivant

 

Ce qui se passe dans les Deux-Sèvres est vu comme un test par les opposants aux méga-bassines qui redoutent une multiplication ailleurs en France. L’épisode du barrage de Sivens, en 2014, avait déjà exposé, la violence que peuvent prendre les conflits d’usages de l’eau. Mais l’accélération du dérèglement climatique et l’enchaînement des sécheresses ont brutalement remis en avant ces problématiques cette année.

 

"La crise climatique se cristallise désormais avec un contexte social et politique", explique Eddy Fougier, politologue spécialiste des mouvements protestataires et enseignant à Science Po Aix. D’un strict débat agricole, on est donc passé en un peu plus d’une décennie à une forme conflit social, souvent violent. L’émergence d’une nouvelle génération de militants pour le climat laisse présager pour Eddy Fougier "un renforcement de ce type d’action".

 

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