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L'histoire du mot génie
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L'histoire du mot génie

Un article rédigé par Jean Pruvost - RCF,  -  Modifié le 2 mai 2019
Aujourd'hui, être un génie est une expression pour qualifier les prouesses de quelqu'un. Et pourtant, le mot possède un tas de déclinaisons !
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Bon si une personne dit d’elle-même qu’elle est un génie, c’est presque toujours faux mais de toute façon c’est outrecuidant, parce que ce sont les autres qui disent de telle ou telle personnalité qu’elle est un génie. Et de fait pour certaines personnalités, il n’y a aucun doute, on crie tous d’un même élan "au génie" !

C’est le cas par exemple d’Einstein ou de Léonard de Vinci, ou de Victor Hugo. Ce qu’ils ont trouvé ou réalisé est si important que cela dépasse de très loin la norme. Mais là où ça se complique, c’est qu’il y a de bons et mauvais génies, et cela peut paraître paradoxal d’évoquer un mauvais génie.

Voilà donc un mot à radiographier. D’où vient-il ? Du latin classique genius, désignant le démon tutélaire qui présidait à la conception et donc à la naissance d’un homme. En fait, c’est un mot de la même famille qu’engendrer, et d’une certaine façon, un génie fait bien naître quelque chose... De fait, lorsque le mot est attesté en langue française, dans l’œuvre de Rabelais, il ne désigne pas quelqu’un d’extraordinaire, il est synonyme de "caractère", de "tendance naturelle de l’esprit ", bonne ou mauvaise, et ce sens va perdurer assez longtemps, puisqu’on trouvera encore en 1789 dans une lettre de Madame de Staël une critique sur une personne ayant, dit-elle, le "génie de l’inaction".

Le sens très valorisant du mot  "génie" n’apparaîtra que dans la première moitié du XVIIe, notamment chez le premier secrétaire perpétuel de l’Académie française, Chapelain, à propos des sentiments de l’Académie sur la tragi-comédie du Cid, où le mot génie est assimilé à une grande puissance créatrice. C’est plus tard, en 1697, qu’on attestera de l’expression homme de génie utilisée par Pierre Bayle.

De son côté Corneille évoquait déjà en 1637 le "génie propre d’un peuple". Alors pourquoi un bon ou mauvais génie ? Eh bien comme les Anciens pensaient que l’esprit présidant à la vie d’un homme était bon ou mauvais ce sens-là est aussi resté et Madame de Sévigné pourra dire à un correspondant qu’il est "un bon génie". Il faut en réalité attendre 1793, pour que vienne l’idée d’assimiler le génie à un être doué d’un pouvoir magique.

Enfin, un dernier sens est celui du "génie militaire", ou "des ponts et chaussées", mais là en fait, c’est issu du mot ingénieur, toujours en partant de l’idée de créer quelque chose. Quoi qu’il en soit, retenons une définition délicieuse des verbicrucistes qui ont le sens de l’avenir. "Génie : Qualité posthume". C’est vrai qu’on le dit plutôt quand les gens ont disparu. Ah quel génie c’était cette femme ! Voilà ce qu’on dira de vous Stéphanie !

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