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Les impôts, une invention aussi ancienne que les États

Les impôts, une invention aussi ancienne que les États

Un article rédigé par Constantin Gaschignard - RCF, le 13 juin 2023  -  Modifié le 17 juillet 2023
L'Invité de la Matinale Eric Anceau : "Les impôts existent depuis que les Etats existent"

Souvent mal perçu, l'impôt a un passé aussi riche qu'ancien. De l'Égypte antique au monde globalisé, son histoire est indissociable de celle des États et ne manque pas d'anecdotes délicieuses.

Déclaration d'impôt sur le revenu en ligne, le 16/03/2023 ©Riccardo Milani / Hans Lucas Déclaration d'impôt sur le revenu en ligne, le 16/03/2023 ©Riccardo Milani / Hans Lucas

Ça y est, la période annuelle de déclaration des revenus s'est achevée, pour la dernière zone concernée, jeudi 8 juin dernier. Mais de quand les impôts datent-ils ? "Depuis l'Antiquité, depuis 5.000 ans. Depuis, en fait, que les États existent", explique Éric Anceau, professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne, qui évoque "l'Égypte pharaonique" comme l'un des premiers systèmes à s'être appuyés sur l'impôt. "Pour durer, l'État doit à un moment donné en prélever", constate avec recul le co-auteur d'une "Histoire mondiale des impôts", truffée de mille anecdotes sur ce sujet apparemment aride*.

 

 

Les premiers impôts sont assez systématiquement liés à la guerre. Il s'agit d'un tribut prélevé sur les peuples vaincus

 


Si l'opération se fait aujourd'hui par le biais de plateformes complexes, il n'en a pas toujours été ainsi, loin s'en faut. L'impôt antique procédait de méthodes plus barbares. "Les premiers impôts sont assez systématiquement liés à la guerre. Il s'agit d'un tribut prélevé sur les peuples vaincus. On est dans le règne de l'arbitraire, il n'y a pas besoin de déclaration ni de percepteur. C'est directement le militaire qui prélève pour le compte du souverain, souvent en nature, parfois en monnaie sonnante et trébuchante, relève Éric Anceau. À mesure que les États se développent, se met en place un système de percepteurs. Pas de déclaration en bonne et due forme, mais on vient voir les richesses, le patrimoine dont bénéficie chacun." Un film culte illustre à merveille le propos. "Chacun a en tête "La Folie des grandeurs", qui se passe dans l'Espagne du XVIIe siècle, et où l'on voit Don Salluste prélever les impôts dans un village, directement auprès des paysans."

 

Le nécessaire consentement des contribuables

 

Le consentement des contribuables, préalable au fonctionnement de l'État social tel qu'on le connaît aujourd'hui, n'est pas toujours allé de soi. "Le véritablement consentement à l'impôt date de l'époque moderne et prend racine dans trois pays : l'Angleterre, le royaume de France et les États-Unis d'Amérique, analyse l'historien. Pour la France, le roi Louis XIV et surtout Vauban ont bien compris que la question du consentement était centrale, mais Louis XIV a subi des révoltes considérables sous son règne."

 

Ministre des finances du roi Soleil, Colbert déclarait non sans brio à qui voulait l'entendre que "l'art de l'imposition consiste à plumer l'oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris". La formule dit tout de la nécessité, pour l'État, de recueillir au moins un minimum d'adhésion du contribuable au régime d'imposition. "Il faut attendre la Révolution française pour qu'avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, on entre dans l'ère du consentement. Habilement, on remplace le terme d'impôt par celui de contribution", souligne judicieusement Éric Anceau.

 

 

→ À LIRE : Pourquoi cette nostalgie de l'Ancien Régime ?

 

 

L'impôt, oui, mais pour financer quoi ?

 

À quel type de dépenses l'impôt a-t-il servi dans l'histoire ? "Principalement, à protéger les sujets contre les invasions étrangères. Construire des murailles, par exemple, glisse l'historien. Dans un deuxième temps, les infrastructures se sont développées, il fallait construire les routes, entretenir les canaux, curer les fossés. Tout cela coûtait de l'argent."

 

 L'appareil d'État se développe ensuite, qu'il convient impérativement de financer. En France, "la monarchie capétienne" marque un tournant, selon Éric Anceau. "Un roi comme Philippe le Bel s'entoure de juristes qu'on appelle légistes. Bien évidemment, tout cela coûte cher, il faut payer ces gens." Philippe le Bel (1285-1314), ou les prémices du fonctionnariat qui, neuf siècles plus tard, représente près de six millions de Français.

 

*Eric Anceau, Jean-Luc Bordron, Histoire mondiale des impôts, Passés composés, 2023, 25 euros

 

 

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