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En Terre Sainte, un Noël de douleur
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En Terre Sainte, un Noël de douleur

Un article rédigé par Etienne Pépin - RCF, le 26 décembre 2023  -  Modifié le 26 décembre 2023
L'Invité de la Matinale Bernard Thibaud, Noël en Terre Sainte

En Terre Sainte, le pays de Jésus, on a célébré Noël malgré tout, on a célébré la naissance de Jésus, le Prince de la Paix alors que la guerre fait rage. Pour Noël, RCF a recueilli le témoignage de Bernard Thibaud, le directeur de la Maison d’Abraham, la maison du Secours Catholique à Jérusalem. 
 

Night view of the city of Jerusalem ©Frederic Petry / Hans Lucas. Night view of the city of Jerusalem ©Frederic Petry / Hans Lucas.

En Terre Sainte, la joie de Noël était sobre. Pas de processions, pas d’illuminations, les responsables des Églises chrétiennes ont appelé les prêtres et fidèles à se concentrer sur le sens spirituel de la fête de la Nativité, et à manifester leur solidarité aux victimes de la guerre, aux familles endeuillées, blessées, à ceux qui ont tout perdu. Bernard Thibaud, le directeur de la Maison d’Abraham, la maison du Secours Catholique à Jérusalem témoigne. 

"Ils vivent une souffrance indescriptible"

Pour les chrétiens de Terre Sainte, Noël a été "un Noël de douleur, un Noel de deuil" raconte Bernard Thibaud le directeur de la Maison d’Abraham de Jérusalem. "Il n’y a pas eu de fête publique. Ce n’était pas possible. Depuis près de 80 jours, une centaine d’enfants meurent quotidiennement. Noël c’est pourtant la célébration d’une naissance, c’est une fête pour tous les enfants du monde et cette année ça a été vraiment très difficile. Les mots manquent mais l’espérance demeure toujours pour les chrétiens."

Ça a vraiment été un Noël de souffrance et de douleur mais ils ont quand même pour les enfants essayé de vivre quelques moments de joie.

Les chefs des Eglises chrétiennes ont encouragé à prier pour un cessez-le-feu mais aussi à réfléchir sur le sens profond de Noël. Bernard Thibaud fait le lien avec la fête des Saints Innocents qui sera célébrée dans deux jours : "Malheureusement cette année les Saints Innocents, ce sont ces 2,5 millions de personnes déplacées à Gaza et parmi eux 1000 chrétiens dont 600 catholiques réfugiés dans la paroisse de la Sainte Famille. Ils vivent une souffrance indescriptible." Faisant le point sur la situation, le directeur du Secours Catholique de Jérusalem décrit une réalité terrible : "Les réserves d’eau, de nourriture et de médicaments sont très limitées et seront épuisées d’ici quelques jours s’il n’y a pas de livraison. Quand il y a un peu de calme, ils prient le Rosaire, c’est très difficile et pour eux ça a vraiment été un Noël de souffrance et de douleur mais ils ont quand même pour les enfants essayé de vivre quelques moments de joie. "

Célébrer le Prince de la Paix, témoigner et appeler à la Justice

Le pape François et le patriarche latin de Jérusalem multiplient les appels à la prière, à la paix et à la justice. Dans ses nombreux messages le cardinal Pizzaballa encourage à prier pour ne pas laisser la colère, la vengeance occuper tout l’espace des cœurs, des paroles ou des pensées. Il insiste pour que soit dite la vérité sur les situations d’injustice qui sont vécues par les habitants de ce pays. Bernard Thibaud le martèle : "Il y a aujourd’hui beaucoup d’injustice, et c’est la vérité qu’il faut dire aujourd’hui. Il n’y aura pas de paix sans justice. Pas de paix durable sans mettre fin à la colonisation et à l’occupation d’Israël. Ça, il est important que les chrétiens d’Israël puissent le dire."

Il y a aujourd’hui beaucoup d’injustice, et c’est la vérité qu’il faut dire aujourd’hui. Il n’y aura pas de paix sans justice. Pas de paix durable sans mettre fin à la colonisation et à l’occupation d’Israël.

L’essentiel pour le directeur de la Maison d’Abraham de Jérusalem, c’est "d’agir pour le service et la rencontre de tous qu’ils soient juifs ou palestiniens. C’est très difficile, mais il y a quand même une minorité chrétienne qui est très active dans les écoles, dans les hôpitaux. Les chrétiens ils cherchent porter leurs valeurs de coexistence, de respect mutuel, de dignité, de vivre ensemble avec tous." C’est la vocation de la Maison d’Abraham à Jérusalem-Est de témoigner de cette ouverture à tous. 

"Il faut que les pèlerins reviennent en Terre Sainte" 

Aujourd’hui la Terre Sainte s’est vidée de ses pèlerins. Pourtant, les millions de pèlerins qui viennent à Jérusalem chaque année font partie intégrante de la prière de l’Eglise en Terre Sainte. Bernard Thibaud précise : "Les pèlerins lorsqu’ils sont en Terre Sainte ils font vraiment partie de cette Eglise et ils soutiennent très fortement les habitants de cette terre. Par leur prière mais aussi par le fait qu’ils puissent soutenir économiquement tous les habitants de Terre Sainte. C’est aussi une démarche de paix."

Les pèlerins lorsqu’ils sont en Terre Sainte ils font vraiment partie de cette Eglise et ils soutiennent très fortement les habitants de cette terre.

Jérusalem vide, ressemble à Jérusalem pendant la pandémie avec l’arrêt de tous les pèlerinages. Quand les pèlerins sont revenus, c’était un signe pour les chrétiens de Terre Sainte mais aussi pour les habitants musulmans et juifs. C’est très important pour eux témoigne Bernard Thibaud : "Un pèlerinage c’est une démarche personnelle de conversion et d’approfondissement de sa foi, mais c’est aussi une démarche ecclésiale pour l’Eglise d’accueil, c’est une démarche de solidarité et de paix." Il fonde beaucoup d’espoir sur le jubilé de 2025 dont le thème est "Pèlerins de l’espérance". C’est cela que pourront porter les pèlerins qui viendront en Terre Sainte dès que le calme sera revenu. Bernard Thibaud l’espère : "La paix sera longue à reconstruire mais les pèlerins peuvent contribuer à reconstruire cette paix ici avec tous."

"A Noël Dieu vient pour nous éclairer dans nos ténèbres"

Bernard Thibaud témoigne aussi d’une joie possible malgré la guerre : "Pour moi la joie de Noël c’est celle qu’on ressent profondément, quand on découvre que Dieu est proche de nous qui est avec nous en tout lieu. Souvent les personnes rencontrées par le Secours Catholique qui vivent des situations de grande détresse sont les premières à témoigner de cette joie profonde de sentir que Dieu est avec elles."

Dieu qui vient parmi nous, parmi les plus pauvres, les bergers de Terre Sainte, pour nous éclairer dans nos ténèbres, c’est ça la joie de Noël.

Le directeur du Secours Catholique de Jérusalem conclue : "C’est ça la joie de Noël, cette joie de la naissance. On fête Noël au moment du solstice d’hiver, la lumière reprend le dessus. C’est cette lumière qui revient doucement en la personne de Jésus que les chrétiens célèbrent à Noël. Dieu qui vient parmi nous, parmi les plus pauvres, les bergers de Terre Sainte, pour nous éclairer dans nos ténèbres, c’est ça la joie de Noël."
 

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