Deuil numérique : avec les réseaux sociaux, "les morts font partie de nos vies"

Grégoire Gindre - RCF, le 01/11/2022 à 07:38
 -  Modifié le 02/11/2022 à 09:50
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Le deuil numérique

S’il y a bien quelque chose qui reste intacte après le décès d’un proche, c’est son identité numérique. Messages vocaux, comptes personnels sur les réseaux sociaux, messageries privées, ou même notifications, le défunt laisse parfois derrière lui un très grand héritage numérique. À la veille du jour de commémoration des proches décédés, décryptage de ce nouveau processus de deuil numérique. 
 

©Pexels - Le deuil numérique avec les réseaux sociaux, "les morts font partie de nos vies" ©Pexels - Le deuil numérique avec les réseaux sociaux, "les morts font partie de nos vies"

Une étude de l'Oxford Internet Institute estime qu'en 2050, il pourrait exister plus de comptes Facebook appartenant à des personnes décédées qu'à des personnes vivantes. Un cimetière numérique édifiant qui traduit – outre que les jeunes boudent Facebook – que le numérique peut être une solution pour mieux accepter le départ d'un proche. Fantômes numérisés, profils abandonnés, sépultures par écrans interposés, cette nouvelle question du deuil via le numérique semble désormais de plus en plus légitime. 

 

Facebook, nouveau cimetière numérique 

 

Il n’est pas rare de voir nos amis Facebook ou nos connexions numériques rendre de multiples hommages à des membres de leur famille où à des proches décédés, via de longues publications ou des souvenirs sur les réseaux sociaux. Un besoin de lien social dans un contexte numérique qui prouve comment les plateformes sociales deviennent un biais pour mieux accepter le départ d’un proche. "Ce sont des nouveaux espaces que les vivants investissent au quotidien, et il n’y a donc pas de raison que l’on ne les investisse pas lors d’un décès. Les personnes vivantes vont communiquer entre elles, mais aussi s’adresser au défunt, en lui laissant des likes, des témoignages, des musiques ou des photos", raconte Martin Julier-Costes, socio-anthropologue. 

 

De son côté, la psychologue clinicienne, spécialiste de l’attachement, Marie Danet explique que le numérique "maintient la personne en vie" et "participe dans le cheminement du deuil". Au même titre qu’une tombe ou un mausolée dans un cimetière, ces nouvelles plateformes numériques rassemblent pour rendre un hommage collectif à la personne. Les personnes "vont communier dans un même lieu et se soutenir les uns les autres. Cela devient le lieu de commémoration où l’on peut se rassembler", détaille la psychologue. 

 

Le deuil numérique, eldorado des entreprises 

 

Les enjeux autour du numérique se multiplient avec l’avènement des nouvelles technologies. Dans ce contexte, les grandes entreprises américaines comme le groupe Meta – propriétaire de Facebook – et autres Gafam se sont emparés du sujet du deuil numérique. L’objectif : surfer sur cette vague de fantasme autour de l’immortalité présent dans notre société en tentant de créer des outils virtuels.

 

"Les grandes entreprises qui travaillent sur cette question de métavers, tentent de constituer des avatars qui vont correspondre aux personnes décédées pour que les proches continuent à interagir avec ces personnes", analyse Marie Danet. Pourtant, déjà aujourd’hui des outils existent. "L’intelligence artificielle récupère des données de différentes sources, comme des échanges par textes, ou autres échanges qui ont eu lieu sur les réseaux sociaux de façon à pouvoir reprendre des mots qui auraient pu être utilisés par la personne défunte", explique la psychologue clinicienne. 

 

"Les morts font partie de nos vies"

 

Rien de malsain pour autant si utilisé à bon escient. Le socio-anthropologue Martin Julier-Costes assure que cela fait partie de nos conditions d’être humain de vouloir communiquer avec les morts, que ce soit dans la prière, mais aussi sans s’en rendre compte, dans notre quotidien. "Les morts font partie de nos vies. Il y a pléthore de séries télévisées qui nous montrent des vivants qui sont en lien avec les morts. C’est aussi la même chose dans la réalité. On va reprendre les études comme nos parents l’auraient souhaité, refaire de la musique, se montrer plus studieux. On reprend les caractères de nos parents, on se nomme comme nos grands-parents, etc.", énonce le spécialiste du deuil à l’ère numérique. 

 

Cependant, s’il peut être difficile de recevoir des notifications d’un compte d’une personne décédée, Bruxelles a sommé les grandes entreprises de prendre des mesures pour faciliter la récupération, puis la désactivation d’une personne décédée. En principe, désormais, en seulement quelques clics, chaque utilisateur de son vivant peut nommer un légataire pour décider du futur de son compte. 

 

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