
Un regard chrétien sur le monde
Un regard chrétien sur le monde que portent les chroniqueurs bénévoles de RCF Lorraine, laïcs et/ou engagés en Église.
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10 septembre 2026l’Europe qui change... mais comment ?
Une chronique de François Longeron, pasteur itinérant de l'Église évangélique.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
9 septembre 2026Discours de la servitude
Ceux qui votent contre moi en subiront les conséquences, y compris au niveau des primaires. C'est la menace proférée par Donald Trump contre les rares élus républicains qui ont osé se joindre à l'opposition démocrate, notamment lors du vote sur les droits de douane. La très grande majorité s'est inclinée y compris des parlementaires qui reconnaissent en offre le caractère désastreux de la politique menée par trump et redoutent une défaite sévère lors des prochaines élections de mi-mandat Soumission volontaire donc dans une démocratie où s'opposer à Trump ne coûte que le risque pour ceux qui le prennent de ne pas être réélu, alors qu'une opposition collective des élus républicains pourrait neutraliser au moins en grande partie son pouvoir de nuisance.
Il y a là un exemple caricatural de ce qu'Étienne de la Boétie, jeune écrivain humaniste, ami de Montaigne, avait décrit dans le discours de la servitude volontaire, rédigé en 1576 alors qu'il était âgé de 18 ans. Consentement volontaire, soumission à un tyran. Trump est un tyran, même si les États-Unis sont encore une démocratie avec des contre-pouvoirs, justice, presse, élus démocrates qui tentent de lui résister. Pour la Boétie, les peuples eux-mêmes, en l'occurrence les élus républicains au Congrès des États-Unis, sont responsables de leur servitude, car ils la favorisent par leur passivité, leur complicité. Ils estiment que les tyrans sont généralement en réalité faibles et qu'il suffit, je cite, « que le pays ne consente à sa servitude ». Les recommandations qu'il fait pour cela peuvent aujourd'hui se traduire par « exercer une résistance passive ». La Boétie a pourtant écrit à une époque où il était dangereux de s'opposer au monarque et où les protestations fréquentes, notamment des paysans, dégénéraient en révolte, faute d'obtenir satisfaction et étaient réprimées dans le sang. On peut faire le même constat aujourd'hui. Qui imagine les peuples chinois ou nord-coréens s'opposer ainsi à des régimes impitoyables ? Les Russes qui ont protesté contre l'invasion de l'Ukraine sont emprisonnés, en exil ou ont été assassinés. Les citoyens ordinaires préfèrent faire semblant de croire les mensonges de Poutine. Combien d'autres exemples ! Ce refus de la servitude volontaire est en revanche possible dans nos démocraties. C'est leur faiblesse, mais aussi leur force. Des tyrans modernes, nous en observons dans le monde politique. Dans le monde du travail, dans le monde associatif, y compris chrétien, dans nos églises. C'est plus difficile à admettre pour nous précisément les chrétiens. La cupidité, le goût du pouvoir aussi, ou peut-être davantage encore, conduisent à des abus contre lesquels il est souvent difficile de lutter. Je cite encore la Boétie, « La faiblesse d'entre nous est telle qu'il faut souvent que nous obéissions à la force. » Des discours pervers entretiennent cette soumission, utilisent pour cela un procédé très efficace, la culpabilisation. On peut être accusé de ne pas être un bon patriote, de discréditer son administration, de fragiliser son entreprise, son association, son église, etc. Qui n'a pas vécu ou été témoin de ces procédés. Patrick Goujon, prêtre meusien, victime d'abus sexuels dans son enfance, a eu le courage de témoigner. Dans un remarquable interview Valacroix, il cite son éditrice « Prendre la parole, c'est briser un ordre ». Nous pouvons toutes et tous dans notre vie être confrontés à la nécessité de choisir, accepter de nous taire, de nous soumettre à une forme ou une autre de servitude, et donc cautionner les abus de pouvoir, les discours mensongers qui cherchent à les justifier, ou prendre le risque de parler, nous voir reprocher de briser un ordre et parfois en payer le prix. Lisons le discours de la servitude d'Étienne de la Boétie, lecture un peu ardue, certes, mais quelle lucidité, quelle modernité !Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
8 septembre 2026Redonner place à l'hospitalité
Culturellement l’été a été marqué par l’adaptation à l’écran de L’Odysée d’Homère par Christopher Nolan.
Le cinéaste a fait de l’hospitalité et de l’accueil de l’étranger - la loi de Zeus - le fondement d’une civilisation en bonne santé. C’est en rompant avec ces principes que les Grecs partis à Troie ont fragilisé la leur, et qu’en les détournant, les prétendants d’Ithaque mettent en danger leur propre patrie. Mais notre civilisation n’est pas seulement grecque, elle est gréco-abrahamique. Dans la Genèse -chapitre 18 - au chêne de Mambré, Abraham accueille spontanément trois inconnus de passage sous sa tente, leur lave les pieds - geste que Jésus refera avec les apôtres - et leur sert un repas.
L’ancien ambassadeur de la Palestine à l'Unesco Elias Sanbar et l’historien israélien Elie Barnavi, qui furent tous deux négociateurs des accords de paix d’Oslo, et qui coprésident le week-end prochain la 48ème édition du Livre sur la Place, s’exprime à ce sujet dans les termes suivants : « La Bible, l’Évangile et le Coran sont des textes littéraires. Le nom hébraïque de la Bible et le Coran ont la même racine, qui veut dire « lire ». Enlevez cette racine-là, et plus rien n’y existe, plus rien n’y a de sens. On se bat ailleurs pour du territoire, des ressources ou des mythes ; il n’y a que là-bas, en Terre sainte, qu’on se batte pour la signification et la véracité de textes littéraires. Mais la guerre des livres n’est pas une fatalité. Ces mêmes textes enseignent aussi la tolérance, l’humanité partagée, la vertu suprême de la paix. Il faut apprendre à les lire. L’Écriture, a proclamé un pamphlet du temps des guerres de religion françaises, est couteau de fripière, qui tranche des deux côtés. À nous d’apprendre à lui faire trancher du bon côté. »
Vous pourrez aussi rencontrer Yara El-Ghadban et Rodney Saint-Éloi qui, forts de leurs vécus et expériences, se remémorent les temps d'avant, qui d'une Palestine génocidée à une Haïti faillie, se racontent la tyrannie des puissants, le racisme, la prédation, l'ère de la techno-finance et des milliardaires, la crise climatique, la cartographie des guerres et des catastrophes.
Mais dans Les fascistes n'ont jamais compté les étoiles, ils invitent aussi à revenir aux mythes qui ont façonné le monde, afin de réimaginer ensemble l'amitié, la solidarité, la créativité, et redonner place à l'hospitalité. Une lecture nécessaire à quelques mois d’une élection présidentielle probablement confisquée par les extrêmes fascisants.
Figure incontournable de la scène musicale internationale, l’artiste israélienne Yael Naim est l’invité idéal pour clore cette 48ème édition du Livre sur la Place, qui s’annonce d'ores et déjà exceptionnelle. Dans ses mémoires, qu’elle vient d’écrire, elle relate avant tout le parcours d’une femme libre et engagée, notamment auprès des Guerrières de la paix. Depuis 2022, sous l’impulsion d’Hanna Assouline, les Guerrières de la Paix luttent contre toutes les formes de haine qui traversent la société française, et notamment le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, la haine anti-LGBT et tous les ostracismes.
Au-delà de nos frontières, elles sont mobilisées partout où les droits des femmes sont menacés et les droits humains bafoués. Ukrainiennes, Ouighours, Iraniennes, Palestiniennes, Israéliennes, Russes, RwandaisesDroits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
3 septembre 2026Quand nos toits partent en fumée
"Devant la violence du feu, nous mesurons la fragilité de notre condition humaine".Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
2 septembre 2026Plan d'évacuation en cas d'incendie
Les propositions que je fais dans mes émissions radio, dans mon livre et lors de mes conférences, ressemblent un peu à un "plan d'évacuation en cas d’incendie". Pour beaucoup de personnes, ces propositions semblent trop radicales pour être applicables immédiatement en temps de paix. Par contre, pendant certains types de crises, ce qui paraissait radical peut devenir évident et nous motiver à changer nos activités et priorités.
Dans ce podcast, j’explique les 4 leviers d’action.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
2 septembre 2026Plan d'évacuation en cas d'incendie
Les propositions que je fais dans mes émissions radio, dans mon livre et lors de mes conférences, ressemblent un peu à un "plan d'évacuation en cas d’incendie". Pour beaucoup de personnes, ces propositions semblent trop radicales pour être applicables immédiatement en temps de paix. Par contre, pendant certains types de crises, ce qui paraissait radical peut devenir évident et nous motiver à changer nos activités et priorités.
Dans ce podcast, j’explique les 4 leviers d’action.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
31 août 2026Quand la lecture est un remède contre la solitude
C'est la rentrée de septembre. Si pour beaucoup elle rime avec reprise d'une vie sociale active, elle s'accompagne aussi, pour d'autres, d'une solitude subie ou choisie. Dans un quotidien où garder le lien devient difficile, comment rompre l'isolement ?
C'est la question que pose Alain Colotte dans sa dernière chronique. Et sa réponse tient en deux mots : la lecture.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
31 août 2026Quand la lecture est un remède contre la solitude
C'est la rentrée de septembre. Si pour beaucoup elle rime avec reprise d'une vie sociale active, elle s'accompagne aussi, pour d'autres, d'une solitude subie ou choisie. Dans un quotidien où garder le lien devient difficile, comment rompre l'isolement ?
C'est la question que pose Alain Colotte dans sa dernière chronique. Et sa réponse tient en deux mots : la lecture.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
23 juin 2026"Sentir intensément notre relation au cosmos, fraterniser entre humains"
Généralement, ma dernière chronique de la saison est une invitation à une sortie estivale. Ainsi l’année dernière, je vous avais proposé de vous rendre au musée Tomi Ungerer à Strasbourg. Cette année rien de tel.
Dans ma précédente chronique, consacré à la disparition d’Edgar Morin, j’avais entre autres cité les lignes suivante de ce dernier : « Si nous ignorons le sens de la vie, au moins pouvons-nous donner un sens à la nôtre : connaître, aimer, sentir intensément notre relation au cosmos, à la Terre, à la Nature vivante, à la vie végétale des arbres et des fleurs, à la vie animale, notamment de nos cousins mammifères, fraterniser entre humains. »
Le compositeur Rone sent intensément sa relation aux cétacés, après avoir découvert que sa musique semble mystérieusement attirer ces mammifères marins. Il embarque pour une expérience singulière : tenter d’établir un dialogue musical en pleine mer avec une baleine a? bosse. Elle peut émettre pendant des heures, parfois des jours, des motifs de notes graves qui varient d’amplitude et de fréquence, en répétant des séquences cohérentes et emboîtées. Son chant personnel évolue lentement au cours des années et ne revient jamais à la même séquence de notes même après des décennies. Mais répondra-t- elle au compositeur ?
Valentin Paoli suit Rone dans sa tentative fragile et fascinante de dialogue et donne ainsi naissance à un documentaire poétique et sensoriel sur la rencontre entre la musique,
l’océan et le monde animal. Entre aventure scientifique, rêverie sonore et contemplation marine, La baleine et le musicien qui invite a? écouter autrement le vivant et a? croire encore a? la possibilité d’un lien entre les espèces est sur les écrans du Caméo, depuis le 17 juin.
Après cette expérience rare, immersive et délicate, ou? chaque son semble ouvrir un passage vers l’invisible, je vous propose de revenir aux liens humains. Dans Seuls les rebelles, qui sort le 24 juin., les liens entre Suzanne, veuve libanaise d’origine palestinienne, et Osmane, jeune migrant soudanais sans papiers, font surgir à Beyrouth une passion que tout semble rendre impossible. Cette romance fiévreuse et politique de Danielle Arbid, ou? l’amour devient un geste de liberté, n’est pas sans m’évoquer Tous les autres s'appellent Ali que le réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder a tourné en 1974.
À partir de ce même 24 juin, vous pourrez aussi aller à la rencontre de L’étrangère, Selma qui a fui la Syrie en laissant derrière elle Rami, son fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime sanglant de Bachir el Assad.
Un drame sensible et profondément humain sur l’exil, la maternité et la reconstruction. Porte? par une belle intensité émotionnelle, il mêle l’intime et le politique pour raconter le combat d’une femme qui tente de refaire sa vie sans jamais couper les liens ce qu’elle a perdu, ceux qu’elle a laissé derrière elle.
À partir du 1er juillet, vous pourrez voir le film Notre histoire, chroniques du Caire, une fresque romanesque qui traverse l’Égypte de la fin des années 1960 aux années 1980. A? travers le parcours d’Ahmed, jeune homme rêvant de devenir pianiste, et son lien épistolaire avec Liz, une Autrichienne, le film mêle avec élgance destin personnel, histoire familiale et bouleversements politiques. Il raconte la force des rêves, de la musique et des liens qui se tissent malgré la distance, les frontières et les secousses de l’Histoire. Une œuvre généreuse et émouvante, portée par le désir de croire encore aux possibles, même lorsque l’Histoire semble les contrarier.
Mine de rien, ma chronique et le Caméo vous feront tout de même voyager, tout en ne laissant pas une empreinte carbone trop grande…
Je vous souhaite un bon été, et je vous retrouve en septembre à l’occasion du Livre sur la Place.
Michel May.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
19 juin 2026L'immigration est une question de survie économique
La politique migratoire de la France est une politique à contretemps, à contresens même pourrait-on dire.
Les projections démographiques sont connues : Du fait de la baisse de la natalité, la population active française va se contracter de façon dramatique, en même temps que le nombre de retraités explosera. Ce n’est pas là affaire d’intuition. Ce sont des tendances parfaitement documentées par les économistes.
Du fait du chômage, nous avions crû que l’économie n’aurait pas besoin d’un apport de main d’œuvre étrangère. Mais la réalité est toute autre. Les étrangers occupent déjà -et par centaines de milliers- des postes que les français ne veulent plus ou pour lesquels nous n’avons pas les ressources humaines nécessaires.
Pour l’avenir, même le patronat alerte : Sans apport migratoire, ce seront au moins 150.000 postes qui, chaque année, ne pourront être pourvus. Les secteurs les plus touchés seront ceux où les recrutements sont déjà difficiles : les services à la personne, le soin aux personnes âgées, le BTP, l’hôtellerie/restauration. S’y ajouteront dans les années à venir les médecins, les infirmières, les métiers techniques et même la recherche ou l’informatique.
Certains veulent nous faire croire que l’immigration n’est qu’une question de frontières et de contrôles. En réalité, mais personne n’ose le dire haut et fort, l’immigration est d’abord une question de survie économique. Tous les pays ayant voulu mettre en œuvre des politiques populistes ou xénophobes se sont heurtés à cette réalité. En témoigne, par exemple, l’Italie de Giorgia Meloni, laquelle, à rebours de toutes ses promesses électorales, a décidé d’autoriser l’entrée sur son territoire de 500.000 travailleurs étrangers d’ici 2028.
Mais en France, nous mettons en œuvre des politiques ayant pour effet de raréfier encore une main d’œuvre déjà sous tension. Sous l’impulsion de Bruno Retailleau pour qui « l’immigration n’est pas une chance », les régularisations de travailleurs sans papiers ont, en 2025, chuté de 42%. Les admissions au séjour pour motifs économiques de 54%. L’Etat est devenu une fabrique de sans-papiers, puisque même les étrangers titulaires d’un emploi sont loin d’être assurés du renouvellement de leurs titres de séjour. Des vies alors basculent et des étrangers se retrouvent plongés dans une précarité, dont ils pensaient être sortis. Une telle politique n’a aucun sens ! Elle ne fait que broyer des hommes, désespérer les entreprises en peine de recrutements et priver nos systèmes de protection sociale de cotisations pourtant bien nécessaires.
De plus, en instillant l’idée que tous les étrangers en situation irrégulière sont des délinquants en puissance ou des extrémistes musulmans, nos politiques s’avèrent inefficaces et terriblement coûteuses. Le nombre de mesures d’éloignement prises par les préfectures sous pressions politiques grimpe d’année en année : 81.000 OQTF ont été notifiées en 2016, 123.000 en 2019, plus de 150.000 en 2025, alors qu’en Allemagne, par exemple, elles sont restées inférieures à 45.000. Il n’y a alors rien d’étonnant à ce que nous ne parvenions à éloigner que 10% des étrangers sous OQTF. Le résultat est connu : des préfectures au bord de l’implosion, des juridictions débordées, des procédures numériques de plus en plus complexes, qu’il est impossible à tout étranger de comprendre.
Les politiques d’exclusion et de haine ne produisent pourtant que des catastrophes. Il est donc temps d’ouvrir les yeux et de nous convaincre que, sans apport migratoire, c’est toute l’économie qui souffrira. Pour nos enfants et petits-enfants qui auront à en subir les conséquences, l’avenir alors sera pour le moins incertain.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
19 juin 2026L'immigration est une question de survie économique
La politique migratoire de la France est une politique à contretemps, à contresens même pourrait-on dire.
Les projections démographiques sont connues : Du fait de la baisse de la natalité, la population active française va se contracter de façon dramatique, en même temps que le nombre de retraités explosera. Ce n’est pas là affaire d’intuition. Ce sont des tendances parfaitement documentées par les économistes.
Du fait du chômage, nous avions crû que l’économie n’aurait pas besoin d’un apport de main d’œuvre étrangère. Mais la réalité est toute autre. Les étrangers occupent déjà -et par centaines de milliers- des postes que les français ne veulent plus ou pour lesquels nous n’avons pas les ressources humaines nécessaires.
Pour l’avenir, même le patronat alerte : Sans apport migratoire, ce seront au moins 150.000 postes qui, chaque année, ne pourront être pourvus. Les secteurs les plus touchés seront ceux où les recrutements sont déjà difficiles : les services à la personne, le soin aux personnes âgées, le BTP, l’hôtellerie/restauration. S’y ajouteront dans les années à venir les médecins, les infirmières, les métiers techniques et même la recherche ou l’informatique.
Certains veulent nous faire croire que l’immigration n’est qu’une question de frontières et de contrôles. En réalité, mais personne n’ose le dire haut et fort, l’immigration est d’abord une question de survie économique. Tous les pays ayant voulu mettre en œuvre des politiques populistes ou xénophobes se sont heurtés à cette réalité. En témoigne, par exemple, l’Italie de Giorgia Meloni, laquelle, à rebours de toutes ses promesses électorales, a décidé d’autoriser l’entrée sur son territoire de 500.000 travailleurs étrangers d’ici 2028.
Mais en France, nous mettons en œuvre des politiques ayant pour effet de raréfier encore une main d’œuvre déjà sous tension. Sous l’impulsion de Bruno Retailleau pour qui « l’immigration n’est pas une chance », les régularisations de travailleurs sans papiers ont, en 2025, chuté de 42%. Les admissions au séjour pour motifs économiques de 54%. L’Etat est devenu une fabrique de sans-papiers, puisque même les étrangers titulaires d’un emploi sont loin d’être assurés du renouvellement de leurs titres de séjour. Des vies alors basculent et des étrangers se retrouvent plongés dans une précarité, dont ils pensaient être sortis. Une telle politique n’a aucun sens ! Elle ne fait que broyer des hommes, désespérer les entreprises en peine de recrutements et priver nos systèmes de protection sociale de cotisations pourtant bien nécessaires.
De plus, en instillant l’idée que tous les étrangers en situation irrégulière sont des délinquants en puissance ou des extrémistes musulmans, nos politiques s’avèrent inefficaces et terriblement coûteuses. Le nombre de mesures d’éloignement prises par les préfectures sous pressions politiques grimpe d’année en année : 81.000 OQTF ont été notifiées en 2016, 123.000 en 2019, plus de 150.000 en 2025, alors qu’en Allemagne, par exemple, elles sont restées inférieures à 45.000. Il n’y a alors rien d’étonnant à ce que nous ne parvenions à éloigner que 10% des étrangers sous OQTF. Le résultat est connu : des préfectures au bord de l’implosion, des juridictions débordées, des procédures numériques de plus en plus complexes, qu’il est impossible à tout étranger de comprendre.
Les politiques d’exclusion et de haine ne produisent pourtant que des catastrophes. Il est donc temps d’ouvrir les yeux et de nous convaincre que, sans apport migratoire, c’est toute l’économie qui souffrira. Pour nos enfants et petits-enfants qui auront à en subir les conséquences, l’avenir alors sera pour le moins incertain.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
16 juin 2026"Vivre d'amour et aimer pour vivre."
Le 29 mai, Edgar Morin, un des penseurs majeurs de notre époque nous a quitté, à quelques semaines de son 105ème anniversaire.
La sociologue franco-marocaine Sabah Abouessalam Morin, son épouse a fait savoir que « Jusqu'à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres, et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée. ». Elle lui a rendu un hommage vibrant dans les termes suivants : « Son humanisme, sa sagesse et son amour des hommes traversaient les frontières et les cœurs. Mais pour moi, il restera avant tout l’homme avec qui j’ai partagé dix-sept années de vie, de travail, de voyages, de projets et d’espérance. L’homme joyeux, tendre et profondément aimant, incapable de dureté envers quiconque »
En 2024, alors âgé de 103 ans, il avait assuré la présidence de la 46ème édition du Livre sur la place.
Fidèle au concept de « pensée complexe » qu’il a fondé, il disait de lui-même : « Je suis à la fois mystique et rationnel », « La conscience d'un destin commun de l'humanité, destin fragile et menacé, a retenu toute votre attention, promouvant la nécessité d'une politique de civilisation visant à remettre l'homme au centre et non le pouvoir de l'argent. » C'est ainsi que le pape François avait salué, dans un message, le 2 juillet 2021, Edgar Morin, lors d'une cérémonie organisée à l'Unesco pour honorer le centenaire du sociologue et philosophe. Les deux hommes s'étaient rencontrés au Vatican deux ans auparavant. À cette occasion, François avait souligné « une convergence » avec l'œuvre du penseur, qui se définit comme « un incroyant radical », mais confesse : « J'ai une foi, la foi fraternitaire – à savoir dans la fraternité, donc – et le sentiment d'être inséré comme un atome dans le destin de l'humanité. Ce que j'ai acquis de plus en plus en avançant dans les connaissances, est le sens du Mystère de l'univers, de la vie, autour de nous et en nous. (…) Mais je ne nomme pas Dieu le Mystère et la Créativité. »
Dans les dernières lignes de Cheminer vers l’essentiel, paru en 2024 chez Albin-Michel, Edgar Morin donnait quelques précisions supplémentaires à Marc de Smedt : « Pour moi le mystère est omniprésent ; non seulement il nous enveloppe, mais il est en nous. Pourquoi l’univers ? Où va-t-il ? Pourquoi la vie ? pourquoi suis-je issu d’un seul spermatozoïde sur des centaines de milliers qui se sont rués vers l’utérus de ma mère ? Toute connaissance débouche sur un mystère, ou le Mystère. Et ce mystère est empreint de poésie. Si nous ignorons le sens de la vie, au moins pouvons-nous donner un sens à la nôtre : connaître, aimer, sentir intensément notre relation au cosmos, à la Terre, à la Nature vivante, à la vie végétale des arbres et des fleurs, à la vie animale, notamment de nos cousins mammifères, fraterniser entre humains. Vivre d’amour et aimer pour vivre. »
Lors de l’inauguration du livre sur la Place Edgar Morin avait dit que « le roman continue à me donner ce lien vital avec le monde, avec l’univers. Non seulement, je lis mais je relis et la volupté de relire, c’est-à-dire de redécouvrir sous d’autres aspects un livre est quelque chose d’extraordinaire, j’ai relu 93 de Victor Hugo, une œuvre magistrale. (…) j’ai relu un roman de Roger Martin du Gard, Jean Barois, qui m’a tellement influencé dans mon adolescence, et que j’ai relu sur le problème de la foi, de la religion, du sentiment religieux et de l’incroyance ».
Michel May.Droits image: Dans un regard chrétien sur le monde, les bénévoles donnent leur point de vue sur une actualité.
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