
A vrai dire...
présentée par Alain Charlier, Béatrice Ducellier, Thierry Grenet, P. Vincent de Labarthe, Anne-Cécile Suzanne, Marc Tesniere, Lecointre Vianney
Edito du jour : toute l'actualité est sujette à réflexion, nos éditorialistes partagent la leur
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3 juillet 2026Soyez progressistes, votez contre la loi Fin de vie ! Par Vianney Lecointre
Je m’excuse de revenir une fois de plus dans cette émission A vrai dire sur le projet de loi Fin de vie qui propose de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, mais le sujet est trop grave et ne semble pas retenir dans l’opinion l’attention qu’il mérite. Et on est même est en droit de se demander si les députés savent exactement ce qu’ils vont voter.
Car il ne s’agit pas d’un projet de loi de liberté. Ce qui est en jeu, ce n’est pas la liberté individuelle de demander la mort, c’est la réponse que, nous, comme société donnons à la demande de mort.
Ce n’est pas un projet de loi d’égalité : ce projet de loi n’affirme pas l’égale dignité de toutes les vies mais la conteste.
Ce n’est pas un projet de loi de fraternité ou de compassion, comme certains osent l’affirmer : c’est un projet de loi d’abandon, car accompagner les malades ou les personnes en fin de vie, c’est prendre soin d’eux et donner la mort n’est pas un soin. Il est frappant de constater à quel point, dans les discussions sur ce sujet avec des partisans de l’euthanasie, arrive rapidement l’argument du réalisme, comme quoi on n’arrive de toute façon pas à s’occuper de tout le monde, que l’on meurt déjà dans les couloirs des hôpitaux, que des mourants sont délaissés.
Dans une tribune récente, l’avocate Elisa Rojas, militante féministe elle-même en situation de handicap, estime que cette proposition de loi parachève la politique de destruction de la santé publique menée par des choix capitalistes et néolibéraux et qu’il va mettre en place un système d’oppression sur les personnes malades et handicapées en vertu du validisme, une idéologie néfaste comme quoi les personnes valides et en bonne santé sont la norme et l’idéal à atteindre. J’ai l’impression qu’il y a un mélange d’inconscience, d’irresponsabilité et d’opportunisme dans le soutien de la gauche parlementaire à cette proposition de loi, dit-elle.
Pour évaluer si une mesure est progressiste, il faut se placer du côté des plus vulnérables. Etant parisien en semaine, j’ai pu me rendre la semaine passée, en pleine canicule, au rassemblement contre ce projet de loi organisé sur l’esplanade des Invalides par l’association Les Eligibles et leurs aidants (éligibles au droit à mourir parce qu’ils remplissent les critères, on l’aura compris). Ce soir-là Dominique Potier, député socialiste de Meurthe-et-Moselle, a témoigné de son engagement contre cette loi, contre l’antihumanisme qui fleurit au temps de Trump et de Musk, contre l’ultra-libéralisme et la loi du plus fort, au nom aussi de la justice sociale et de l’écologie, pour construire un monde vivable pour tous.
Chers députés, soyez cohérents comme Dominique Potier, si vous êtes un tant soit peu progressistes, votez contre cette loi ! Je crois qu’il reste encore une chance : le 15 juillet prochain.Droits image: Lecointre Vianney
2 juillet 2026Euthanasie, par Alain Charlier
Chers auditeurs,
Qui la loi autorise-t-elle à faire mourir ?
Le 15 juillet prochain, l'Assemblée nationale devrait se prononcer définitivement sur la proposition de loi créant un droit à l’euthanasie.
Je ne prétends pas ignorer les souffrances qui conduisent certains à souhaiter cette évolution. Elles existent. Elles sont parfois insupportables. Elles appellent toute notre compassion et un développement résolu des soins palliatifs.
Une question me travaille.
Pendant des siècles, notre droit s'est construit autour d'un principe simple : la loi protège la vie humaine. Demain, pour la première fois, elle pourrait prévoir les conditions dans lesquelles une personne pourra recevoir une substance destinée à provoquer sa mort.
Robert Badinter avait consacré une grande partie de sa vie à défendre l'idée que l'État ne devait pas donner la mort. Son combat contre la peine capitale reposait sur une conviction : la dignité humaine
impose des limites au pouvoir de la loi.
Aujourd'hui, le contexte est évidemment différent. Il ne s'agit ni d'un condamné ni d'un criminel. Il s'agit d'un malade. Mais la question demeure : jusqu'où la loi peut-elle aller lorsqu'elle touche au
pouvoir de donner la mort ? Et qu’en sera-t-il demain de la définition du mot malade ?
Notre société risque de franchir une frontière anthropologique majeure. Lorsque la mort devient un acte prévu, organisé et encadré par la loi, c'est notre conception même du soin qui est interrogée.
Je pense à tous les soignants qui ont choisi leur métier pour accompagner, soulager, consoler, sans jamais provoquer la mort. En particulier aux établissements tenus par des congrégations religieuses
qui quitteront le sol français pour échapper à cette loi mortifère. Je pense aussi aux plus fragiles, qui pourraient un jour se demander s'ils sont encore un poids pour leurs proches ou pour la société.
Une civilisation se juge à la manière dont elle traite les plus vulnérables. Souhaitons que, dans ce débat, notre premier réflexe demeure celui de la solidarité, de l'accompagnement et de l'espérance, plutôt que celui d'abréger une vie.Droits image: Alain Charlier
29 juin 2026Pour un noviciat de fiançailles à la France, par Marc Tesnière
Pour un « noviciat » migratoire, sorte de « fiançailles » à la France
Amis de RCF - Notre Dame, bonjour ! J’aimerais vous parler de la question migratoire, un sujet à mon avis mal traité qui mériterait peut-être une nouvelle réflexion inspirée par exemple des fiançailles ou du « noviciat ».
Si l’on trouve magnifique de prendre le temps de se préparer à une vie nouvelle, d’engagement ou d’alliance, pourquoi ne pas adapter la démarche à l’étranger migrant ? S’il désire s’installer en France et y construire une relation durable, ce n’est quand-même pas la même chose que s’il nous visite en simple client ou en touriste !
A vrai dire, ce que nous vivons dans nos familles avec nos enfants peut nous éclairer. Si l’étranger demande la nationalité française, cela implique un pacte solide d’amitié dans lequel tout esprit de conquête doit être banni. Notre mère-patrie peut s’offrir mais elle n’a pas à se laisser prendre de force.
On pourrait même aller plus loin. Pour ceux qui peinent à s’intégrer, l’étape pourrait ressembler à une sorte de « purgatoire », un sas de vérité pour mettre le désir à l’épreuve. En effet, partager une nationalité commune nécessite une volonté d’alliance, libre et réciproque, comme Booz a su le faire avec Ruth.
Je crois que notre cher pays, que nous ne voulons pas voir défigurer, aurait tout à gagner, dans une ouverture généreuse, à retrouver le sens d’un accueil exigeant. Prendre au sérieux nos relations futures n’est pas un manque de charité mais une marque de respect. En demeurant « ouvert à tous » sans être ouvert à n’importe quoi, en proposant un pacte de fidélité par un acte de liberté volontaire, en demandant à nos hôtes de revêtir « le vêtement blanc » de l’alliance, on développe une culture de qualité qui donne un vrai sens au « vivre ensemble ».
Cette démarche se comprend comme une sorte de classe préparatoire
permettant une intégration par étape. Ce chemin d’accès sera plus ou moins long selon le rythme de chacun. Certains hélas ne réussiront pas à passer le cap mais je crois que cette pédagogie est nécessaire à la paix commune.
Les épreuves à passer sont diverses : la langue française, les bons usages
d’une vie paisible et harmonieuse, les codes de fraternité universelle...Nul besoin d’avoir fait de grandes écoles pour comprendre les attentes d’une société qui demande à chacun de travailler au bien commun. C’est comme cela qu’on construit une civilisation d’amour et de vérité. A bientôt !
Résumé de l’édito : Noviciat, fiançailles et purgatoire peuvent éclairer le parcours d’accueil des migrants en vue de construire une alliance d’amour et de vérité.Droits image: Tesnière Marc
24 juin 2026« Ah le mois de juin » par Thierry Grenet
Ah le mois de juin ! Le mois de juin c’est chaud, et même très chaud !
Je vous accorde chers auditeurs que ce jeu de mots était facile en ce jour de canicule exceptionnelle !
Mais à vrai dire, je ne voulais pas parler de température, mais plutôt de nos agendas. En effet, au mois de juin beaucoup d’événements s’accumulent, voire même se télescopent : mariages, professions de foi, spectacles de fin d’année, kermesses, fête de la musique, période d’examens pour les jeunes, et fête des pères. Sans compter tous les rendez-vous de bilans en tout genre, le plus souvent autour d’un dîner, d’un barbecue ou d’un apéro convivial.
Chacun de ces événements est selon moi à ne pas louper car ils sont la preuve, pour ne pas dire la rançon, de notre désir de vivre ensemble et de faire la fête. C’est plutôt rassurant de se dire qu’on est encore capable de se réjouir, de rire, de chanter, d’applaudir, de s’embrasser dans un monde où le climat est plutôt maussade, même si le soleil brille généreusement.
Alors profitons largement de toutes ces rencontres où circulent dialogue, reconnaissance, remerciements, amitié et amour. Et surtout de grâce, ne nous plaignons pas ! En effet, si nous sommes débordés par toutes ces sollicitations, considérons plutôt que nous avons bien de la chance d’avoir un tissu social aussi riche. Beaucoup n’ont pas cette chance et leur agenda reste peut-être vide.
Et puis, pour beaucoup d’entre nous, prenons le temps de goûter la chance que nous avons de pouvoir répondre à la question : « Tu fais quoi pendant les vacances ?
Tu pars où ? ». De fait, si vous mettez un quart d ’heure à expliquer votre périple estival bien rempli, alors non ne vous plaignez pas, partagez juste votre enthousiasme.
A vrai dire, le mois de juin est un joli mois. Les regards se croisent, les cœurs se réjouissent, notre humanité bat son plein. Vivons joyeusement cette période et sollicitons ceux qui sont juste à côté de nous, et qui attendent eux aussi d’être invités.Droits image: Thierry Grenet
23 juin 2026Vous êtes insatisfaits ? Tant mieux ! Par Marie-Thérèse Pernod
À travers l'anime Prism Rondo et la sagesse de Saint François de Sales, cet édito montre que la peur de la médiocrité n'est pas un échec, mais le moteur même de notre création et de notre vie spirituelle. L'insatisfaction devient alors une boussole humble et puissante qui nous pousse, chaque matin, à reprendre le pinceau, la prière ou le micro.Droits image: RCF Haute Normandie
19 juin 2026Du défaut d’application du principe de subsidiarité, par Vianney Lecointre
Sur l’antenne de RCF et dans cette rubrique A vrai dire, a été déjà plusieurs fois évoquée l’encyclique Magnifica humanitas qu’a publiée le Saint Père, et notamment son appel à maîtriser l’Intelligence Artificielle pour protéger la personne humaine. Cette encyclique est évidemment destinée à devenir une brique essentielle de la Doctrine sociale de l’Eglise qui, explique le pape, n’est pas un recueil de normes mais un chemin de discernement.
Et, comme il convient, Léon XIV commence par y rappeler des éléments de l’enseignement de l’Eglise pour bien montrer qu’il s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs. Il consacre ainsi plusieurs paragraphes à la notion essentielle de subsidiarité. Le principe de subsidiarité invite à laisser toute sa place au tissu associatif et communautaire, à faire en sorte que les choix soient pris au niveau le plus proche possible des personnes concernées, de sorte qu’ils soient les plus créatifs possibles et respectueux de la dignité de chacun.
Dans cette logique, l’Etat doit veiller au bien commun, mais sans se substituer de manière stable à la responsabilité des corps intermédiaires et des réalités sociales. Prenons des exemples :
En France, l’indispensable réforme des retraites n’aurait pas dû être menée à la hussarde mais plutôt en y associant les syndicats, notamment le premier d’entre eux, la CFDT, faute de quoi on a abouti à la situation inextricable dans laquelle nous sommes actuellement.
Il n’aurait jamais fallu, par la suppression de la taxe d’habitation, priver les collectivités locales d’une partie de leurs ressources propres, donc de leur autonomie et de leurs capacités d’innovation pour résoudre certains problèmes sociaux dans la proximité.
Pour ce qui concerne l’actuel projet de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, on devrait écouter les professionnels de la fin de vie que sont les soignants, or jamais le texte n’a bougé d’une ligne pour intégrer leurs inquiétudes.
La démocratie, ce n’est pas que la loi du plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. Le pape nous rappelle qu’elle se caractérise aussi par la recherche du consensus et l’écoute des corps intermédiaires. Quand ceux-ci sont méprisés, en particulier sur des sujets graves, la démocratie s’en trouve abîmée.Droits image: Lecointre Vianney
18 juin 2026Dialogue intergénérationnel, par Alain Charlier
Chers auditeurs,
« Les jeunes ne respectent plus rien. » « Les anciens ne comprennent pas le monde d’aujourd’hui. »
Qui n’a jamais entendu, ou même prononcé, une phrase de ce genre ?
Mardi 9 juin dernier, j’ai participé à une rencontre organisée à Rouen par l’Institut Catholique de Paris sur le dialogue intergénérationnel. Je m’y suis posé une question : existe-t-il des invariants dans les générations qui se succèdent, au cœur même de leurs contrastes ?
La question mérite d’être posée, car les tensions entre jeunes et anciens ne datent pas d’hier.
Hésiode s’insurgeait ainsi : « Je n'ai plus aucun espoir pour l'venir de notre pays si la jeunesse d'aujourd"hui prend demain le pouvoir... ». Le problème est donc moins l’existence des différences que notre manière de les vivre.
Nous avons besoin de toutes les générations : de celles qui viennent du monde d’hier et de celles qui construiront le monde de demain. Les unes portent l’expérience, la mémoire, les leçons parfois chèrement acquises. Les autres apportent l’élan, l’innovation, le regard neuf et la capacité
d’inventer.
Ce qui change peut-être aujourd’hui, c’est la nature du savoir et son accès. Pendant des siècles, les aînés détenaient une grande partie des connaissances utiles à la vie. Désormais, une immense
quantité d’informations est accessible en quelques secondes sur Internet. Les plus jeunes s’y déplacent souvent avec une aisance qui impressionne leurs aînés.
Mais disposer d’une information n’est pas encore posséder la sagesse. Entre le vrai et le faux, l’utile et l’inutile, le fiable et le trompeur, le discernement reste indispensable. Et ce discernement s’acquiert souvent avec l’expérience.
Lors de cette rencontre, trois verbes ont été proposés : comprendre, transmettre et coopérer.
Comprendre ce que vit l’autre génération. Transmettre ce que nous avons reçu. Coopérer pour construire ensemble.
Au fond, le défi n’est pas de savoir quelle génération a raison. Il est de reconnaître que chacune détient une part de vérité dont l’autre a besoin. Et qu’aucune société ne grandit durablement lorsque les générations se tournent le dos au lieu de se tendre la main.Droits image: Charlier Alain
15 juin 2026Notre Eglise, en marche près du monde... parfois en marge, par Marc Tesnière
Amis de RCF Notre Dame bonjour ! La saison des marches-pèlerinages a
bien commencé. On voit une Eglise en mission sur le chemin de vie, à la recherche du beau, du vrai et du bien commun. Ça a quand-même une autre allure que les casseurs qui se rassemblent le soir sur les Champs Elysée ! cette année encore, en regardant les « pèlerins de Pentecôte » vers Chartres ou les « marcheurs pour Jésus » le 6 juin, pour ne prendre que ces exemples on reste impressionné par la paix et la joie dont ils rayonnent.
Cette belle tradition de la marche trouve je crois son origine dans l’Exode, ce chemin de libération des servitudes. Quant à nous, notre chemin se poursuit en « synode » c’est à dire une marche commune, en Eglise, pour nous préparer au passage vers la lumière du Royaume, sans trop nous occuper des sondages d’opinion. Car si l’Eglise est « dans le monde », elle ne suit pas le monde. Elle suit le Christ, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie... et qui nous offre son alliance.
L’Eglise ne sélectionne pas les invités à la noce. Mais l’Alliance nécessite
une adhésion de notre part, en revêtant le « vêtement blanc ». Par ailleurs, si l’Eglise se veut « hôpital de campagne », je crois qu’il faut que nous apportions nous-mêmes une réelle envie d’être soignés, d’être guéris, d’être sauvés.
Nous faisons partie d’un même corps qui vit son unité dans l’amour filial,
familial et fraternel... et non dans la recherche d’une synthèse démocratique.
C’est la prière qui nous unit et c’est ainsi que nos multiples diversités peuvent sortir de la cacophonie pour trouver la cohésion d’un orchestre symphonique. La barre est haute, je vous l’accorde...Mais notre Eglise nous accueille tous dans une sorte de fédération de pécheurs, de pécheurs pardonnés (ouf).
Il est illusoire de nier son péché ou ses imperfections. A l’opposé, se laisser écraser par le mal est une voie de désespérance. Voilà pourquoi nos « pasteurs », à la suite du « Bon Berger » nous attendent pour nous conduire vers Celui qui est « la Porte », une porte de miséricorde et non une porte de soumission.
L’Eglise devient ainsi un lieu de vérité et non de condamnation. Et dire que nous faisons parfois la fine bouche et que d’autres s’épuisent dans les luttes en tous genres en ne se rassemblant que pour détruire. Quel mystère, celui du mal !
Alors je crois que nous pouvons faire confiance à une Eglise qui nous libère des complexes de supériorité... mais aussi d’infériorité. Merci à elle A bientôt.Droits image: Tesnière Marc
11 juin 2026Léon XIV, défenseur des sciences humaines et sociales, par Mahaut Herrmann
Dans son encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV a consacré un sous-chapitre à la défense des sciences humaines et sociales et à leur intérêt pour la compréhension de la société. Il a renouvelé son soutien à la recherche lors de son voyage à Madrid. Loin d'être une absurdité, cette position de Léon XIV s'inscrit en réalité dans la tradition de l'Église, même si l'Église catholique n'est pas épargnée par l'anti-intellectualisme populiste à la mode.Droits image: ©Gerd Altmann de Pixabay
9 juin 2026"Faire l'amour à Dieu" : blasphème ou cri du cœur ? par Marie-Thérèse Pernod
Partant d’une phrase provocante d’un ami voulant « faire l'amour à Dieu », cet édito explore les ponts surprenants entre la sexualité humaine et la mystique chrétienne. À travers les extases de sainte Thérèse d'Avila, il rappelle que le désir de fusion charnelle n'est peut-être que le reflet imparfait d'une soif d'absolu.Droits image: Marie-Thérèse Pernod
5 juin 2026Crise du logement et aménagement du territoire, par Vianney Lecointre
La crise du logement pourrait bien s’imposer comme l’un des thèmes de la future campagne électorale. Que ce soit à l’achat ou en location, de plus en plus de Français rencontrent aujourd'hui des difficultés pour se loger, et le nombre de demandes de logements sociaux n’a jamais été aussi élevé.
Cette crise a des conséquences multiples dont la plus visible et la plus dramatique est la multiplication des sans-abris dans nos villes. Mais elle retarde aussi la prise d’indépendance de bien des jeunes adultes quand louer un deux-pièces standard peut absorber les deux tiers du salaire médian d’un débutant dans la vie professionnelle. Cela creuse les inégalités entre les générations, nourrit des ressentiments, en même temps que cela contribue à faire baisser la natalité et à obérer l’avenir de la société
Je ne veux pas revenir ici sur les multiples causes économiques de cette crise mais pointer un déséquilibre : on estime qu’il faudrait construire 160.000 logements de plus que ceux qui sont mis en chantier annuellement en France pour faire face à la demande, mais d’un autre côté, d’après la Cour des Comptes, il y aurait 3,1 millions de logements vacants en France. Alors, évidemment, il est immédiatement pointé qu’un grand nombre le sont dans des zones « détendues », c’est-à-dire en décroissance démographique, et ne sont pas vraiment là où sont les besoins.
Mais il me semble que c’est là qu’est l’os ! Cela pose la question de l’aménagement du territoire dont plus personne ne parle. Ce n’est pas seulement au fin fond de la Creuse, mais aussi dans nos villes, préfectures ou sous-préfectures, que se multiplient spectaculairement les panneaux « à vendre ». Si bien de nos départements dits ruraux perdent de la population, c’est parce que l’industrie en est partie et que l’on y a supprimé beaucoup de services rapatriés dans les métropoles régionales.
La France s’est longtemps caractérisée, en dehors de Paris, par un réseau resserré de villes moyennes. Mais, depuis des décennies, les politiques ont cherché à favoriser une forme de métropolisation qui devait, soi-disant, permettre une meilleure compétitivité du pays dans un monde globalisé. Il serait temps de s’interroger sur la pertinence de cette idéologie. Si les gens partent vivre dans des villes où ils ont des difficultés pour se loger, ce n’est pas vraiment un choix, c’est souvent parce qu’ils y sont contraints. Ce ne serait pas aberrant de chercher plutôt à déconcentrer les activités et à valoriser l’ensemble de nos territoires aujourd’hui trop délaissés par exemple par les services publics. Cela contribuerait assurément au bonheur collectif !Droits image: Lecointre Vianney
4 juin 2026Protéger les plus faibles, par Alain Charlier
Chers auditeurs,
Ces dernières semaines, le débat sur la fin de vie est revenu avec force dans l'actualité.
Et je constate une chose : beaucoup de personnes favorables à l'euthanasie ne sont pas mues par un désir de mort. Elles expriment plutôt une peur. La peur de souffrir. La peur de dépendre. La peur de
devenir un poids pour leurs proches. Cette peur mérite d'être entendue et respectée.
D'autant plus que notre pays accuse un retard important dans le développement des soins palliatifs.
Trop de Français n'y ont pas accès alors qu'ils devraient pouvoir être accompagnés jusqu'au bout avec compétence, soulagement de la douleur et présence humaine.
Mais une question demeure.
Lorsqu'une société autorise qu'un médecin provoque délibérément la mort d'un patient, que change-t-elle au juste ?
Car la mission première de la loi est de protéger, particulièrement les plus faibles. Ceux qui doutent, ceux qui sont vulnérables, ceux qui pourraient un jour se demander s'ils coûtent trop cher, s'ils
prennent trop de place ou s'ils ne feraient pas mieux de disparaître.
Les défenseurs de l'euthanasie affirment souvent qu'il sagit d'un choix individuel. Pourtant, une loi ne concerne jamais seulement ceux qui la demandent. Elle modifie le cadre commun dans lequel
nous vivons tous.
C'est pourquoi je m'interroge également sur la méthode. Sur un sujet aussi fondamental, qui touche à la vie, à la mort et à la conception même de notre humanité, pourquoi cette impression d'accélération alors que le pays demeure profondément partagé ? Pourquoi ne pas prendre
davantage de temps ? Pourquoi ne pas consulter directement les Français par référendum ?
Depuis toujours, l'Église rappelle que toute vie humaine possède une dignité inaliénable, de son commencement à son terme naturel. Dans une société qui valorise souvent la performance et l'autonomie, peut-être avons-nous besoin de redire ceci : la valeur d'une personne ne diminue jamais lorsque sa fragilité augmente.Droits image: Alain Charlier
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