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Saint Polycarpe
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Saint Polycarpe

Un article rédigé par Jean-Luc Moens - 1RCF Belgique, le 23 mars 2023  -  Modifié le 20 février 2024

Disciple de saint Jean, Polycarpe a témoigné de sa foi dans la résurrection jusqu'au don total de sa vie.

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Le 23 février, nous fêtons un célèbre martyr qui est aussi ce qu’on appelle « un père apostolique ». Il est père de l’Église, c’est-à-dire qu’il a vécu une vie sainte pendant les premiers siècles du christianisme, qu’il a professé la doctrine chrétienne et qu’il a reçu pour cela l’approbation de l’Église. Le titre d’apostolique signifie qu’il a connu directement un des apôtres.


Ce martyr est le deuxième évêque de Smyrne (l’actuelle Izmir en Turquie), saint Polycarpe, disciple de l’apôtre saint Jean, mort brûlé vif à l’âge de 86 ans probablement vers l’an 155 de notre ère. Nous avons des renseignements sur saint Polycarpe par son disciple Irénée qui fut évêque de Lyon et qui l’a connu dans sa jeunesse. Irénée affirme dans sa Lettre à Florinus avoir reçu la foi par Polycarpe ainsi que sa connaissance de la tradition johannique. Nous est aussi parvenu le récit du martyre de Polycarpe qui est un document important que je citerai beaucoup dans la suite. Il s’agit de L'Épître des chrétiens de l'Église de Smyrne aux autres églises, l'un des plus anciens mémoriaux de la littérature chrétienne.

 

Son histoire

 

On ne sait pas grand-chose de la naissance de Polycarpe. On calcule la date de sa naissance à partir de l’évaluation de la date de sa mort telle qu’elle est décrite dans le récit de son martyre. Polycarpe serait né vers l’an 70 dans une famille chrétienne qui n’est pas d’origine juive. On le sait par une confidence de Polycarpe lui-même dans sa lettre aux Philippiens où il confesse ne pas connaître très bien l’Ancien Testament. Il a été baptisé jeune, encore enfant.
On ne sait pas quand Polycarpe a été sacré évêque, à la suite de Boucolos, premier évêque de la ville. Il est déjà évêque lorsque Ignace d’Antioche passe par Smyrne sur la route de son martyre. Je vous rappelle que l’évêque saint Ignace d’Antioche a été condamné  mourir dévoré par les bêtes sauvages à Rome et qu’il nous a laissé de magnifiques lettres que Polycarpe va lui-même diffusé en Asie Mineure et participer ainsi à la conservation de ces lettres jusqu’à nos jours. Ignace d’Antioche passe par Smyrne aux environs de l’an 107. Polycarpe est un jeune évêque à cette époque ; il a environ 40 ans.


Outre son martyre, il y a trois éléments connus avec certitude dans la vie de Polycarpe.


Le premier est son combat pour la vraie foi

 

Polycarpe, comme beaucoup de pères de l’Église, a combattu les hérésies et défendu la foi apostolique. Il s’appuyait sur l’exemple de son maître, l’apôtre saint Jean. Irénée raconte : « Certains ont entendu Polycarpe conter que Jean, le disciple du Seigneur, étant allé aux bains à Éphèse, aperçut Cérinthe à l’intérieur ; alors, sans se laver, il bondit hors de l’établissement : “Sauvons-nous, dit-il, de crainte que les bains ne s’écroulent puisque Cérinthe, l’ennemi de la vérité, est à l’intérieur !” » (Irénée, Adv. haer. III, 3, 4). On voit que, déjà du temps des apôtres, il y avait des hérésies à combattre… ou à fuir !

Le deuxième fait historique qui regarde la vie de Polycarpe est sa rencontre avec le pape Anicet à Rome

 

La rencontre est amicale, respectueuse et cordiale. Un des points discuté est la date de Pâques qui est déjà différente en Orient et en Occident. L’évêque de Rome et l’évêque de Smyrne n’arrivent pas à se mettre d’accord mais se quittent bons amis.

 

Le troisième fait historique est la lettre que Polycarpe a écrite aux Philippiens

 

C’est grâce à cette lettre que nous avons aussi conservé les lettres d’Ignace d’Antioche, en route vers son martyre. Polycarpe écrit en effet :


« Nous vous envoyons les lettres d’Ignace, comme vous nous l’avez demandé, celles qu’il nous a adressées et toutes les autres que nous avons chez nous. Elles sont jointes à la présente lettre et vous pourrez en tirer grand profit, car elles renferment foi, patience et toute édification en Notre-Seigneur. Faites-nous savoir ce que vous aurez appris de sûr au sujet d’Ignace et de ses compagnons. »

 

Nous arrivons maintenant à ce qui a rendu Polycarpe célèbre : son martyre

 


Ce martyre nous est raconté en détail dans une lettre que l’Église de Smyrne adresse à l’Église de Philomélium et à toutes les chrétientés du monde appartenant à l’Église catholique. Cette lettre a été écrite moins d’un an après le martyre de Polycarpe. On s’accorde en général à voir dans ce document le plus ancien exemple connu et le plus beau des « Actes des martyrs », mais aussi un document fiable écrit par un témoin oculaire de la mort du saint évêque.

Nous sommes au temps de Marc-Aurèle, l’empereur philosophe. Une persécution éclate. On cherche le vieil évêque qui se cache dans la campagne. On finit par le trouver sur la dénonciation d’un jeune esclave qui cède sous la torture.
Interrogé par le proconsul, il est invité à renier sa foi.

Il répond : « Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a jamais fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ? »

Les actes du martyre affirment que « Polycarpe donna ces réponses avec joie et assurance. Son visage rayonnait de la grâce divine. Ce n’était pas lui que l’interrogatoire avait troublé, mais le proconsul. »

La foule s’excite contre l’évêque et crie : « Le voilà, le docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux, celui qui, par ses enseignements, détourne tant de gens de sacrifier et d’adorer. »

On veut le clouer sur le bûcher, il refuse en disant : « Celui qui me donne la force d’affronter le feu me donnera aussi celle de rester immobile sur le bûcher sans qu’il soit besoin de vos clous. »

Sur le bûcher, Polycarpe fait cette magnifique prière :


Seigneur, Dieu tout-puissant, père de Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé et béni, qui nous a appris à te connaître, Dieu des Anges, des Puissances et de toute la création, Dieu de toute la famille des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs et d’avoir part avec eux au calice de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint ! Puissé-je, aujourd’hui, être admis en ta présence, avec eux, comme une victime grasse et agréable, de même que le sort que tu m’avais préparé, que tu m’avais fait voir d’avance, tu le réalises maintenant, Dieu de vérité, Dieu exempt de mensonge ! Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel grand-prêtre du ciel, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé, par qui, à toi, avec lui, dans l’Esprit Saint, soit gloire maintenant et dans les siècles à venir. Amen.


Tout le récit du martyre de Polycarpe est une proclamation de la foi en la résurrection. Polycarpe ne va pas à la mort. Il va vers la vie ! Pour la première Église, c’est clair : les martyrs ne vont pas à la mort, mais par leur mort, unie à la passion du Seigneur, ils vont à la résurrection, en participation à celle du Seigneur.

Puissions-nous aujourd’hui avoir une telle foi forte dans la résurrection des morts : nous aussi, nous sommes créés pour la vie et la vie éternelle ! 
 

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