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Saint Jean de Dieu
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Saint Jean de Dieu

Un article rédigé par Jean-Luc Moens - 1RCF Belgique, le 15 mars 2022  -  Modifié le 15 mars 2022

Un géant de la charité qui demandait de l'aide aux gens en disant : « Faites-vous du bien à vous-mêmes, frères, par amour de Dieu ! »

Saint Jean de Dieu Saint Jean de Dieu

Nous sommes à Grenade, le 20 janvier 1539.


C’est la fête de saint Sébastien, une grande fête pour la ville.
En outre, un grand prédicateur est venu dans la ville. Il s’adresse à la foule à l’Ermitage des Martyrs : c’est Jean d’Avila qui sera lui aussi canonisé et même proclamé docteur de l’Église. C’est un mystique qui a été le directeur spirituel de Thérèse d’Avila et l’a aidée à valider sa propre expérience mystique. Donc un très grand homme. Ses prédications attirent les foules parce qu’il touche les gens au cœur.

 

Un homme en particulier a été transpercé par le sermon de Jean d’Avila. Il a 44 ans. Il a mené jusqu’à présent une vie aventureuse où a exercé plein de métiers. Actuellement, il est libraire. Par le sermon de Jean d’Avila, il réalise la vanité de sa vie. Il se roule par terre, il s’arrache la barbe, il crie de toutes ses forces vers le Seigneur : « Miséricorde ! Miséricorde, Seigneur Dieu, aie pitié de ce grand pécheur qui t’a offensé ! » Un attroupement se forme autour de cet homme qui semble être devenu fou. Les enfants lui jettent des pierres. Ils crient « au fou ! au fou ! ». Les gens le sifflent, lui envoient toute sorte de quolibets.

 

Notre homme ne se calme pas. Il continue à se comporter de manière bizarre pendant les jours qui suivent. La populace l’agresse. Alors deux hommes de bonne volonté essaient de le soustraire à l’agressivité du peuple. Pour cela, il emmène cet homme dans l’Hôpital Royal où on soigne les fous. Je dis qu’on les soigne, oui, mais avec les techniques de l’époque : on les fouette, on leur donne des bains forcés d’eau glacée. Mais notre homme endure tout cela avec joie, par amour de Jésus Christ. Pendant plusieurs jours, il est attaché comme un fou dangereux. Il réalise dans son corps le traitement qu’on inflige aux malheureux qui souffrent de troubles psychologiques. Alors il fait cette prière : « Jésus Christ, donne-moi le temps et fais-moi la grâce d’avoir un hôpital. Je recueillerai les pauvres abandonnés et ceux qui ont perdu la raison et je les servirai du mieux que je pourrai. »

 

Quand l’homme se calme, on le détache et il se met à servir les malades de l’hôpital avec beaucoup d’amour. Les infirmiers se félicitent probablement de l’efficacité de leurs traitements de choc. Mais la vérité, c’est que notre homme a été transformé par la grâce de Dieu.
Qui est cet homme ?
C’est un portugais, émigré en Espagne, João Cidade, que bientôt tout le monde va appeler Jean de Dieu.

 

João Cidade

 

Il nait au Portugal en 1495 près de la ville d’Evora, dans une famille qui a été importante mais qui s’est appauvrie. À l’âge de 8 ans, il suit un vagabond qui l’emmène à Madrid. Les circonstances de cette fugue ne sont pas très claires. Peut-être un enlèvement d’enfant ? On ne sait pas. J’imagine pour ma part la détresse des parents du petit João.

Mais, en chemin, l’enfant perd le compagnon qui l’emmène. Il se retrouve seul. Il est récupéré par l’intendant du comte d’Oropesa dans la région de Tolède. Il est accueilli dans cette famille et devient berger.

Il s’engage à 27 ans dans l’armée de Charles Quint, participe à la bataille de Fontarrabie. Il frôle la mort deux fois, tombe de cheval et fait même de la prison. Puis il se réengage en 1532 et il participe à la bataille de Vienne contre les Turcs de Soliman le Magnifique.
À son retour de la guerre, il décide d’essayer de retrouver ses parents. Malheureusement, il découvre qu’ils sont morts. Il part pour l’Afrique du Nord. Là, il participe à la construction des fortifications de la ville de Ceuta, dans le Maroc espagnol. Finalement il aboutit à Grenade où il tient une petite librairie.

C’est là qu’a lieu sa conversion spectaculaire que je vous ai racontée.

Nous sommes donc en 1539. Lorsqu’on permet à Jean de quitter l’hôpital, il décide de partir en pèlerinage au sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe, un célèbre sanctuaire marial espagnol, situé à 300 km de Grenade. Il ne se déplace que pieds nus. Il mendie pour pourvoir à sa nourriture, mais il donne l’essentiel de ce qu’il reçoit aux pauvres.


De retour à Grenade, il loue une maison pour accueillir les pauvres. L’hiver commence. Jean récupère sous les ponts et les porches tous les pauvres qui grelotent et les installent au chaud dans sa maison. Le soir, il sort dans les rues avec un grand panier sur le dos et une casserole dans chaque main. Il en appelle à la générosité des gens. Mais il le fait d’une manière très originale.

Il crie :

Faites-vous du bien à vous-mêmes, frères, par amour de Dieu !

Cette phrase qu’il a répétée des milliers de fois est devenue le nom de sa congrégation en italien. On les appelle les Fatebenefratelli, c’est-à-dire faites bien frères !


Jean de Dieu a raison : si nous sommes généreux avec les pauvres, nous nous faisons du bien à nous-mêmes car nous accumulons un trésor dans le ciel, là, où il n’y a ni mite ni  ver qui consument, ni voleurs qui perforent et cambriolent (cf. Mt 6).
Grâce à ses quêtes en soirée, Jean arrive à nourrir ses protégés. Il devient célèbre par sa charité dans toute la ville de Grenade. L’évêque de Grenade lui suggère de s’appeler Jean de Dieu. Le peuple adopte immédiatement ce nom.

Un premier compagnon se manifeste. C’est Antoine Martin, un homme assoiffé de vengeance qui est venu à Grenade pour réclamer la justice, et si possible la mise à mort, de l’assassin de son frère, appelé Pierre Velasco. Antoine est touché par la charité de Jean de Dieu. Il commence à l’aider… et il se convertit ! À la fin de 1546, il pardonne à Pierre Velasco et le fait libérer. C’est ainsi que Antoine et Pierre, deux ennemis jurés, deviennent les premiers disciples de Jean de Dieu.

Jean est favorisé de grâces mystiques comme la couronne d’épines qu’il reçoit de la Vierge Marie et dont il garde les stigmates jusqu’à la fin de sa vie. Il connaît l’angoisse de l’endettement systématique pour ses pauvres. Quand il sent la mort approcher, il écrit tous les détails de ses dettes : le nom des débiteurs et les montants dus. C’est son testament. 
Le 8 mars 1550, à l’âge de 55 ans, épuisé par les privations, Jean de Dieu rend son âme à Dieu. Il sort de son lit et s’agenouille. Ses dernières paroles sont « Jésus, Jésus, je me confie à toi »… et il meurt à genoux, dans cette attitude de supplication si souvent prise au cours de sa vie.

Au moment de sa mort, Jean de Dieu a autour de lui 5 frères. Leur nombre va grandir et ils deviendront en 1690, « Ordre hospitalier de saint Jean de Dieu »
Saint Jean de Dieu est patron des malades, des hôpitaux, des infirmiers et infirmières.
 

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