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Pier Giorgio Frassati
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Pier Giorgio Frassati

Un article rédigé par Jean-Luc Moens - 1RCF Belgique, le 1 août 2023  -  Modifié le 1 août 2023

Considéré comme un raté par ses parents, Pier Giorgio a rassemblé des milliers de pauvres à ses obsèques.

Domaine public (Wikipedia) Domaine public (Wikipedia)

Pietro Giorgio Michelangelo Frassati est né à Turin le samedi Saint 6 avril 1901. Comme la naissance a été difficile, il reçoit le baptême le jour de Pâques. Mais le sacrement est aussi célébré officiellement le 5 septembre 1901. La famille de Pier Giorgio fait partie de la haute bourgeoisie turinoise. Alfredo, le père, est avocat et se déclare agnostique. Il fonde le célèbre journal « La Stampa » (ce qui signifie la presse), un journal qui existe toujours aujourd’hui. Il en est le fondateur et le rédacteur en chef. En 1913, il est élu sénateur. C’est le plus jeune sénateur du pays. Il est nommé ambassadeur d’Italie à Berlin de 1920 à 1922.
Adélaïde Ametis, la maman de Pier Giorgio, est artiste-peintre. C’est une femme ferme, rigoureuse et exigeante. Elle est catholique pratiquante, mais par convention. Plus tard, elle ne comprendra pas la ferveur religieuse de son fils. Alfredo et Adélaïde ont trois enfants : Elda, née deux ans avant Pier Giorgio, est morte à 8 mois. Luciana naît en 1902 et entretient une grande complicité avec son grand frère. Elle mourra à l’âge de 105 après avoir consacré une grande partie de sa vie à faire connaître la sainteté de son frère.

 

 

Une découverte de la Foi inattendue 

 

 

Rien ne prédispose donc Pier Giorgio à une rencontre forte avec le Seigneur. Sa famille n’est pas un milieu qui paraît propice. Mais il est envoyé dans l’école des Jésuites et c’est là qu’il va découvrir et approfondir la foi. Je vous ai souvent parlé des écoles catholiques et de leurs fondateurs qui avaient en ligne de mire l’évangélisation de la jeunesse. Pensons à Don Bosco, Jean-Baptiste de la Salle, Julie Billiart ou Madeleine Sophie Barat… Cette intuition se révèle payante avec Pier Giorgio. Il a même un directeur spirituel, un père jésuite qui lui suggère de participer tous les jours à l’eucharistie et de communier quotidiennement. C’est ce Pier Giorgio va faire à partir de l’âge de 12 ans. Il est d’une fidélité à toute épreuve.

 

En semaine, lorsqu’il est à Turin, il va à l’église paroissiale Notre-Dame des Grâces (Beata Vergine delle Grazie en Italien) dans le quartier de la Crocetta. Lorsque la famille est dans la maison de campagne à Pollone, il se rend à l’insu de sa famille dans le sanctuaire alpin Notre Dame d’Oropa pour la messe. Cela l’oblige à se lever très tôt le matin. Pour être sûr de se réveiller, il se met d’accord avec le jardinier de la propriété. Il s’attache un fil au bras et le jardiner tire sur le fil pour le réveiller. Il se lève et fait rapidement à pied les 6km qui le séparent du sanctuaire, franchissant en passant une dénivellation de 600m. Il revient comme si de rien n’était pour participer au petit déjeuner en famille.

 

 

Une vie spirituelle "complète"

 

 

Pier Giorgio ne contente pas de la communion quotidienne. Il aime rester pour adorer le Saint Sacrement, et il le fait souvent la nuit. Il a aussi une grande dévotion pour la Vierge Marie et récite souvent le chapelet. Mais il ne se contente pas de prier. Il aide les pauvres autant qu’il le peut. Les histoires concernant sa charité abondent.

 


Son premier geste de charité est resté célèbre, car il s’est déroulé avant même que Pier Giorgio ne soit entré à l’école. Une maman et son jeune enfant sonne à la porte pour demander la charité. Pier Girogio qui ouvre n’a évidemment pas d’argent à donner, mais il remarque que les pieds du jeune enfant sont nus. Il est ému de compassion. Il enlève alors ses chaussettes et ses souliers et donne le tout à la pauvre maman. Ce geste va être renouvelé de nombreuses fois : soit il donne sa veste à un pauvre qui a froid, soit il donne son titre de transport en tramway à un pauvre et rentre à pied. Il adhère en 1918 (il a 17 ans) à la Société St-Vincent de Paul pour mieux exercer la charité, en la rendre de manière anonyme : ce n’est plus le fils du sénateur Frassati qui donne, c’est la société. Avec la société, il visite les familles pauvres et rassemble du matériel chez les gens bien nantis pour les donner aux nécessiteux. Il distribue ainsi de la nourriture, des meubles, des médicaments, des vêtements… Il aide les sans-abris à trouver un logement, les chômeurs à se remettre au travail… Il fréquente comme bénévole la Casa della Piccola Providenza de saint Benoît Joseph Cottolengo.

 

 

L'amour des plus pauvres à travers des actes concrets

 

 

Tous les matins, après la messe, il va visiter une famille pauvre. Il explique qu’il s’agit en fait d’un échange de bons procédés :

 

 

Jésus me rend visite chaque jour dans l’eucharistie et moi, je Lui rends humblement la visite en visitant les pauvres.

 

Il met en pratique à la lettre ce que Jésus a annoncé dans la parabole du jugement dernier en Matthieu 25 : « Ce que je vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ! » Il a un véritable amour de prédilection pour les pauvres : « Autour des pauvres, écrit-il, je vois une lumière que nous n’avons pas. »

 

Pier Girogio est aussi un sportif accompli. Il vit dans une région montagneuse et il s’adonne régulièrement à l’alpinisme, un sport qu’il a découvert avec sa maman dès l’âge de 8 ans. Il veut aller toujours plus haut, dans la vie spirituelle comme dans la pratique de son sport favori. Il franchit des sommets de plus en plus hauts, mais sans être pour autant téméraire. Il aime relever des défis en respectant toutes les règles de prudence dans un sport où une petite erreur peut vite être fatale. Mais, même les jours d’escalade, il ne rate pas la messe ! Il garde aussi une attention à l’autre très délicate, toujours prêt à porter le sac de celui qui est fatigué. Un jour, constatant qu’un de ses amis est fatigué, il demande à tout le groupe de s’arrêter parce qu’il ne se sent pas bien, évitant ainsi à son ami l’humiliation de manifester sa faiblesse. Pier Giorgio pratique aussi d’autres sports : vélo, voile, randonnée, escrime, équitation. Il participe même à une compétition de ski à Sauze d’Oulx. Ce n’est donc pas par hasard que Jean-Paul II l’a nommé patron des sportifs !

 

Engagement politique 

 

Pier Giorgio s’engage aussi en politique. Il milite pour le nouveau parti démocrate-chrétien qui se lance, le PPI. Il écrit dans le journal du parti, le « Momento ». Au cours d’une manifestation à Rome, il est arrêté par la police avec ses compagnons. Interrogé sans ménagement par les policiers, ceux-ci apprennent qu’il est le fils de l’ambassadeur d’Italie en Allemagne. Ils veulent le relâcher, mais Pier Giorgio refuse de sortir de prison si on ne libère pas aussi ses amis. Ils sont tous libérés immédiatement ! L’arrivée de Mussolini et du fascisme attriste profondément Pier Giorgio. De Berlin où il est avec sa famille, il écrit à un ami : « J'ai donné un coup d'œil au discours de Mussolini et tout mon sang bouillait dans mes veines. Je suis vraiment déçu par l'attitude des Populaires ! Où est la foi de nos hommes ? » Il termine en disant que l’Italie est tombée, je cite, « entre les mains d'une bande de fripouilles. »

 

 

Personnalité, charismes et fin de vie

 

 

Il ne faut pas croire que Pier Giorgio soit un chrétien triste. Bien au contraire ! Il est bien d’accord avec saint François de Sales qui affirme qu’un saint triste est un triste saint. Tout le monde aime sa joie de vivre, ses rires, et même ses blagues jamais méchantes. Dans l’adolescence, Pier Girogio ressent l’appel au sacerdoce, mais sa mère s’y oppose formellement. Il y renonce en décidant d’être prêtre dans son cœur. Il entre dans le tiers-ordre dominicain en 1922. À l’école polytechnique de Turin, il étudie pour devenir ingénieur des mines. Il espère que ce métier lui permettra de côtoyer les ouvriers. En 1923, il tombe amoureux d’une jeune fille, Laura Hidalgo, mais n’ose pas la présenter à sa famille car elle n’est pas du même milieu. Il comprend que cet amour est impossible et il y renonce.

 

En juin 1925, Pier Giorgio finit ses études. Il obtient son diplôme d’ingénieur des mines. Mais le 29 de ce mois, il ressent différentes douleurs musculaires. Personne de sa famille ne fait attention à lui parce que sa grand-mère est à l’agonie. Elle meurt le 1er juillet 1925 et tout le monde croit qu’il a seulement une petite grippe. Quand on commence à s’inquiéter, le 3 juillet, soit plus de 5 jours après le début de ses symptômes, on fait venir le médecin. Le diagnostic ne tarde pas : c’est une poliomyélite fulgurante qu’il a contractée en visitant l’une ou l’autre famille pauvre. Sa famille ne lui révèle pas la gravité de son état. Son directeur spirituel appelé à son chevet lui annonce qu’il se pourrait bien qu’il voie bientôt sa grand-mère. Il meurt le 4 juillet 1925. Il avait annoncé :

 

 

Le jour de ma mort sera le plus beau jour de ma vie. 

 

 

 

La nouvelle de la mort de Pier Giorgio se répand dans la ville comme une trainée de poudre. Les gens disent : « le Saint de Turin est mort. »
Lorsque les funérailles sont célébrées, la famille de Pier Giorgio n’en revient pas. Des milliers de personnes s’amassent au passage du cortège funèbre. Tous les pauvres de la ville viennent rendre un dernier hommage à celui qui les a servi en secret, à l’insu de ses parents qui découvrent après sa mort, l’immense rayonnement de leur fils qu’ils considéraient comme un raté et un doux rêveur parce qu’il était croyant.
 

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