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Le cardinal Lustiger, l'homme d'Église demeuré juif
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Le cardinal Lustiger, l'homme d'Église demeuré juif

RCF,  -  Modifié le 23 octobre 2021
Nos frères aînés Le cardinal Lustiger, une figure singulière du lien judéo-chrétien

Il a toujours dit qu'il était né et demeuré juif. Jean-Marie Lustiger a été baptisé dans la foi catholique à 14 ans. Il est devenu prêtre puis archevêque de Paris. Il n'a pas cessé d'œuvrer pour le dialogue judéo-chrétien. Quel regard portait-il sur le judaïsme ? Comment vivait-il sa foi catholique ? Le Père Jean-Baptiste Arnaud, prêtre du diocèse de Paris et enseignant au Collège des Bernardins, retrace son parcours hors du commun.

Le cardinal Jean-Marie Lustiger à la manifestation contre l'antisémitisme et le racisme à Paris, le 26/02/2006 ©Alain PINOGES/CIRIC Le cardinal Jean-Marie Lustiger à la manifestation contre l'antisémitisme et le racisme à Paris, le 26/02/2006 ©Alain PINOGES/CIRIC

 

Jean-Marie Lustiger, une figure atypique de l'Église de France

 

Il a eu une influence considérable au sein de l’Église de France et bien au-delà. Le cardinal Jean-Marie Lustiger (1926-2007) a marqué de son style l’archidiocèse de Paris pendant 24 ans. Ordonné prêtre en 1954, il a été aumônier d’étudiant à la Sorbonne avant de devenir curé de paroisse et évêque d’Orléans. Un parcours jusque-là classique pour un prêtre qui a grandi à Paris, la ville où il est né en 1926.

 

Ce qui est moins classique pour un homme d’Église, c’est que Jean-Marie Lustiger a grandi dans une famille juive, qu’il a souffert de l’antisémitisme quand il était lycéen - il a subi des agressions - et que sa propre mère est morte en déportation à Auschwitz. Il y avait dans sa famille de juifs français un fort attachement à la République et en même temps la conscience aigüe de faire partie du peuple élu.

 

Un acteur du dialogue judéo-chrétien

 

Mais ses origines juives, Jean-Marie Lustiger ne les a publiquement révélées qu’à partir de 1981, année où il a été nommé archevêque de Paris. Auparavant, il avait distillé quelques informations mais rares étaient ceux qui savaient pour sa "conversion". Peut-on d’ailleurs parler de conversion ? "Je ne sais pas s’il aurait apprécié le mot, confie le Père Arnaud, pour un juif devenu chrétien, c’est toujours un mot délicat à employer."

 

Jean-Marie Lustiger lui-même a toujours dit qu’il était resté juif. Sur une plaque apposée dans la cathédrale Notre-Dame de Paris à sa demande, il est écrit : "Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les Apôtres." Son rôle dans les relations judéo-chrétiennes est "immense". Pour le Père Arnaud, "il a été donné providentiellement à l’Église pour favoriser ce rapprochement, dont Vatican II est une pierre fondamentale". 

 

"Nous sommes parvenus à un moment historique où un vrai dialogue, interrompu il y a presque deux millénaires, peut à nouveau commencer... Il ne supprimera certes pas les oppositions ni les différences entre juifs et chrétiens. L’approfondissement croisé de la Parole de Dieu fera comprendre avec respect ce que l’Esprit donne à chacun de comprendre et de croire. Chrétiens et Juifs se découvriront nécessaires les uns aux autres dans une vision plus vive et plus forte de la grandeur du don de Dieu et de la beauté de la destinée de l’homme."

Intervention du cardinal Jean-Marie Lustiger – Congrès juif européen Les 28 et 29 janvier 2002.

 

Habité par le mystère du Vendredi saint


En lisant la Bible, Jean-Marie Lustiger a été "très saisi par la figure du Christ, du messie d’Israël, en particulier sans l’Évangile de saint Matthieu, qu’il ne va pas cesser de travailler par la suite". En 1940, la guerre l’a contraint à quitter Paris pour Orléans. "Il a reçu une grâce très particulière le Jeudi saint", dans la cathédrale, où il a été impressionné par tous les préparatifs. "Il a reçu une grâce de Dieu, ce que l’on appelle dans les exercices spirituels de saint Ignace une grâce sans cause." Le lendemain, il a été saisi par le vide du Vendredi saint. "Il a compris intérieurement que ce Messie, ce Jésus, qui meurt le Vendredi saint, est solidaire de son peuple."

 

Jean-Marie Lustiger a été marqué par "le contraste si incroyable, si étonnant entre la joie du Jeudi saint et le vide du Vendredi". Contraste qui l’a fait "entrer dans le mystère du serviteur souffrant, qui donne sa vie à la fois d’une manière ignoble et en même temps lumineuse". Il a demandé le baptême en 1940, qu’il a reçu le 25 août de la même année, à 14 ans. "Il va toujours garder ce mystère-là du Vendredi saint. Non pas comme un jour sinistre mais comme le jour de l’amour et du pardon." Aron Lustiger est devenu Aron Jean-Marie Lustiger, prenant les deux personnes qui étaient au pied de la croix, l'apôtre Jean et Marie la mère de Jésus. Quand il est devenu évêque, il s’est vu successeur des apôtres, "et donc apôtre lui-même", chargé d’une mission universelle.

 

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