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Corneille et Cyprien
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Corneille et Cyprien

Un article rédigé par Jean-Luc Moens - 1RCF Belgique, le 2 novembre 2022  -  Modifié le 2 novembre 2022

Un pape et un évêque, amis pour défendre la miséricorde, tous les deux morts martyrs.

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En ce jour nous fêtons un duo de saints, saint Corneille et saint Cyprien.


Vous savez que j’aime les groupes de saints qui se sont soutenus dans la sainteté et sont devenus saints ensemble. Il y a beaucoup de duos qui ont des liens forts : des couples comme Louis et Zélie Martin, des frères comme Cyrille et Méthode, une mère et un fils comme Monique et Augustin, des amis comme François et Claire, des prêtres et leur dirigée comme François de Sales et Jeanne de Chantal.

 


Ici, avec saint Corneille et saint Cyprien, nous allons avoir un exemple de frères de combat qui ne se sont jamais rencontrés physiquement, mais qui ont eu le même combat et sont tous deux morts martyrs. C’est par leur combat que l’Église les a associés dans la même sainteté pour les rendre indissociables dans le martyrologue : saints Corneille et Cyprien.

 

Leurs histoires

 

Corneille est le 21ème pape de l’Église. Il a succédé au pape saint Fabien, mort martyr le 20 janvier 250 dans la persécution de l’empereur Dèce. Cela n’a pas été facile de procéder à l’élection d’un successeur en ces temps troublés. Il a fallu attendre 15 mois pour que le prêtre romain Corneille soit élu pape en mars 251. À cette époque, les papes étaient élus par les prêtres et le peuple de Rome, car je vous le rappelle, le pape est d’abord l’évêque de Rome, « primus inter pares », le premier évêque parmi ses égaux. On estime que les électeurs étaient environ 30.000.


Cyprien, l’évêque de Carthage, écrit à propos de Corneille :

Il a passé par toutes les fonctions de l’Église, il a bien servi le Seigneur dans les divers emplois qui lui ont été confiés, en sorte qu’il n’est monté au faîte sublime du sacerdoce qu’en gravissant tous les degrés ecclésiastiques.


Corneille s’attaque dès le début de son pontificat à la réorganisation du clergé de Rome ainsi qu’à celle des œuvres de charité, tellement importantes pour l’Église. Malheureusement, très vite aussi, Corneille doit faire face à un schisme. En effet, son adversaire malheureux dans l’élection, le prêtre savant Novatien s’oppose à Corneille sur un point bien précis : la question des apostats repentis.


Miséricorde des lapsi ou refus de pardon ?


Aujourd’hui, quand nous fêtons les martyrs de l’époque romaine, nous admirons leur courage et leur détermination. En ne regardant qu’eux, on peut penser que tous les chrétiens ont résisté vaillamment aux persécutions, refusant d’abjurer leur foi et acceptant de mourir pour elle. Mais, vous le devinez bien, cela n’a pas été le cas. Beaucoup ont abjuré pour avoir la vie sauve. On les appelait les lapsi, c'est-à-dire littéralement de ceux qui sont 'tombés', ceux qui avaient apostasié leur foi. Cependant, dans le fond de leur cœur, beaucoup de lapsi restaient chrétiens et avaient le désir de réintégrer la communauté lorsque la persécution prenait fin. Toute la question était de savoir si on pouvait leur pardonner et les réintégrer ou bien s’il fallait les laisser hors de l’Église en leur refusant le pardon.


Pour le pape Corneille, les choses sont claires : il choisit la miséricorde et il accorde le pardon aux lapsi à condition qu’ils reconnaissent leur faute et fassent pénitence.
C’est sur ce point que Novatien s’oppose à Corneille : pour lui, il n’y a pas de pardon possible pour les apostats et pour ceux qui ont commis des péchés mortels. Novatien veut une Église de purs, qu’on appelle catharos en grec. Vous voyez que, dans l’histoire de l’Église, il y a souvent eu la tentation de créer un groupe de purs, supérieurs aux autres. On le voit encore aujourd’hui dans certains milieux où on critique l’Église quand elle se montre « trop » miséricordieuse !


Comme souvent, l’hérésie novatienne s’est répandue dans l’Église à la faveur du soutien de quelques évêques. Corneille est obligé de convoquer un synode qui réunit une soixantaine d’évêques et qui excommunie Novatien. Mais cela n’empêche pas l’hérésie de continuer à se diffuser. Elle ne disparaîtra qu’après la mort de Corneille.

 

Persécution des chrétiens

 

Vers la fin de l'année de 251, une terrible peste secoue plusieurs provinces de l’empire romain. En outre, ses frontières sont gravement menacées par les Goths et les Sassanides. On cherche un bouc émissaire. Les Chrétiens sont accusés de provoquer la colère des dieux. L'empereur Gallien (251-253) ouvre une nouvelle persécution. Le pape Corneille est arrêté parmi les premiers. On le porte au tribunal, mais de nombreux chrétiens l’accompagnent, le soutiennent et le défendent. Il n’est condamné qu'à l'exil dans la ville de Civita-Vecchia à quelques dizaines de kilomètres de Rome. C’est là qu’il meure probablement en juin 253.

Saint Cyprien est un ami de Corneille. Il lui a écrit :

Si l’un fait à l’un de nous la grâce de mourir bientôt que notre amitié se continue auprès du Seigneur.

 

Thascius Cæcilius Cyprianus est né à Carthage, entre 200 et 210.

 

Ses parents sont de riches païens. Il exerce le métier de rhéteur et d’avocat et se convertit au christianisme vers 246. Deux ans plus tard, il est élu évêque de Carthage et va devenir rapidement le chef de file de l’Église africaine. Cyprien doit faire face à deux persécutions. D’abord, celle de l’empereur Dèce en 250. Ses fidèles l’obligent à se cacher pour avoir la vie sauve et pouvoir continuer de diriger l’Église.

 

En 251, la persécution de Dèce se calme.

 

Cyprien retourne à Carthage. Il est aussi confronté à la question des lapsi. Il adopte une attitude semblable à celle de Corneille, sévère, mais non inflexible, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire. Il ajoute que, si une nouvelle persécution arrive, ces frères et sœurs repentants pourront être réintégrés dans la communion avant la fin du temps imparti pour leur pénitence et participer à l’eucharistie pour avoir la force, cette fois, d’accepter le martyre. Là aussi, son attitude est jugée trop miséricordieuse et provoque des oppositions et certains de ses prêtres rejoignent l’hérésie novatienne.
Cyprien a aussi été un grand acteur de charité. Il a organisé les secours pendant la peste qui a ravagé le Nord de l’Afrique et il a encouragé les chrétiens à s’occuper aussi des païens malades.


Cyprien est l’auteur de nombreux traités pastoraux. C’est un passionné de l’unité de l’Église qu’il compare à la tunique sans couture du Christ. Pour lui, le successeur de Pierre est le symbole de cette unité. C’est à lui aussi qu’on doit cette phrase célèbre qui a suscité beaucoup de discussions : « Hors de l’Église point de salut ! » Le pape Benoît XVI affirme que le commentaire de Cyprien sur le Notre Père l’a aidé à entrer dans la prière de Jésus.


En 258, éclate une nouvelle persécution, cette fois sous l’empereur Valérien.

 

Cyprien est arrêté et présenté au tribunal. Il refuse de sacrifier aux dieux païens. Il est condamné à être décapité. Ses dernières paroles sont :

Je rends grâce à Dieu !


Il meurt dans la ville de Carthage. Il avait écrit plus tôt ce souhait :

 

Il convient que ce soit dans la ville où il est à la tête de l’Église qu’un évêque confesse le Seigneur et qu’ainsi le rayonnement de sa confession rejaillisse sur tout le peuple.

 

 

Le 14 septembre au matin, une grande foule se rassembla au Champ de Sextus, sur l’ordre du proconsul Galère Maxime. Ce proconsul ordonna que Cyprien lui fût présenté le jour même quand il siégerait au Portique des exécutions. Lorsque l’évêque Cyprien fut amené, le proconsul lui demanda: «C’est toi qui es Thascius Cyprien ? - C’est moi.» Le proconsul : «C’est toi qui prétends être le chef d’hommes aux doctrines sacrilèges ? - C’est moi. - Les très saints empereurs ont ordonné que tu sacrifies aux dieux. - Je ne le ferai pas.» Galère Maxime lui dit: «Réfléchis.» Cyprien répondit : «Fais ce qu’on t’a commandé. Dans une affaire aussi juste, il n’y a pas à réfléchir.» Le proconsul, après avoir délibéré avec son conseil, se décida enfin à prononcer sa sentence. Il parla ainsi : «Tu as longtemps vécu dans une doctrine sacrilège et tu as rassemblé beaucoup de gens autour de toi pour un complot criminel ; tu t’es dressé en ennemi des dieux de Rome et de leurs rites sacrés ; nos religieux et saints souverains, Valérien et Gallien, nos Augustes, et Valérien, notre très noble César, n’ont pu te ramener à la pratique de leur culte. Et c’est pourquoi, parce que tu as été convaincu d’être l’auteur et le propagateur de crimes infâmes, tu serviras de leçon à ceux que tu as associés à ton forfait ; l’ordre public sera consacré par ton sang.» Après ce discours, il lut sa décision sur une tablette : «Nous ordonnons que Tascius Cyprien soit châtié par le glaive.» Cyprien dit: «Je rends grâce à Dieu.»

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