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5ème dimanche du temps de l'ordinaire - Année B
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5ème dimanche du temps de l'ordinaire - Année B

1RCF Belgique, le 1 février 2024  -  Modifié le 6 février 2024

En ce cinquième dimanche du temps ordinaire, ce sont les dynamiques de la consolation, de la Résurrection et de la communauté qui sont au coeur de ces textes de la liturgie. Tentons de les approfondir ensemble.

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Textes lectures

PREMIÈRE LECTURE


« Je ne compte que des nuits de souffrance » (Jb 7, 1-4.6-7)
Lecture du livre de Job

Job prit la parole et dit :
« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée,
il fait des journées de manœuvre.
Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre,
comme le manœuvre qui attend sa paye,
depuis des mois je n’ai en partage que le néant,
je ne compte que des nuits de souffrance.
À peine couché, je me dis :
“Quand pourrai-je me lever ?”
Le soir n’en finit pas :
je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.
Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand,
ils s’achèvent faute de fil.
Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle,
mes yeux ne verront plus le bonheur. »

– Parole du Seigneur.

 

PSAUME

Ps 146 1.3, 4-5, 6-7

R/ Bénissons le Seigneur
qui guérit nos blessures !
ou : Alléluia ! (Ps 146, 3)

Il est bon de fêter notre Dieu,
il est beau de chanter sa louange :
il guérit les cœurs brisés
et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom ;
il est grand, il est fort, notre Maître :
nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles
et rabaisse jusqu’à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce,
jouez pour notre Dieu sur la cithare !

 

DEUXIÈME LECTURE


« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16-19.22-23)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
annoncer l’Évangile,
ce n’est pas là pour moi un motif de fierté,
c’est une nécessité qui s’impose à moi.
Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
Certes, si je le fais de moi-même,
je mérite une récompense.
Mais je ne le fais pas de moi-même,
c’est une mission qui m’est confiée.
Alors quel est mon mérite ?
C’est d’annoncer l’Évangile
sans rechercher aucun avantage matériel,
et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile.
Oui, libre à l’égard de tous,
je me suis fait l’esclave de tous
afin d’en gagner le plus grand nombre possible.
Avec les faibles, j’ai été faible,
pour gagner les faibles.
Je me suis fait tout à tous
pour en sauver à tout prix quelques-uns.
Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile,
pour y avoir part, moi aussi.

– Parole du Seigneur.

 

Commentaires

Le contraste entre l’extrait du livre de Job et l’extrait du psaume est saisissant. Ces textes sont tellement antinomiques qu’il est bon de les méditer tous les deux, comme les deux facettes d’une même médaille. Ils peuvent, pris ensemble, nous parler au coeur de nos épreuves, de celles de l’Église et de celles du monde.

Le livre de Job fait partie de la littérature de sagesse contenue dans la Bible. Job est un homme juste qui a perdu tout ce qui lui était cher : ses richesses, ses enfants et sa santé. Sa fidélité à Dieu est mise à rude épreuve. Toute la question de ce livre est la persistance dans la foi malgré l’absence de sens et d’apaisement. Job finira par retrouver le bonheur au terme d’un long combat pour tenir ferme dans la confiance en Dieu.

Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée... depuis des mois je n’ai gagné que du néant

Face à l’épreuve, notre rapport au temps est modifié. Tout nous paraît lourd et interminable. Mais le temps de Dieu n’est pas le nôtre...

Je ne compte que des nuits de souffrance

Le souci du lendemain qui ronge beaucoup de personnes dans l’épreuve affecte leur sommeil, leur quiétude et même leur santé.

A peine couché, je me dis : quand pourrais-je me lever

Le manque de perspective altère le rythme des jours et des nuits. Quand on ne voit pas le bout de la souffrance, plus rien n’a de saveur et les jours paraissent aussi sombres que les nuits. « Je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube »
Pourtant, le terme « se lever » évoque dans la Bible la Résurrection. On décèle une espérance.


Mais aussi, dans ce sinistre tableau, la mention du mot « aube » doit nous alerter. Bien souvent dans la Bible, le mot « aube » ouvre la perspective d’un renouveau, d’une résurrection. La seule présence de ces mots signifie que tout n’est pas perdu.

Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent faute de fil


Comme pour Job, les épreuves, quelles qu’elles soient, nous font prendre conscience de
manière exacerbée la précarité de l’existence. Tout peut nous être enlevé à tout moment : travail, santé, êtres chers, et même notre vie...Il suffit de regarder les informations pour mesurer la fragilité du monde. Ce qui se passe au loin pourrait, tôt ou tard, nous atteindre...

Ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur

Cette phrase pessimiste que certains aujourd’hui pourraient prononcer mot pour mot contient pourtant le mot souffle. Ce souffle donné par Dieu à l’être humain lors de la création. Souffle de vie, mais aussi souffle de l’Esprit en nous. Et comme le dit la sagesse populaire : tant qu’il y a un souffle de vie, il y a de l’espoir. On parle aussi de reprendre souffle, de retrouver le souffle. Tout n’est pas perdu, ni pour Job, ni pour nous.
Et le psaume nous surprend : « Il est bon de fêter le Seigneur... lui qui guérit les coeurs brisés et soigne leurs blessures » Accrochons nos vies à cette certitude, même si, comme Job, nous ne comprenons pas tout et nous ne connaissons pas les échéances.

Le Seigneur élève les humbles et rabaisse les impies

Voilà presque mot pour mot des paroles du Magnificat prononcé par Marie. Elle qui traversera fidèlement les douleurs du
vendredi et du samedi saint. La Résurrection la comblera au-delà de toute mesure. Tel est le coeur de notre foi, toujours et en toutes circonstances...

 

EVANGILE

 

« Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies » (Mc 1, 29-39)
Alléluia. Alléluia.
Le Christ a pris nos souffrances,
il a porté nos maladies.
Alléluia. (Mt 8, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm,
Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean,
dans la maison de Simon et d’André.
Or, la belle-mère de Simon était au lit,
elle avait de la fièvre.
Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.
Jésus s’approcha,
la saisit par la main
et la fit lever.
La fièvre la quitta,
et elle les servait.

Le soir venu, après le coucher du soleil,
on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal
ou possédés par des démons.
La ville entière se pressait à la porte.
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,
et il expulsa beaucoup de démons ;
il empêchait les démons de parler,
parce qu’ils savaient, eux, qui il était.

Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube.
Il sortit et se rendit dans un endroit désert,
et là il priait.
Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent :
« Tout le monde te cherche. »
Jésus leur dit :
« Allons ailleurs, dans les villages voisins,
afin que là aussi je proclame l’Évangile ;
car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la Galilée,
proclamant l’Évangile dans leurs synagogues,
et expulsant les démons.

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

La scène se passe à Capharnaüm qui signifie « village de la consolation » ou « de la
compassion ». Voilà qui donne le ton de ce qui va s’y passer, non seulement pour l’évènement rapporté ici, mais aussi pour les premières communautés chrétiennes et pour l’Eglise de tous les temps et de tous les lieux. Pour chacun des quatre évangiles, Capharnaüm occupe une place importante dans le ministère de Jésus en Galilée. C’est un village de pêcheurs, situé en bordure du lac de Tibériade, appelé aussi mer de Galilée.

Jésus quitte la synagogue où il vient de libérer un homme possédé par des forces du mal, pour aller chez Simon et André. Les découvertes archéologiques ont mis au jour que les deux lieux se trouvent à quelques pas l’un de l’autre. Jésus semble y avoir ses habitudes. En d’autres passages, le texte de Marc parle de « la maison » : au chapitre 2, qui mentionne la guérison d’un paralysé survenue quelques jours plus tard, ainsi qu’au chapitre 9, après que Jésus ait annoncé sa passion et sa mort. Cette maison semble être pour Jésus un lieu de refuge, un lieu familier où il se ressource. C’est, selon toute vraisemblance, la maison de la belle-famille de Pierre qui, lui, est originaire de Bethsaïde, à 6 kilomètres de là, selon ce que l’évangéliste Jean nous apprend.


Les archéologues ont permis de mettre au jour les vestiges de cette maison. Ils sont préservés sous une basilique contemporaine datant de la fin du 20ème siècle, elle-même construite sur les restes d’une basilique octogonale bysantine du Vème siècle édifiée à l’époque sur un bâtiment du 1er siècle identifié très tôt comme la maison de Pierre.

 

Cette église-maison a donc été dès le début un lieu de rassemblement pour les premiers chrétiens, dans la continuité directe avec ce qui était un lieu de ralliement pour Jésus et ses disciples. Le récit de ce jour en porte les traces ; c’est ce que nous allons découvrir ensemble.

L’évangile de Marc est celui des quatre qui a été écrit le plus tôt : vers la fin des années 60, début des années 70, soit une petite quarantaine d’années après les évènements. Son auteur est lui-même un disciple de Pierre. Il porte donc une mémoire encore vive des évènements, en particulier concernant l’univers de l’apôtre Pierre lui-même...

Jésus, accompagné de Jacques et Jean, originaires eux aussi de Bethsaïde, arrive donc chez Simon et André. Ces quatre disciples font partie du tout premier groupe formé par Jésus. Tous exercent le métier de pêcheurs. Ils sont voisins, ils se connaissent. Ils forment déjà une sorte de famille élargie.

Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre. Sans tarder, on parle d’elle à Jésus. Il s’approche d’elle, il la prend par la main, il la fait se lever, la fièvre la quitte et elle les servait.

Ces quelques mots factuels contiennent une densité théologique étonnante.
Jésus s’approche. En s’incarnant, Jésus, Fils de Dieu, s’est approché de l’humanité. Sa proximité avec les humains parcourt tout l’Evangile. C’est pour cela qu’il est venu.
Jésus prend la malade par la main. Pour ceux qui aiment les icônes qui nous viennent de la Tradition orthodoxe, la scène fait immédiatement penser à l’icône de la Résurrection ou de la descente aux enfers, ou on voit Jésus descendre au séjour des morts et prendre Adam et Eve par la main pour les sortir de leurs tombeaux. Adam et Eve étant une figure de toute l’humanité sauvée, relevée. En ce premier chapitre de l’évangile, nous sommes tout de suite plongés dans le coeur de la mission de Jésus sur la terre : apporter à tous la Bonne Nouvelle de la vie, en paroles et en actes. La suite du texte le confirmera.


La fièvre la quitta et elle les servait. Guérie pour servir. Sauvée pour se mettre au service de la toute première communauté des disciples autour de Jésus. Serait-elle la première femme diacre ? Le mot grec utilisé est « diekonei » Voilà une piste à creuser. Mais nous pouvons aussi élargir la perspective. Tous nous sommes sauvés, tous nous sommes appelés à nous mettre d’une manière ou d’une autre au service de la communauté.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on amène à Jésus tous les malades et ceux qui étaient possédés par un esprit mauvais.


Le soir, le coucher du soleil, la nuit, les ténèbres,... tous ces concepts évoquent dans la Bible la peur, la solitude, l’angoisse, mais aussi l’action de Dieu. Beaucoup d’évènements fondateurs ont lieu la nuit : le temps qui précède la création, la sortie d’Egypte, la naissance et la Résurrection de Jésus,... De fait, Jésus les guérit et les sauve de la nuit de leur angoisse.
La ville entière se presse à la porte de la maison, de l’église-maison... Nos communautés, l’Église toute entière, est destinée à être un lieu d’accueil pour tous, sans distinction.


Jésus guérit toutes sortes de malades et libère des possédés.
Le terme malade est sans ambiguïté. Avec la médecine rudimentaire de l’époque, il n’est pas difficile d’imaginer la détresse physique et morale de nombreux malades. Par contre, il est moins facile, dans nos catégories actuelles, de saisir ce que signifiait qu’être possédé par un esprit mauvais. Maladies mentales, épilepsie, réelle connivence avec les forces du mal ? Quoi qu’il en soit, Jésus les guérit et les libère. Tant de nos contemporains sont littéralement possédés par des addictions qui les retiennent en esclavage : alcool et drogues diverses !


Jésus ne juge pas et libère. A nous de perpétuer cette attitude d’accueil et de non-jugement et de proposer des chemins de libération. Quelle joie de voir quelqu’un se relever grâce aux Alcooliques Anonymes ou à toute association similaire ! Soyons des relais, tendons la main !


Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se retire pour prier dans un endroit désert. Il prend le temps de se ressourcer. Comme tout juif, il prie debout. Une manière de retrouver son axe, sa verticalité, sa relation au Père. Et quand ses disciples lui disent : « Tout le monde te cherche », il les invite à partir dans les villages voisins pour annoncer la Bonne Nouvelle. Car, dit-il, « c’est pour cela que je suis sorti » Jésus est sorti de sa condition divine dans la Trinité pour rejoindre toute l’humanité. Il s’est approché de nous comme il l’a fait pour la belle-mère de Pierre.


Nous aussi, nous sommes sauvés, relevés pour servir. Veillons à ce que nos communautés locales soient des lieux de diaconie ouverts à tous et à taille humaine. Servons déjà là et comme nous le pouvons. Soyons inventifs.. .

 

Conclusion


Chers auditeurs de RCF, face à l’épreuve, n’oublions pas que, contrairement aux apparences, le mot Capharnaüm évoque la compassion et la consolation. Comme Job, tenons bon dans la confiance de la Foi. Bonne semaine !

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