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Des critères pour que la violence soit légitime ?

Des critères pour que la violence soit légitime ?

Un article rédigé par Science Defense et Foi (Observatoire Economique et Social du Diocese de Bourges) - RCF en Berry, le 12 octobre 2023  -  Modifié le 12 octobre 2023

On parle souvent de "légitime défense" ... Oui, mais peut-on parler de "légitime violence" ?
Le groupe Science Défense & Foi du diocèse de Bourges nous rappelle quelques clés de réflexion.

credit : junniferbaya340 @pixabay.com credit : junniferbaya340 @pixabay.com

Des critères pour que la violence soit légitime ?

Comment savoir si on peut décider de faire la guerre, d’intervenir devant une situation que l’on juge insupportable, de tuer son prochain, de contenir ou réprimer une manifestation ou une émeute ? qui ? comment ? quand ? Existe-t-il des points de repère pour faire usage de la force, pour blesser son prochain, pour détruire, pour disposer comme l’agent 007 d’une “licence to kill” ?

La réflexion de l’Eglise, s’appuyant sur différentes traditions humaines et sur l’Evangile, met en avant divers critères que l’on appelle parfois ceux de la “guerre juste”, selon une expression qui a du mal à s’entendre aujourd'hui. 

““guerre juste”, … on dirait un peu un oxymore, effectivement.. Ces critères n’ont pas évolué avec le temps ?

Le CEC, le CAEF et, bien avant la guerre moderne, St Augustin, énumèrent des critères tous utiles mais qui parfois se complètent. On peut facilement les résumer dans un tableau avec 3 colonnes.

CEC

(catéchisme de l’Eglise catholique)

CAEF

(catéchisme pour adultes des évêques de France)

Saint Augustin

Autres moyens d’y mettre fin impraticables et inefficaces

Ultime recours, les moyens pacifiques de régler le conflit ayant été déployés en vain

Cause juste

Cause juste, par exemple réagir à une injustice grave ou restituer ce qui a été enlevé par violence

L’emploi des armes n’entraîne pas de maux ou de désordre plus graves que le mal à éliminer

Moyens proportionnés au tort causé

ce critère là ressemble aux conditions légales d’appréciation de la légitime défense : si une petite grand mère vous attaque à mains nues vous ne videz pas sur elle un chargeur de fusil d’assaut … Mais il y en a sans doute d’autres ?

Oui, il y a par exemple un autre critère, dont Jésus se sert dans une parabole rapportée dans l' évangile selon saint Luc, au chapitre 14 : 

31 De même, si un roi part en guerre contre un autre roi, il s’assied d’abord pour examiner s’il peut, avec 10 000 hommes, affronter celui qui vient l’attaquer avec 20 000.

32 Si ce n’est pas le cas, alors que l’autre roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.

autrement dit, il faut que l'on ait des chances de réussir ! il faut même qu'elles soient "sérieuses" et non pas "infimes" ou utopiques

Conditions sérieuses de succès

Sérieuses chances de rétablir la justice

Une intention droite chez ceux qui font la guerre

L’autorité du Prince

Le dommage infligé est durable, grave et certain

Voilà, vous avez là notre tableau...

Dit comme cela, tout homme de bonne volonté semble pouvoir adhérer à ces arguments, au moins à l’un ou à l’autre de ces critères.

Cette question se lit à la lumière de l’Evangile et comme un cas particulier de la Doctrine Sociale de l’Eglise, La réponse rejoint des adages plus généraux comme “on obéit aux ordres légitimes des chefs légitimes”, ou la sage pratique des conseils où celui qui a autorité prend l’avis d’autres personnes, libres, avant de décider. Le pape François rappelle aussi dans son encyclique Laudato Si’ “la conviction que tout est lié dans le monde” ; les critères ci dessus doivent être pris dans leur ensemble et dans leur interaction avec les autres questions de la vie des hommes.

Oui, il ne faut pas se contenter d’un seul argument, par exemple qu’on se bat pour une cause juste, dans cette analyse qui découle sur une décision pratique, concrète…

Chacun de nous peut, en fonction des éléments objectifs qu’il arrive à recueillir sur chaque situation particulière, l’examiner en regard de  ces critères, et se faire son idée sur la légitimité dans l’usage de la force, qui n’est pas qu’une question que ce soit légal ou pas, comme souvent dans la vie morale. Comme souvent, il vaut mieux évaluer cela à plusieurs. On peut faire l’exercice de cette évaluation sur des conflits qui ont déjà eu lieu, par exemple les déclenchements de la première ou de la seconde guerre du Golfe à la fin du 20ème siècle, la révolte de la Vendée au 18ème siècle, … 

Quand il s’agit de passer à  l’action,  le responsable prudent tiendra compte au mieux des conditions réelles du bien commun et des moyens effectifs de préserver l'ordre public et la sécurité des personnes. Aucun algorithme ne décidera pour lui…

Et justement, si on veut continuer à réfléchir à cette question, approfondir …

Nous mettons en ligne sur le site web du diocèse de Bourges et, ici, une fiche qui reprend ces éléments, que vous pourrez approfondir et discuter à votre guise. Le groupe “Science, Défense et Foi” livre ainsi les résultats des réflexions qu’il conduit dans le Berry depuis une vingtaine d’années, mais … il n’est pas à votre place.

Que Saint Martin, ancien officier, figure emblématique choisie pour ces chroniques traitant des questions de Défense, nous entraîne toujours plus loin dans notre réflexion, par exemple aujourd’hui pour évaluer ce qui rend l’usage de la force légitime ou non. Ainsi, chemin faisant, l’Evangile résonnera dans le monde complexe de la Défense.

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