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Mourir au monde de Claire Conruyt

Mourir au monde de Claire Conruyt

Un article rédigé par Christophe Henning - RCF,  -  Modifié le 17 juillet 2023
L'Actualité littéraire "Mourir au monde" de Claire Conruyt

"Mourir au monde" de Claire Conruyt : un livre sensible et intime pour raconter la vie monastique et le temps qui travaille la vocation.

"Mourir au monde" de Claire Conruyt "Mourir au monde" de Claire Conruyt

C’est le premier roman de Claire Conruyt, journaliste au Figaro, qui était élève dans un lycée tenu par des religieuses. C’est là qu’est né le projet d’écrire une histoire sensible, qui nous fait entrer dans l’intimité du monde monastique, à l’occasion de la rencontre de deux sœurs contemplatives. L’une, sœur Anne, vit à l’abbaye depuis vingt ans. Elle tient, elle est toujours là, mais éprouve les difficultés de la vie communautaire, n’est pas loin de perdre pied. L’autre personnage n’est pas encore religieuse ; Jeanne est postulante, et la présence de cette jeune vocation vient bousculer une communauté un peu en sommeil. C’est la sœur Anne qui est chargée de petite nouvelle. Parle-ton de ses difficultés à une jeune vocation ? Mais comment lui présenter la vraie vie du monastère, avec la routine, les incompréhensions, les passages à vide sans la décourager ? Le roman, car il s’agit bien d’une fiction, n’a pas pour ambition de décrire la vérité du monde monastique, même s’il s’en approche. L’auteure force le trait, décrit des relations parfois dures, une obéissance radicale, un abandon : « la vie religieuse sonne une fin, enseigne la maîtresse des novices. C’est mourir au monde. Il y a ensuite une renaissance. »

Complicité

C’est la relation entre la sœur aînée et la jeune novice qui est au cœur du roman, montrant qu’elles sont très différentes et en même temps si proches : la sœur aguerrie ne se reconnaît-elle pas dans la fougue enthousiaste de Jeanne ? « La venue de la postulante fait exploser la dissonance qui dort en elle. La mélodie lisse de Jeanne révèle les contrastes qui la déchirent. La religieuse sonne faux. » Et la postulante n’est-elle pas capable de voir aussi combien le travail du temps est l’épreuve d’une vocation monastique engagée pour toujours ? On appelle cela « l’acédie » dans le monde monastique, cette dépression qui fait douter de tout, qui interroge jusqu’aux fondements mêmes de la foi. Les deux femmes échangent, se soutiennent, s’encouragent. Une complicité parfois coupable qui les coupe de la communauté, et qui revient à ce tête-à-tête où chacune révèle l’autre, dans un lien ambigu, tel que le décrit sœur Anne : « J’aime d’un amour qui ne se nomme pas ». Novice ou ancienne au couvant, chacune est confrontée au mystère de cette vocation si particulière : « la vie religieuse est une tempête. Votre foi est mise à l’épreuve. Toujours, explique sœur Anne. La paix vient avec le temps mais ne s’acquiert jamais tout à fait. »

Fragilité

Ce que montre le livre de Claire Conruyt, c’est que si la vie monastique est par certains côtés héroïques, les hommes et les femmes contemplatifs sont d’humbles moines et moniales faits de pâte humaine, et qu’ils ne peuvent se couler dans un moule, et que chaque vocation est une aventure personnelle qui se nourrit des autres même si, comme le rappelle la supérieure, « on ne reste pas au couvent pour quelqu’un d’autre que Dieu. » La rencontre à fronts renversés de la maîtresse des novices et de la postulante vient bousculer les certitudes : « Votre fragilité, que vous détestez tant, m’a fait comprendre la crainte que nous devons avoir en avançant vers Dieu », écrit Jeanne dans un petit billet que se passent les deux femmes. Faut-il vraiment mourir au monde pour rester vivant ? « Que retient-on de la nuit ? », demande sœur Anne. La réponse fuse : « l’aurore ».

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